Politique

Israël : « Bibi » repetita, Benyamin Natanyahou réélu pour un cinquième mandat

Le Premier ministre Benyamin Netanyahou et sa femme à Tel-Aviv, le 10 avril. © Ronen Zvulun/REUTERS

Malgré une opposition plus rugueuse et la menace d’une mise en examen dans les prochains mois, le Premier ministre a décroché un cinquième mandat, historique. Avec la bénédiction de l’extrême droite.

Mercredi soir, ses partisans l’ont attendu durant plus de quatre heures sur le parquet d’une salle de basket-ball dans le nord de Tel-Aviv, reconvertie pour l’occasion en QG de campagne du Likoud. Benyamin Netanyahou a fini par surgir au bout de la nuit, accompagné par une sono assourdissante crachant en boucle l’hymne du parti. À ses côtés, son épouse, Sarah, fend la ribambelle de ministres et de députés entravant le passage. Le couple est ovationné par un public presque ­idolâtre.


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« Vous m’avez encore renouvelé votre confiance et nous avons remporté une ­victoire colossale face à des médias hostiles », lance le Premier ministre, aussi revanchard contre les élites que ceux qui l’acclament à chaque demi-phrase. À cet instant, son parti est au coude-à-coude avec Bleu-Blanc, la formation de son grand rival Benny Gantz. Mais « Bibi » s’est déjà assuré par téléphone du soutien de ses alliés politiques, à l’instar des orthodoxes (15 élus), qui lui offrent une majorité gouvernante.

La vraie fausse victoire de Gantz

En début de soirée, le pays a pourtant cru voir se profiler la fin de l’ère Netanyahou. Ce dernier accuse un retard de plusieurs sièges sur son opposant centriste, tandis que plusieurs partis de droite sont annoncés à la dérive, au bord du seuil d’éligibilité à la Knesset, le Parlement israélien.

Gantz, lui aussi retranché avec ses militants à Tel-Aviv, crie prématurément victoire. « Nous avons gagné ! Le président doit nous confier le soin de former le prochain ­gouvernement, car nous sommes le parti le plus ­important », s’emballe-t-il devant un public en liesse. Un instant, la confusion s’empare des ­services de protection rapprochée du Shabak, qui dépêchent dans son QG une armée de gardes du corps voués à assurer la sécurité du nouveau Premier ministre. Ils ­l’abandonnent au bout de quelques heures, comprenant que le succès lui a ­finalement échappé.

Nous avons subi une défaite douloureuse, la plus dure de l’histoire du parti, reconnaît la travailliste Shelly Yachimovitch

Entré en politique fin décembre, Benny Gantz signe néanmoins une performance en talonnant le Likoud, avec 35 élus. Mais, dans un système fonctionnant à la ­proportionnelle, l’ancien chef d’état-­major pâtit de son manque d’ancrage dans le paysage politique israélien et, surtout, du faible score de la gauche (10 sièges), incapable de ­contrebalancer le bloc parlementaire de droite. « Nous avons subi une défaite douloureuse, la plus dure de l’histoire du parti, reconnaît la travailliste Shelly Yachimovitch. Malgré tout, notre objectif sacré reste d’aider Gantz à remplacer Netanyahou et de mettre fin à l’avènement de la droite radicale, raciste et liberticide. »

Alliance avec les ultra-nationalistes

Car, pour ne pas perdre son trône, le « roi Bibi » n’a pas hésité à pactiser avec la frange la plus extrémiste du camp ­nationaliste. Sous son impulsion, le Foyer juif, rattaché au mouvement des colons de Cisjordanie, a consenti à fusionner sa liste avec Force juive, dirigée par plusieurs disciples de Meïr Kahane, un rabbin suprémaciste dont le parti Kach avait été déclaré ­hors la loi en Israël avant d’être classé, aux États-Unis, organisation ­terroriste.

Mais pour Netanyahou, qui jusqu’au bout a redouté un éparpillement de son ­électorat, la fin justifie les moyens. « Sans cette union, nous aurions perdu ces élections », s’est défendu le Premier ministre dans un ­enregistrement audio révélé par la ­télévision publique KAN.


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Cette manœuvre n’a pas fait ­l’unanimité au Likoud. « Le seul moyen d’arrêter Netanyahou et les torts qu’il nous cause, c’est de voter Bleu-Blanc », ose l’ancien ministre de la Justice Dan Meridor. Son appel n’a pas fait d’émules et n’a pas non plus dissuadé « Bibi » d’interrompre sa surenchère.

« La prochaine coalition sera de droite et terminera sa mission », assure ce dernier, avant de promettre, à quelques jours du vote, le passage sous souveraineté israélienne d’une partie des colonies juives de Cisjordanie. L’annonce fait l’effet d’une bombe, car cela ouvrirait la voie à ­l’annexion pure et simple des territoires palestiniens. « Les Israéliens viennent de dire non à la paix et oui à l’occupation », lâche, amer, le négociateur palestinien Saeb Erekat.

Revanches

Plus pragmatique que Netanyahou, Benny Gantz a tenté de capitaliser sur la volonté de changement exprimée par une frange non négligeable de l’opinion. Il s’est aussi entouré de deux anciens frères d’armes, les généraux Gabi Ashkenazi et Moshe Ya’alon (ce dernier a été évincé du poste de ministre de la Défense en mai 2016 par « Bibi » lui-même).

Le trio a bien tenté d’écorner l’image de « Monsieur Sécurité » du leader de la droite israélienne, notamment lorsque, mi-mars, des roquettes du Hamas s’abattent sur Tel-Aviv. Faisant fi des critiques, Netanyahou a préféré soigner sa stature d’homme d’État en s’invitant chez Donald Trump et Vladimir Poutine, avant de recevoir en grande pompe, à Jérusalem, le président brésilien, Jair Bolsonaro.

Nous avons perdu une première bataille, mais pas la guerre, prévient Yaïr Lapid, colistier de Benny Gantz. Dès à présent débute la campagne pour 2020

« Nous avons perdu une première bataille, mais pas la guerre, prévient Yaïr Lapid, colistier de Benny Gantz. Nous comptons empoisonner la vie du Likoud à la Knesset, et, dès à présent, débute la campagne pour 2020. » Pour la nouvelle opposition, il ne fait aucun doute que le cinquième mandat de Netanyahou fera long feu. Certes, en juillet prochain, « Bibi » entrera dans l’Histoire quand il battra le record de longévité au pouvoir de David Ben Gourion, père de la nation.

Mais c’est aussi à cette date qu’il sera auditionné par le procureur de l’État, Avishaï Mandelblit. Il risque une inculpation pour corruption dans trois affaires dans lesquelles il est suspecté de trafic d’influence. Pour échapper aux griffes de la justice et à un éventuel procès qui embarrasserait ses partenaires, son parti œuvre en coulisses à l’élaboration d’une loi d’immunité – dite « française » – qui mettrait Netanyahou à l’abri de poursuites durant son mandat.

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