Médias

« Sakho & Mangane », quand deux flics se retrouvent à Dakar

Yann Gael et Issaka Sawadogo, les deux héros de "Sakho & Mangane". © Youri Lenquette pour Canal plus

Efficace et musclée, la nouvelle série Canal+ Original met en scène un tandem de policiers face à des crimes relevant du paranormal.

Sous un ciel menaçant, un pêcheur ramasse des crabes sur la côte de la péninsule du Cap-Vert, à Dakar, quand soudain, au détour d’un rocher, le corps inanimé et blafard d’une femme apparaît. Quelques plans plus tard, le spectateur est projeté au marché Kermel pour une opération policière impliquant un gros sachet de cocaïne et un flic plus ou moins ripou…

Dès les premières minutes, la série Sakho & Mangane donne le ton : meurtres mystérieux et gros calibres. Le scénario convoque un tandem de policiers mal assorti : le commandant Souleymane Sakho (interprété par Issaka Sawadogo), vieux lion brillant mais un peu usé, obligé de collaborer avec le lieutenant Basile Mangane (Yann Gael), jeune loup aux méthodes peu conventionnelles. Mais derrière ce duo classique du cinéma d’action se profile la vraie star de la série : Dakar.

Dakar comme vedette

Sakho & Mangane a été intégralement tourné dans la capitale sénégalaise. Et les quartiers choisis donnent à voir toute la diversité de cette métropole aux faubourgs tentaculaires : les artères grouillantes de Dakar-Plateau, la corniche ouest et ses établissements luxueux, la médina, cœur populaire de la ville, ou encore les Mamelles, collines volcaniques de la presqu’île du Cap-Vert. Des villages de pêcheurs lébous aux hôtels chics, la série brasse large.

« En tant que Dakaroise, je suis fière de ce projet, et que ma ville soit la vedette », s’enthousiasme Fatou Elise Ba, qui incarne la journaliste Antoinette dans la série.

C’était bien l’objectif visé. « L’avenir du groupe Canal+, c’est l’international, et l’international c’est l’Afrique », résumait en préambule d’une projection à Paris, le 25 mars, Maxime Saada, président du directoire de Canal+. De là, la volonté de proposer des programmes « faits en Afrique par des Africains et pour les Africains ».


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Projet panafricain

Il y a d’ailleurs eu un précédent, Invisibles, série diffusée en octobre dernier de dix épisodes de 52 minutes, créée et réalisée par le Franco-Ivoirien Alex Ogou. « Nous n’avons pas de chiffre d’audience programme par programme, mais nous comptabilisons cinq à six fois plus de streaming pour cette série que pour les autres contenus sur myCanal Afrique » [ndlr : site qui permet de visionner les programmes en live ou en replay], révèle Fabrice Faux, directeur des chaînes et contenus Canal+ international.

La preuve que les téléspectateurs africains (comme les autres) veulent regarder des séries qui leur ressemblent. À vrai dire, ce projet est plus panafricain que sénégalais… et tout de même un peu français. Le créateur et réalisateur de la série, Jean-Luc Herbulot, est né au Congo-Brazzaville, à Pointe-Noire.

Des épisodes ont été tournés par le Sénégalais Hubert Laba Ndao et le Franco-Malien Toumani Sangaré. L’équipe des scénaristes mêle des talents venus du Sénégal, du Gabon, de Côte d’Ivoire… Et Alexandre Rideau (Keewu Production), Français installé au Sénégal, a piloté la production de la série à Dakar. Même la postproduction a été faite sur place.

Formule classique, sauce africaine

Étant donné la formule choisie (un duo dépareillé de flics), on pourrait s’attendre à du déjà-vu. Mais la sauce africaine change tout. « Au départ de l’aventure, il était question de faire une comédie policière, sourit Alexandre Rideau, qui porte le projet depuis cinq ans. Et puis, sous la plume des auteurs, ça s’est changé en un X-Files africain. » Les scénaristes, qui ont bénéficié d’une formation du CFI, l’agence française de développement des médias, n’ont pas tardé à puiser leur inspiration dans les croyances locales.

On nous annonce un démon de deux mètres de haut aux doigts crochus, un lion hypnotisé, un nain qui ne craint pas les balles…

Dès le premier épisode, il est question du vol d’un objet sacré lébou et d’une possible malédiction. Pour la suite, on nous annonce un démon de deux mètres de haut aux doigts crochus, un lion hypnotisé, un nain qui ne craint pas les balles, un mystérieux tueur à sarbacane…

« Il y aura même un épisode qui verse dans le film d’horreur, avec des zombies », prévient dans un sourire Jean-Luc Herbulot. Le réalisateur, qui a notamment travaillé sur la série Falco, pour TF1, indique qu’il n’a jamais eu la même marge de manœuvre en France. « Je ne compte pas rentrer de sitôt », plaisante-t-il.

Parfois j’ai vraiment dû défricher

L’équipe ne nie pas les difficultés spécifiques au tournage sur le continent. Contraintes matérielles, lenteurs, techniciens et acteurs pas ou peu formés.

« Parfois j’ai vraiment dû défricher, témoigne l’acteur guyanais Ricky Tribord, également chargé de coacher les débutants sur le plateau. Pour des comédiens qui n’avaient jamais joué ou qui étaient habitués à un certain type de jeu, il fallait revenir à la base. Reprendre le texte, la situation… Mais il y a aussi eu des découvertes, comme Fatou Elise Ba, qui n’avait presque pas besoin de mes conseils alors que c’était sa première expérience. »

Culture alternative

Il y a également des avantages à une production 100 % africaine. D’abord du point de vue de la créativité. « Il y a un besoin d’alternative à la culture américaine, et nous avons la conviction, à Canal+, qu’elle viendra d’Afrique et d’Europe », estime Maxime Saada. Le producteur assure quant à lui que la matière narrative engrangée par les scénaristes est suffisante pour réaliser nombre de nouveaux épisodes… Si, pour l’heure, une saison 2 n’est pas annoncée, l’équipe se tient prête à relever le défi.

La barre a été mise très haut… maintenant, la concurrence va avoir du pain sur la planche

L’autre argument est financier. Personne n’a donné le budget précis de Sakho & Mangane, mais il équivaudrait selon les responsables de la chaîne au dixième d’une série similaire produite en France, et au vingtième d’un programme américain.

Rythmé, plutôt bien joué, intrigant, le nouveau bébé de Canal+ Original est en tout cas très supérieur aux séries tournées jusqu’ici en Afrique francophone. « L’Afrique s’exprime pour la première fois, estime, lyrique, l’acteur Issaka Sawadogo. La barre a été mise très haut… maintenant, la concurrence va avoir du pain sur la planche. »


Quelques chiffres sur la série

3 ans de développement

87 jours de tournage

8 épisodes de 52 minutes

100 emplois, au moins, créés pendant le tournage

10 fois moins coûteux qu’une série française

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