Politique

Maroc : dialogue de sourds entre Mohammed Yatim et Miloudi Moukharik

Mohammed Yatim, Ministre de l'Emploi et et Miloudi Moukharik, Patron de l'Union marocaine du travail. ©

Les discussions entre le gouvernement et les principales centrales syndicales sont au point mort. Au cœur des tensions : le duel que se livrent Mohamed Yatim, ministre de l'Emploi, et Miloudi Moukharik, secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT).

Mohamed Yatim aurait-il péché par excès d’optimisme ? À Bruxelles, en mars, où il était convié à l’occasion du lancement d’un projet pilote pour la promotion du dialogue social dans le voisinage sud de la Méditerranée (Solid), le ministre de l’Emploi s’est vanté d’avoir opté, dans son pays, pour une « approche participative dans la gestion » des négociations avec les partenaires sociaux.

Pourtant, les discussions avec les centrales syndicales sont rompues depuis de longs mois. Et Miloudi Moukharik, qui vient d’être réélu pour un troisième mandat à la tête de l’Union marocaine du travail (UMT), ne cesse de dénoncer « l’obstination du gouvernement à entraver l’émergence d’un dialogue fructueux et réussi ».

Chèque en blanc

Le secrétaire général du syndicat le plus représentatif du royaume appelle à une « institutionnalisation » de ces négociations dans un cadre juridique assurant leur efficacité. « C’est un prérequis pour l’édification d’une économie moderne, qui garantirait de surcroît la pérennité et la compétitivité des entreprises », répète-t-il.

Le fossé entre les aspirations des organisations syndicales et les décisions gouvernementales ne cesse de se creuser. Déjà, sous le mandat d’Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement de 2012 à 2017, un dialogue de sourds s’était installé, son équipe ne parvenant pas à honorer les engagements d’Abbas El Fassi, son prédécesseur, qui, le 26 avril 2011, avait signé un chèque en blanc aux syndicats pour s’assurer la paix sociale dans l’atmosphère agitée du Printemps arabe.


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Nouveau round

Certes, au début de leur mandat, Mohamed Yatim et Saadeddine El Othmani – issu comme Benkirane du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) – sont parvenus à renouer le dialogue. Mais leurs propositions se sont heurtées à un refus catégorique des syndicats. Yatim avait envisagé de mettre en œuvre des décisions gouvernementales prises unilatéralement, comme l’augmentation des allocations familiales, puis s’était rétracté sans explications.

L’incapacité des responsables du PJD à convaincre les syndicats a conduit le ministère de l’Intérieur à reprendre en main le dossier. En janvier dernier, Abdelouafi Laftit a mené des consultations avec plusieurs syndicats. Un nouveau round, prévu pour la dernière semaine de mars, a été reporté, pour finalement débuter le 2 avril, dans la perspective du rendez-vous crucial du 1er Mai.

Salaires des fonctionnaires

Le dossier est brûlant. Lors de son dernier discours à ce sujet, le roi Mohammed VI avait interpellé directement le gouvernement : « Le dialogue social est un devoir et une nécessité ; il convient de l’instaurer et de le maintenir dans la durée et sans aucune interruption », avait-il insisté.

Pour l’heure, le bras de fer se poursuit entre un gouvernement peu enclin à faire davantage de concessions et des syndicats eux aussi peu disposés à transiger. L’année dernière, par exemple, Yatim avait proposé d’augmenter de 300 dirhams par mois les fonctionnaires aux salaires les plus faibles. Moukharik et les autres leaders syndicaux avaient rejeté cette offre, campant sur leur revendication d’une hausse générale d’au moins 500 dirhams.

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