Politique économique

[Tribune] Comment libérer le potentiel économique de l’Algérie

Par

Économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA)

Vue du port d'Alger, un centre stratégique de l'économie algérienne. © Jaysen Naidoo/Flickr/CC

L’Algérie doit accomplir un effort herculéen pour transformer son économie, dépendante des exportations d’hydrocarbures, si elle veut faire face aux demandes urgentes de ses citoyens.

Après avoir progressé de 1,5 % en 2018, le PIB ne devrait pas franchir la barre des 2 % au cours des prochaines années. Pour absorber les millions d’actifs de la génération du millénaire, le rythme devrait s’établir autour des 6 % par an.

Si elle veut renforcer son économie et la rendre plus inclusive, l’Algérie doit institutionnaliser la concurrence, créer une économie numérique et transformer ses entreprises d’État.

Institutionnaliser la concurrence

Pour l’essentiel, l’économie algérienne est figée dans une phase de transition. Mais, surtout, les entreprises, y compris les banques, sont détenues par l’État. De fait, cela décourage les investissements directs étrangers, en particulier dans les secteurs gros consommateurs de main-d’œuvre comme le tourisme, l’hôtellerie et, plus généralement, les services.

Soumis à un contrat social usé, les citoyens ont connu comme unique mode de développement économique une forme inefficace de redistribution consistant, notamment, à promouvoir et à protéger les champions nationaux, lesquels sont souvent des entreprises d’État pourvoyeuses d’emplois et de subventions universelles. Un modèle flou qui engendre quantité de frustrations.

Comme ailleurs dans le monde arabe, le rôle essentiel des forces du marché et d’une concurrence accrue a été évacué de la conscience publique. Pour empêcher la perpétuation d’une oligarchie, il faut laisser le champ libre aux forces du marché dans un cadre réglementaire supervisé par des autorités de la concurrence indépendantes appuyée par le système judiciaire.


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Lancer un moonshot digital

En Algérie comme ailleurs, les jeunes sont très à l’aise avec les technologies numériques. Mais alors que leurs pairs des pays de l’OCDE accèdent facilement aux biens et aux services en ligne et peuvent transférer en toute simplicité de l’argent dématérialisé, la plupart des Algériens se retrouvent bloqués par des systèmes bancaires et de télécommunications surréglementés, incapables de suivre le rythme des évolutions qui balaient la planète.

Pour promouvoir une économie numérique, l’Algérie doit consentir à un effort extraordinaire, un moonshot (« projet très innovant »), afin de surmonter des handicaps comme une bande passante de piètre qualité, le coût trop élevé d’internet et la quasi-inexistence de systèmes de paiement numériques et mobiles.

Une meilleure connectivité permettra de créer de nouveaux secteurs et d’introduire des éléments de concurrence, à commencer par les secteurs critiques du transport, de la distribution et de la logistique, et contribuera au développement du commerce en ligne en rapprochant les zones urbaines des zones rurales. La connectivité renforcera également la traçabilité des flux financiers dans le secteur public, réduira les formalités administratives et améliorera la couverture et l’efficacité des services de santé et d’éducation.


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Transformer les entreprises d’État

Pour promouvoir le développement d’un secteur privé digne de ce nom, l’Algérie doit aussi démanteler les barrières qui offrent des prés carrés aux entreprises d’État. Les autorités doivent également renforcer la gouvernance du secteur public afin de favoriser l’indépendance des dirigeants ainsi que la responsabilité et l’efficacité de ses agents.

Les partenariats public-privé impliquant des entreprises d’État à l’efficacité et au sens des responsabilités renforcés offrent la possibilité de réaliser un saut technologique et d’utiliser au mieux des ressources qui s’amenuisent. Les géants européens des services publics sont autant d’exemples à suivre.

Après la libéralisation du secteur de l’électricité dans l’UE voici une dizaine d’années et, plus récemment, depuis l’accord de Paris lors de la COP21, ces entités ont investi massivement dans la production d’énergie en misant sur les énergies renouvelables. En Algérie, les entreprises de services publics et les entreprises d’État doivent opérer le virage de l’énergie solaire, au potentiel immense, reconnaissant par là que les énergies renouvelables sont l’or noir de demain…

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