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Investissement : le kényan Centum accélère sa diversification

Modélisation du complexe immobilier Two Rivers, ouvert par Centum en 2017, dans le nord de Nairobi © © Centum

Après avoir réussi son expansion sectorielle, le conglomérat lance un fonds ouvert aux capitaux extérieurs. Sa cible : des leaders nationaux pouvant s’étendre en Afrique de l’Est.

Pour rencontrer les équipes de Centum Investment Company, il faut se rendre au Two Rivers Office Towers, situé dans un gigantesque complexe du nord de Nairobi. Développé par le conglomérat kényan et ouvert en 2017, il héberge aussi un parc d’attractions et l’immense centre commercial Two Rivers Mall.

Mais nul besoin de prendre le chemin de Limuru Road pour être déjà dans l’orbite de Centum. Sa présence se ressent à travers tout le pays. Dans les bars et les restaurants : Centum dispose de 100 % du capital de King Beverage, seul distributeur des bières Carlsberg, et 27,6 % de Nairobi Bottlers, premier embouteilleur de Coca-Cola.

Dans le cartable des écoliers : il contrôle 60 % de Longhorn Publishers, premier éditeur du pays. Dans les plateaux-repas servis au départ de Nairobi : à travers ses 15 % dans NAS Servair, spécialiste du catering et titulaire de la franchise locale de Burger King.

Les actifs ont doublé entre 2014 et 2018

Créé en 1967 par l’État, l’Industrial Commercial Development Corporation Investment est progressivement passé aux mains d’opérateurs privés, dont le tycoon kényan Chris Kirubi, premier actionnaire avec 28 % du capital, devant le gouvernement (23 %). Il a été renommé Centum en 2008.

« Nous sommes la plus ancienne et la plus importante des institutions africaines autochtones de capital-investissement, avec 660 millions de dollars d’actifs sous gestion », rappelle James Mworia. C’est sous la houlette de cet avocat et expert-­comptable de formation, directeur général depuis 2008, qu’ont été lancés les plans stratégiques Centum 2.0 et 3.0, couvrant respectivement les années fiscales 2010-2014 et 2015-2019.

Le premier a vu le cador de la Bourse de Nairobi (21,26 milliards de shillings – 180 millions d’euros – de capitalisation) s’étendre en Ouganda, avec une deuxième cotation à Kampala et le lancement du complexe résidentiel Pearl Marina, sur les rives du lac Victoria.

Le deuxième vise à étendre vigoureusement l’activité de Centum au-delà de ses bastions historiques, tels que l’immobilier (45,9 % des 66 milliards de shillings d’actifs à la fin de mars 2018), les services financiers et les biens de grande consommation, vers l’agro-industrie, l’éducation, la santé et les télécoms.

Centum 3.0 a enregistré « une bonne performance, compte tenu de l’environnement opérationnel difficile […] de ces deux dernières années », assure James Mworia. Le rendement annualisé moyen a été de 23 % entre 2014 et 2018, moins que l’objectif de 35 %, mais « plus que la moyenne de – 3 % du Nairobi Stock Exchange ». Les actifs du groupe ont doublé durant cette période mais restent loin des 120 milliards de shillings prévus pour la fin de 2019.

Ouverture aux capitaux extérieurs

Pour atteindre ses objectifs de croissance et réduire aussi sa dépendance aux soubresauts de l’économie kényane, Centum s’apprête à franchir un nouveau cap : lancer un fonds d’investissement ouvert aux capitaux extérieurs.

« Jusqu’à présent, nos investissements en private equity ont été exclusivement financés par nos fonds propres et ont généré un taux de rentabilité interne (TRI) de 30 % sur la période stratégique en cours », a rappelé James Mworia aux 500 professionnels réunis début avril à Nairobi, pour la 16e conférence annuelle de l’Association panafricaine du capital-investissement (Avca). À titre de comparaison, à la fin de septembre 2018, l’indice de rentabilité interne net compilé sur cinq ans du secteur était de 2,81 % (3,31 % hors Afrique du Sud).


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À Nairobi, Mworia a vanté les performances spectaculaires réalisées ces dernières années. Parmi elles, la revente en 2015 de ses parts dans l’assureur UAP Holdings au géant anglo-sud-africain Old Mutual, qui lui a apporté un gain net de 49 millions de dollars, pour un TRI brut de 36,8 % et plus de cinq fois le montant investi six ans plus tôt. Entre 2009 et 2018, Centum Capital Fund I a réalisé seize investissements pour sept sorties. Sur ces dernières, il a investi 32 millions de dollars, pour une plus-value estimée à 107 million.

Focus sur l’Afrique de l’Est

Quelle est la recette de Centum ? « Premièrement, il est important d’être méticuleux sur le choix du management et d’avoir des personnalités influentes au conseil d’administration » des entreprises du portefeuille, explique le DG, qui lui-même travaille sous la tutelle du Rwandais Donald Kaberuka, ancien patron de la BAD, nommé fin 2016 président de Centum.

James Mworia, pour sa part, est souvent l’administrateur représentant Centum dans les entreprises du portefeuille, en alternance avec son bras droit Fred Murimi, managing director depuis 2015. Autre facteur de réussite : s’assurer « de l’alignement de la stratégie, des effectifs, du risque et du management » et « se concentrer sur ses forces et ses capacités propres ».

Centum Capital Fund II vise 500 millions de dollars d’actifs pour des prises de participation majoritaires de 15 millions à 50 millions de dollars par opération

Le manager aime à rappeler que Centum a caressé, par le passé, une ambition d’expansion panafricaine, avant de se résoudre finalement à rester centré sur l’Afrique de l’Est, qui sera l’espace géographique ciblé par son nouveau fonds. Centum Capital Fund II vise 500 millions de dollars d’actifs, dont au moins 100 millions apportés par son promoteur, pour des prises de participation majoritaires de 15 millions à 50 millions de dollars par opération.

James Mworia © DR/Linkedin

Il privilégiera des entreprises engrangeant un excédent brut d’exploitation (Ebitda) d’au moins 5 millions de dollars dans « sept secteurs clés » (biens de consommation, services financiers, éducation, technologies de l’information et de la communication, santé, agriculture et électricité). Centum a déjà identifié au moins dix cibles potentielles, dont JA a pu consulter la liste confidentielle. Parmi elles : une entreprise pharmaceutique, un distributeur automobile et un producteur de spiritueux.

« Nous croyons que, dans le contexte actuel, les valorisations sont plus faibles, les liquidités rares, et qu’il existe des sociétés qui répondent à nos critères et qui cherchent à vendre ou à restructurer leur bilan », assure Mworia. Rendez-vous en septembre prochain, à l’occasion du premier closing du fonds, pour savoir si le message a convaincu les investisseurs.

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