Entreprises & marchés

Maroc : Moncef Belkhayat, encore dans le sillage de Procter & Gamble

L’entrepreneur contrôle désormais 92 % de Dislog. Le groupe dispose d’une flotte de plus de 780 véhicules et de 26 dépôts dans le royaume. © DR

Après avoir restructuré H&S Invest en six pôles, l’ex-ministre marocain Moncef Belkhayat se lance en Asie et prévoit pour son groupe 300 millions de dirhams d’investissement.

Deux mille dix-neuf va marquer un nouveau cap pour Moncef Belkhayat (49 ans) et le holding familial H&S Invest, qu’il a créé il y a presque quinze ans. Le 11 avril, l’homme d’affaires s’est rendu à Singapour pour prendre une participation de 20 % dans Link Edge, distributeur de Procter & Gamble (P&G) dans la cité financière. Avec le soutien du groupe américain, à l’origine de ce rapprochement, les nouveaux partenaires envisagent de s’implanter dans trois ou quatre pays d’Asie du Sud.

Un pari inédit pour cet ancien directeur de développement pour l’Afrique et le Moyen-Orient de P&G dont les entreprises travaillent essentiellement au Maroc, à l’exception du réseau d’agences de communication WB Africa.

Si tout se passe comme Moncef Belkhayat le veut, le chiffre d’affaires du holding H&S Invest  devrait doubler d’ici à 2025 pour atteindre 6 milliards de dirhams

Avant, Moncef Belkhayat a procédé à une réorganisation de son groupe autour de six divisions : distribution, entreposage, agro-­industrie, communication & médias, transformation digitale et un pôle qui s’occupera de l’expansion à l’international.

« Je pense avoir l’un des meilleurs comités exécutifs et de direction de Casablanca. Le fait de les avoir autour de moi me réconforte », juge le président de H&S Invest. Si tout se passe comme Moncef Belkhayat le veut, le chiffre d’affaires du holding devrait doubler d’ici à 2025 pour atteindre 6 milliards de dirhams (550 millions d’euros environ). Un plan d’investissement de 300 millions de dirhams, financé notamment par une levée de 24 millions de dollars – qu’un fonds d’investissement international injectera dans le capital de H&S Invest au mois de juin –, est prévu.

Peu apprécié de la bourgeoisie mais populaire

Ce natif de Rabat et père de trois enfants a eu plusieurs vies avant de devenir entrepreneur, et il continue à cumuler les casquettes. L’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports (2009-2012) est actuellement membre du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), parti présidé par Aziz Akhannouch, et est aussi vice-­président de la région Casablanca-Settat.

« J’ai des journées de travail de douze heures, mais j’arrive à trouver un équilibre. Cela dit, je suis de moins en moins un homme politique. Et pour éviter tout soupçon quant au succès de mon groupe, je ne travaille avec aucune entité publique », précise l’homme d’affaires, réputé pour son style tranchant.

En décalage avec le conformisme habituel des patrons du royaume, Moncef Belkhayat sait qu’il n’a pas que des amis dans l’élite. « Une partie de la bourgeoisie marocaine ne m’apprécie pas, mais j’estime être quelqu’un de populaire. J’ai le contact facile, et dans la rue les gens viennent me saluer et échanger avec moi », martèle ce pur produit de l’école publique chérifienne.


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Entré chez P&G à sa sortie de l’Iscae (première école de commerce au Maroc), il en conserve une expérience extraordinaire, notamment lorsqu’il a procédé au défrichage de nouveaux territoires comme la Palestine.

Repéré par l’espagnol Telefónica, l’un des fondateurs de Méditel – l’ancêtre d’Orange Maroc –, il devient vice-président de l’opérateur. C’est à cette époque qu’il retrouve les bancs de l’université, à la prestigieuse Harvard Business School. « Là-bas, alors que je gagnais déjà bien ma vie, j’ai décidé de me lancer », se rappelle Moncef Belkhayat.

La croissance de Dislog

L’aventure de ce fils d’avocat dans le monde des affaires commence grâce au soutien de sa famille, qui lui permet de réunir 1,5 million de dirhams. À l’aide d’un prêt bancaire, il parvient à acheter 51 % du logisticien Dislog.

