Politique

[Tribune] Côte d’Ivoire : le PDCI peut-il ramener la coupe à la maison ?

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Docteur en relations internationales et en histoire des stratégies militaires. Enseignant-chercheur à l’université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan.

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié et Daniel Kablan Duncan lors du bureau politique du PDCI-RDA, le 16 juin 2018.

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié et Daniel Kablan Duncan lors du bureau politique du PDCI-RDA, le 16 juin 2018. © DR / PDCI-RDA

Le 9 avril, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) fête ses 73 ans. Un âge honorable pour une formation qui, aujourd’hui, ambitionne de reconquérir un pouvoir suprême qu’elle a exercé – seule ou presque – des années durant. Mais en a-t-elle les moyens ?

Il s’en est passé du temps depuis ce jour d’avril 1946 où le Syndicat agricole africain, créé sur les brèches ouvertes par la conférence de Brazzaville au début de l’année 1944, se muait en PDCI, portant Félix Houphouët-Boigny à sa tête. C’était à l’Étoile du Sud, piano-bar de Treichville.

En 1946, à Bamako, le PDCI adhérera au Rassemblement démocratique africain (RDA), jusqu’à en devenir la section la plus importante, celle qui permettra au mouvement panafricain d’asseoir son autorité. S’inspirant des méthodes communistes, Houphouët-Boigny transforme le PDCI-RDA en parti de masse. Et remporte grâce à cela toutes les élections jusqu’à l’indépendance.

Parti-État

Le 7 août 1960, le PDCI-RDA devient le parti d’État. Il concentre le pouvoir pendant quarante ans, réussissant tant bien que mal à résister au multipartisme, à la mort d’Houphouët-Boigny en 1993 et au schisme de 1994 – lequel donne naissance au Rassemblement des républicains.

Malgré le putsch de 1999, le PDCI reste dans l’antichambre du pouvoir. Bien qu’écarté des élections de 2000, il participe à tous les gouvernements. En 2010, malgré sa troisième place à la présidentielle, son appartenance au RHDP lui permet encore de cogérer l’État.


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À l’approche de 2020, le PDCI ne veut plus se contenter d’être un « parti de gouvernement ». Il envisage de récupérer le pouvoir. Dans un premier temps, il espère une reconquête dans le cadre du RHDP, mais le projet de parti unifié contrecarre ses plans. En effet, sans lui garantir la candidature du nouveau parti, Ouattara souhaite qu’il s’y fonde. Le PDCI décide donc de rompre l’alliance et de lancer sa reconquête.

Aujourd’hui, le parti se retrouve dans une opposition totale, une première depuis 1950, et il va devoir compter avec les manœuvres du pouvoir. La très difficile installation du maire PDCI du Plateau et les atermoiements des ministres membres de l’ancien parti unique qui ont fini par mettre leurs moyens et leur notoriété au service de la formation présidentielle montrent bien que sa route est semée d’embûches.

Stratégie et choix du candidat

La reconquête du pouvoir ne sera pas aisée. Le PDCI va devoir établir une stratégie efficace pour y parvenir. Henri Konan Bédié, son président, a défini des axes : restructuration, convention et plateforme. L’idée est de redonner au PDCI – en un temps record – son statut de parti de masse. Et ainsi de réinvestir tout le territoire, de se réapproprier les attentes des Ivoiriens et de dégager de celles-ci un programme innovant et adapté.

Les présidentiables sont nombreux, mais deux noms émergent : Jean-Louis Billon et Jeannot Ahoussou-Kouadio

Le choix du candidat pour 2020 ne se poserait pas si Bédié avait dix ans de moins. Figure tutélaire de la formation, il fait peu de doute qu’il sera plébiscité par ses instances dirigeantes. Mais peut-il vraiment rallier au-delà ? Cela paraît peu probable : l’octogénaire est pour les Ivoiriens un homme du passé, voire du passif. On s’interroge aussi sur sa capacité à mener une campagne difficile et incertaine. A contrario, en se mettant au-dessus de la mêlée tout en encadrant son poulain, il se poserait en sage patriarche et serait forcément plus audible.


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Dans cette optique, les présidentiables sont nombreux, mais, à mon sens, deux noms émergent : Jean-Louis Billon et Jeannot Ahoussou-Kouadio. Billon, plus grosse fortune du pays, incarne la jeunesse, le dynamisme. Sa rupture ancienne avec Ouattara lui donne les coudées franches pour attaquer les faiblesses du régime. Ahoussou, président du Sénat, incarne le bastion du grand centre, l’expérience et la maîtrise des arcanes du pouvoir. Il pourrait plus facilement obtenir le retour des cadres et des militants qui ont rejoint les rangs du RHDP, voire convaincre Guillaume Soro de s’engager dès le premier tour sur un ticket avec le PDCI.

Il est évident que l’ancien parti unique devra poursuivre avec méthode son projet de rassemblement de l’opposition : des convergences de vue sur la commission électorale et le procès Gbagbo peuvent faciliter la création d’un front commun. Mais le dialogue doit aussi se faire avec les fils partis au RHDP. C’est à ce prix-là que, vingt ans après l’avoir perdue, le PDCI pourra espérer ramener la coupe à la maison.

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