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Cet article est issu du dossier «Présidentielle aux Comores : Azali Assoumani face à douze candidats de l'opposition»

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Politique

Présidentielle aux Comores : Azali Assoumani, chronique d’une victoire annoncée

Azali Assoumani a été réélu avec 59,09% des suffrages, selon la Cour suprême. © Ali SOEF

Sans surprise, le président sortant a été réélu à la tête de l’Union des Comores dès le premier tour, une victoire validée par la Cour suprême. Fort de la réforme de la Constitution, il a désormais les coudées franches.

Selon les résultats définitifs approuvés par la Cour suprême le 2 avril, Azali Assoumani a été réélu à la présidence de l’Union des Comores dès le premier tour, avec 59,09% des suffrages, loin devant le candidat du parti Juwa, l’avocat Mahamoud Ahamada (15,72%) et Mouigni Baraka Saïd Soilihi (5,53%). Les chiffres provisoires communiqués par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) au soir du 26 mars le donnaient vainqueur avec 60,77 % des voix.

C’est tout sauf une surprise tant le président sortant semble avoir eu pour préoccupation essentielle, depuis son élection en 2016, de se maintenir au pouvoir au-delà des cinq années prévues par la Constitution. Lui-même n’anticipait-il pas son triomphe dès la mi-février devant la presse internationale avec une franchise qui mettait son équipe de campagne dans l’embarras ? Et ce ne sont pas les violences qui, une fois encore, ont émaillé le scrutin, pas plus que les cris d’orfraie d’une opposition enfin réunie pour dénoncer ce qu’elle appelle un « hold-up électoral », qui vont faire dévier Azali Assoumani du destin qu’il s’est lui-même tracé depuis son retour à la résidence de Beit-Salam.


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Renforcement du pouvoir présidentiel

Les dix-huit derniers mois ressemblent en effet à la chronique d’une victoire annoncée, entre le renforcement du pouvoir présidentiel et la mise à l’écart des principaux leaders politiques du pays – « sans que l’on ne sache jamais si le président agit par machiavélisme ou bénéficie d’un incroyable concours de circonstances », observe un diplomate en poste à Moroni.

Azali Assoumani, 60 ans, a su faire preuve de sens tactique pour tirer le meilleur parti des événements qui se présentaient à lui. C’est le cas avec les assises nationales, dont le principe avait été acté sous son prédécesseur, Ikililou Dhoinine, et dont il confirme la tenue quelques mois seulement après son élection. Parmi les principales conclusions de ces assises, rendues publiques en février 2018, figure la nécessité de réformer la Constitution héritée des accords de Fomboni.

Azali Assoumani le 07 mars 2019. © Ali SOEF

La nouvelle Constitution lui offre la possibilité de conserver son fauteuil jusqu’en 2029 et non plus 2021

La règle d’une présidence tournante entre les trois îles de l’archipel est maintenue, mais pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, contre un seul quinquennat autorisé auparavant. Azali Assoumani prend « le risque », comme il l’affirme lui-même, de remettre en jeu son mandat plus tôt que prévu, la nouvelle Constitution, approuvée par référendum en juillet 2018 à plus de 92 %, lui offrant la possibilité de conserver son fauteuil jusqu’en 2029 et non plus 2021.


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Tripatouillages

Dans le même temps, la commission d’enquête parlementaire sur les dérives du programme de citoyenneté économique a rendu son rapport en avril 2017. Lancé entre 2008 et 2016, pour fournir un passeport comorien à des populations apatrides du Koweït et des Émirats arabes unis, il aurait induit un manque à gagner de 1 milliard de dollars pour les finances comoriennes. Le document cite comme principaux responsables les deux anciens chefs de l’État Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et Ikililou Dhoinine.

Aucun des deux ne pouvait se présenter à ce scrutin réservé aux ressortissants de la Grande-Comore, mais la mise en détention provisoire de Sambi a provoqué un tel séisme au sein de Juwa que le principal parti d’opposition du pays s’est lancé en ordre dispersé dans l’élection.

L’affaire a également causé la perte de l’ancien vice-président et ministre des Finances, Mohamed Ali Soilihi, contraint de renoncer, à la suite de sa mise en examen en janvier. En 2016, ce dernier n’avait été battu que de 4 000 voix par Azali Assoumani, qui a également vu un autre de ses concurrents potentiels, son propre vice-président, Djaffar Saïd Ahmed Hassane, obligé de se réfugier en Tanzanie pour échapper à un mandat d’arrêt lancé par la Cour de sûreté de l’État, après la tentative d’attentat dont aurait fait l’objet le président en début d’année.

Le chef de l’État, également chef du gouvernement, semble disposer d’un boulevard devant lui

Opposition affaiblie

Débarrassé de ses principaux adversaires, Azali Assoumani n’a eu aucune peine à l’emporter sur la douzaine d’opposants, incapables de s’entendre sur une candidature unique et qui, plutôt que de mordre sur son électorat, se sont affaiblis les uns les autres. Ils ont bien essayé, au lendemain du vote, de faire descendre la population dans les rues de Moroni, mais sans succès. Personne n’ose aujourd’hui remettre en question la victoire d’Azali Assoumani : pas plus les observateurs internationaux, envoyés par l’UA et la Comesa – qui ont quitté le pays sans pouvoir se prononcer « de façon objective sur la transparence et la crédibilité du scrutin » –, que la France, qui, depuis de nombreux mois, garde un silence assourdissant.

Si bien que le chef de l’État, également chef du gouvernement, semble disposer d’un boulevard devant lui. Boulevard qu’il vient encore d’élargir en faisant arrêter, le 28 mars, le colonel Mohamed Soilihi, dit « Campagnard », parfait inconnu il y a deux mois encore et qui venait tout juste de réussir à fédérer une partie de l’opposition derrière lui.

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