Politique

Tunisie : Hamma Hammami et Mohamed Abbou, un marxiste et un nationaliste, deux visions de la gauche

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À quelques mois des scrutins législatifs et présidentiel, Hamma Hammami, candidat de la coalition du Front populaire, et Mohamed Abbou, pressenti pour représenter le Courant démocratique, proposent aux électeurs tunisiens deux visions de la gauche.

Hamma Hammami et Mohamed Abbou ont en commun un passé de prisonnier politique. Tous deux, aussi, sont mariés à des avocates célèbres. Le premier, avec Radhia Nasraoui, connue pour son soutien à la cause palestinienne et ses années de résistance à la dictature. Le second, avec Samia Abbou, députée à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), et, selon un sondage de Sigma Conseil (novembre 2018), l’une des personnalités politiques les plus populaires du pays. Chacune soutiendra sans doute son époux durant la campagne présidentielle, dont l’épilogue est attendu à la fin de l’année.

En mars, la coalition du Front populaire (FP), qui regroupe une dizaine de partis d’extrême gauche, a choisi, pour la seconde fois, Hamma Hammami comme candidat. L’actuel secrétaire général du Parti des travailleurs (PT) a l’expérience de la lutte : son mouvement est issu du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), qu’il dirigeait dans la clandestinité sous Ben Ali. De son côté, le Courant démocrate (CD) désignera sans doute Abbou, qui fut ministre de la Réforme administrative en 2011-2012, avant de fonder, en 2013, ce mouvement social-démocrate à coloration nationaliste, plus communément appelé Attayar.


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À gauche, depuis Mao, on cherche la « contradiction principale », le conflit social dont la résolution débouchera sur des changements majeurs. Pour le FP, qui est proche du puissant syndicat UGTT, il se situe clairement du côté de l’organisation économique du pays. Il exige donc la nationalisation des entreprises stratégiques. Par ailleurs, les camarades de Hammami, parmi lesquels de nombreux fonctionnaires (dont des féministes, militantes à l’Association tunisienne des femmes démocrates), se posent en irréductibles adversaires du camp islamiste.

Loin de ce purisme marxiste, Attayar assume, lui, une identité tunisienne décomplexée, mâtinée d’un discours apte à séduire un électorat plus conservateur. Avant 2013, Abbou fut secrétaire général du Congrès pour la république (CPR), le parti de l’ex-président Moncef Marzouki, qui avait choisi de gouverner avec les islamistes d’Ennahdha. Aujourd’hui, le CD se veut le défenseur des acquis de la révolution de 2011 ; il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille et n’hésite pas à croiser le fer avec la famille destourienne, qu’incarne Nidaa Tounes, le parti présidentiel.

Investiture pour la présidentielle

Avec 15 élus à l’Assemblée, le FP est mieux implanté dans le pays que le jeune CD, qui n’en a que 3, dont Mme Abbou. Mais le petit parti a des raisons d’être optimiste. Aux municipales du 6 mai 2018, il avait amélioré ses scores de 2014 et s’était placé en troisième position à Tunis. Mieux, alors qu’il jouissait déjà d’une audience dans la classe moyenne urbaine, il a pris des sièges dans de petites villes ouvrières. Il est ainsi arrivé en tête à Jemna, bourgade qui a attiré l’attention de la presse à l’occasion d’un mouvement social d’oasiens.

À Sidi Bouzid, épicentre de la révolution de 2011 et cœur du bassin minier, il a obtenu cinq sièges au conseil communal, juste derrière le FP. Dans le Sud, réputé conservateur et où les attentes sociales sont fortes, Abbou peut donc espérer percer, en tenant un discours proche de celui de l’ancien président Marzouki, qui y a un temps été populaire.

Enfin, malgré son marxisme pur jus, le « camarade Hamma » n’est plus le leader incontesté de l’extrême gauche : Mongi Rahoui, député du Watad et lui aussi membre du Front, lui a disputé l’investiture pour la présidentielle. Du côté d’Attayar, le climat est plus serein. La figure montante du parti n’est autre que Samia Abbou, qui incarne la lutte anticorruption mais ne fait pas d’ombre à son époux.

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