Quinze ans plus tard, la petite société de distribution de produits de grande consommation est devenue leader national du secteur. Son chiffre d’affaires est selon nos estimations supérieur à 2 milliards de dirhams. « Les seuls actionnaires qui nous ont aidés, ce sont les fonds d’investissement. Les banques ont, elles aussi, joué le jeu et nous ont accompagnés », explique son patron.

Avec une flotte de plus de 780 véhicules et 26 dépôts à travers le royaume, Dislog couvre plus 70 000 points de vente

Depuis le mois de mars, la famille Belkhayat a récupéré toutes les prises de participation détenues par les fonds d’investissement qui lui avaient fait confiance en 2014 – BMCI Finances (12 % du capital) et Amethis (29 % du capital). H&S Invest contrôle désormais Dislog, son vaisseau amiral, à hauteur de 92 %.

Avec une flotte de plus de 780 véhicules et 26 dépôts à travers le royaume, Dislog couvre plus 70 000 points de vente. Sur la plateforme logistique installée à Bouskoura, le stock dépasse les 40 millions de dollars de marchandises, avec des grandes marques internationales comme Samsung, Fater ou Mars…


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« Le fait de passer par P&G m’a facilité un peu la tâche. Je sais comment fonctionnent les grandes entreprises… Notre véritable point d’accélération s’est fait en 2015, le jour où nous avons absorbé notre principal concurrent, Avendis », reconnaît Moncef Belkhayat.

Dans un souci d’intégration verticale, H&S Invest s’est alors lancé, à partir de 2016, dans la production de thé (Miyaz et Selman), puis d’huile d’olive, en partenariat avec le groupe tunisien CHO. Le holding va prochainement inaugurer une usine de détergents et une fabrique de biscuits en joint-venture avec le groupe égyptien Edita. Des investissements dont les montants sont tenus confidentiels.

Le groupe cherche maintenant à accroître ses capacités de stockage de 30 000 m² supplémentaires, pour atteindre 100 000 m² d’ici à la fin de 2019. Il est prévu que de nouvelles plateformes logistiques voient le jour à Bouskoura, Tanger, Nador et Oujda. « Nous serons un groupe full-service provider, qui s’occupera de la production, du stockage, du transport et de la distribution, en plus du marketing et de la communication, grâce à nos différentes filiales », explique fièrement Moncef Belkhayat.

Othman Benjelloun est à la tête du groupe BMCE Bank of Africa © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Entre-temps, il a aussi croisé le chemin d’Othman Benjelloun, président de BMCE Bank, côtoyé chez Méditel et avec lequel il a monté quelques entreprises. « C’est aussi grâce à lui que je suis devenu entrepreneur », reconnaît notre interlocuteur. Les deux hommes se sont associés dans Atcom, un fonds d’investissement actif dans les médias et la publicité. En 2012, ils ont aussi connu un accident industriel avec la faillite de l’enseigne Hanouty.

« C’était un bon concept, certes, mais on s’est trompés. On a franchisé trop vite, le format de magasin était trop petit, et on n’a pas mis en place le bon business plan par rapport à la trésorerie pour tenir assez longtemps », admet sans rougir l’investisseur, persuadé que l’échec constitue un passage obligé de la vie d’un entrepreneur.


Avec Chari.ma, H&S Invest veut se faire une place dans l’e-commerce

En 2018, le groupe s’est lancé dans le numérique à travers une application mobile de vente de biens de consommation destinée aux professionnels : Chari.ma. « Un projet de distribution traditionnelle se soldera par un échec, parce qu’il perdra beaucoup d’argent pendant plusieurs années.

C’est pour cela qu’il faut qu’il y ait un contenu technologique à forte valeur ajoutée », juge l’entrepreneur. Pour l’aider à créer un mini-Amazon capable de servir plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, Moncef Belkhayat a envoyé les équipes de H&S Invest sonder les investisseurs à Dubaï comme à Paris.


Vivement la Zlec !

En dehors de sa filiale WB Africa, réseau d’agences en communication couvrant sept pays qui travaille presque exclusivement pour les autres sociétés de H&S Invest, le groupe ne s’est pas aventuré dans les pays subsahariens. « Aujourd’hui, il est plus facile de s’exporter en dehors des frontières marocaines pour des entreprises qui offrent des métiers de services, à l’image des banques, des assurances ou des télécoms », se justifie Moncef Belkhayat. Ce dernier attend avec impatience la mise en œuvre de la zlec.

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