Politique

[Édito] Bouteflika, plateau du Golan, Brexit… Qu’attendre du mois d’avril ?

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Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Un drapeau algérien sur la place de la République à Paris, dimanche 17 mars 2019 (photo d'illustration).

Un drapeau algérien sur la place de la République à Paris, dimanche 17 mars 2019 (photo d'illustration). © Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA

Entre la fin du mandat d’Abdelaziz Bouteflika, le report du Brexit ou la reconnaissance américaine de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, le mois d’avril s’annonce chargé en événements.

Devant nous un mois d’avril chargé. Des événements de grande importance sont annoncés sur tous les continents ou presque. Auxquels il me paraît prudent d’ajouter l’imprévu. Les derniers jours de mars ont été eux-mêmes fort chahutés. Mais ce qui nous attend en avril est formidable. Je n’évoquerai ci-dessous que les événements qui nous concernent de près, risquent d’avoir sur nous des effets bénéfiques ou néfastes.

• Brexit : vers un nouveau référendum ?

D’abord, ce fameux Brexit, dont on nous rebat les oreilles depuis plus de deux ans. Le 23 juin 2016, les Britanniques ont en effet voté, à une courte mais indiscutable majorité – inégalement répartie entre les composantes du Royaume-Uni –, en faveur du divorce avec l’Union européenne. Dans les années 1960, ils avaient supplié qu’on les acceptât comme membres de cette union. Ce à quoi, en 1973, a consenti Georges Pompidou, successeur du général de Gaulle, qui, lui, avait dit et répété : « Non et non. »

C’est en avril que le divorce, qui entre dans sa phase cruciale, risque d’être prononcé. Attendez-vous à du « bruit et de la fureur » et au départ probable de l’incompétente Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni. Le fameux 10 Downing Street va devoir changer d’occupant.


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Je n’exclus pas que le Royaume-Uni se ravise et, par le biais d’un référendum, dans quelques mois, dise que, réflexion faite, il veut rester dans cette Union européenne qu’il a tant vilipendée. Ce serait un remariage après un semi-divorce… Quoi qu’il en soit, ce royaume qui, dans les années 1950, « a perdu un empire et n’a pas trouvé de rôle », poursuit sa dérive vers le statut d’ex-grande puissance vouée au déclin…

• Où sont les chefs de l’EI ?

Nous avons appris, fin mars, que « l’État islamique en Irak et au Levant » avait été vaincu, que ses derniers combattants avaient été tués ou s’étaient rendus. Ses dirigeants, au premier rang desquels Abou Bakr al-Baghdadi, avaient proclamé, le 29 juin 2014, l’instauration d’un « califat ». Ils ont séduit, ils ont terrorisé, mais ils ont fini par être défaits après avoir fédéré le monde entier contre eux. Leur emprise sur une partie de l’Irak, dont la grande ville de Mossoul, et sur le nord de la Syrie aura tout de même duré cinq ans.

Mais où est passé leur chef, Baghdadi, qui s’est fait appeler « le calife Ibrahim » ? Où sont ses compagnons ? La coalition ne les a ni tués ni faits prisonniers. Elle ne sait pas, ou ne dit pas, où ils ont fui et ce qu’ils sont devenus. On en est donc réduit à spéculer sur ce qu’ils vont faire et sur ce qui leur reste comme pouvoir de nuisance. Gageons qu’ils feront parler d’eux et qu’on en saura plus dès ce mois d’avril.

• Jusqu’où ira Donald Trump ?

Une affiche électorale montrant le Premier ministre Netanyahou serrant la main du président américain Donald Trump, en février 2019 à Tel-Aviv.

Une affiche électorale montrant le Premier ministre Netanyahou serrant la main du président américain Donald Trump, en février 2019 à Tel-Aviv. © Yasushi Kaneko/AP/SIPA

Très certainement, Donald Trump, lui, fera parler de lui en avril plus encore qu’en mars. Il a été le premier à annoncer que le rapport Mueller, qui vient d’être remis au ministère de la Justice, l’absolvait en le lavant de tout soupçon de collusion avec la Russie, et le premier à proclamer que lui et ses alliés avaient vaincu l’État islamique. Comme avant lui George W. Bush, il a dit, en somme, « mission accomplie », mais il est probable que l’avenir le démentira comme il a démenti G. W. Bush.

La caractéristique principale de Donald Trump est d’oser ce que les autres n’osent pas : discuter d’égal à égal avec le dictateur de la petite Corée du Nord, reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et y transférer l’ambassade des États-Unis, entériner l’annexion par l’État hébreu du Golan. Peu lui importe si ces initiatives sont bénéfiques ou nuisibles pour les États-Unis et le monde. Il lui suffit de croire que lui peut en tirer profit.

Il a donc annoncé, fin mars, que le Golan syrien, occupé par Israël depuis 1967, était définitivement acquis à l’État hébreu (qui d’ailleurs l’avait annexé dès 1981). Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël, s’est déclaré ravi et a remercié Donald Trump de ce soutien à lui-même et à son pays, lequel a ainsi « complété sa victoire militaire par une victoire diplomatique ».

On verra le 9 avril au soir si le geste de Donald Trump aura permis à son ami Benyamin Netanyahou de remporter les élections législatives anticipées qui se tiendront ce jour-là. Si Netanyahou en sort vainqueur, il rempilera au poste de Premier ministre malgré ses démêlés avec les juges, qui veulent le mettre en examen. S’il est battu, la justice israélienne se saisira de son cas.

• La fin du mandat de Bouteflika

C’est le 28 avril que s’achève le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, 82 ans et président de l’Algérie depuis vingt ans. Ce quatrième mandat était de trop : tout le monde le savait ou le sentait. Mais personne, y compris nous-mêmes, n’avait rien dit. Les Algériens, eux, s’en sont sentis humiliés et, à la perspective d’un cinquième mandat, se sont rebiffés : trop c’est trop !

Ils en ont assez d’un président invisible, diminué par la maladie, usé par vingt ans de pouvoir

Tout au long du mois de mars, en manifestant pacifiquement dans les principales villes du pays, des dizaines de milliers d’Algériens ont dit qu’ils voulaient « le changement maintenant ». Ils en ont assez d’un président invisible, diminué par la maladie, usé par vingt ans de pouvoir et dont le nom et le passé couvrent les excès d’un entourage honni par la majorité des Algériens.Ces derniers ont fini par comprendre, et refusent désormais que cet entourage de quelques personnes exerce pour le président et en son nom la réalité du pouvoir.

Il reste à peine un mois pour trouver et mettre en place une autre formule de transition, plus acceptable que celle proposée le 11 mars au nom de Bouteflika par ses proches. Ce cercle de quelques hommes qui gouvernent l’Algérie en s’abritant derrière Bouteflika avait déjà fait la concession de renoncer au cinquième mandat de l’actuel président.


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Le 26 mars, un des membres les plus éminents de ce proche entourage, le général Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, et qui doit à Abdelaziz Bouteflika d’avoir été maintenu à son poste de chef d’état-major de l’armée, en a fait une autre de taille : que l’actuel président soit déclaré, pour cause de maladie, inapte à la fonction et remplacé. Comme on le voit, la formule de sortie de crise s’esquisse. On peut donc espérer que, sauf accident, sera trouvée dans les prochaines semaines la solution qu’on cherche et qui pourrait conduire à la IIe République algérienne.

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