Défense

Libye : Ghadamès, conférence mirage

Khalifa Haftar saluant le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le 5 avril à Benghazi.

Khalifa Haftar saluant le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le 5 avril à Benghazi. © LNA War Information Division/AFP

Le conclave prévu dans l’oasis de l’Ouest devait constituer une étape cruciale vers l’organisation d’élections présidentielle et législatives. C’était en tout cas le souhait de Ghassan Salamé, l’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye.

Le Libanais a vu ses espoirs s’envoler avec l’offensive de l’ANL. Le timing, à quinze jours de la conférence nationale à Ghadamès qui devait paver la voie des élections générales, soulève des interrogations. Le maréchal a-t-il délibérément saboté un processus politique déjà embrouillé ?

Suspicion générale

« Haftar a lancé la moitié de son armée sur Tripoli parce qu’il n’a aucune confiance dans les réunions de l’ONU, explique Michel Scarbonchi, consultant, qui a promu l’option Haftar auprès des autorités françaises. En quatre ans de conférences internationales et de réunions, Sarraj dit à chaque fois “oui”, rentre à Tripoli, subit la pression des milices islamistes, puis renonce à l’accord. Le maréchal n’est pas dupe, il savait que la nouvelle réunion à Ghadamès allait donner le même résultat. »

L’ONU est tour à tour soupçonnée de favoriser l’agenda de Haftar et de protéger les milices islamistes

« Le plan était au départ de légaliser la prise de pouvoir de Haftar par la conférence, croit au contraire savoir un analyste impliqué dans le dossier libyen. D’ailleurs, les Misratis l’ont laissé attaquer parce qu’ils ne voulaient pas de Ghadamès. »

Dans cette guerre des récits, la suspicion générale à l’égard de l’ONU est symptomatique d’un déraillement du processus politique. L’institution internationale est tour à tour soupçonnée de favoriser l’agenda de Haftar et de protéger les milices islamistes, selon que les critiques viennent de l’Ouest ou de l’Est.


>>> À LIRE – Élections libyennes : le parcours du combattant de Ghassan Salamé


Ghassan Salamé aura bien tenté de maintenir la conférence en dépit des circonstances. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est rendu à Benghazi pour convaincre le maréchal de baisser les armes. Sans succès. « Je quitte la Libye le cœur lourd et profondément inquiet », admettra-t-il à l’issue de la réunion. « C’est la fin de l’entreprise onusienne en Libye », résume un observateur. Le 9 avril, face à l’évidence, la conférence de Ghadamès, qui a perdu toute sa raison d’être, a été reportée sine die.

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