Société

[Tribune] Cyclone Idai : le silence de l’Union africaine

Par

Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Des enfants traversent un ruisseau à Chimanimani, au Zimbabwe, après le passage du cyclone Idai. © KB Mpofu/AP/SIPA

Qu’a prévu l’Union africaine pour faire face à des catastrophes comme le cyclone Idai, au Mozambique ? Apparemment rien. À force de compter sur les autres, l'UA et ses pays membres se comportent d’une façon irresponsable, selon Tshitenge Lubabu M.K.

Quand nous étions enfants, on nous a dit et redit que les Africains, c’est-à-dire nos ancêtres et nos parents, étaient les champions du monde de la solidarité, de la générosité, qu’ils partageaient tout avec le reste de la communauté sans aucune arrière-pensée. Mais en grandissant, pour ne pas dire en vieillissant, nous nous sommes rendu compte que cette fameuse générosité « innée » des Africains relève plus de la légende que de la réalité. Le monde serait parfait si nous pouvions tous avoir le cœur sur la main ou, mieux encore, des cœurs en or. Hélas, tel n’est pas le cas ! Et nul n’a le monopole de la générosité ou de l’avarice.

Où veux-je en venir ? Au Mozambique, bien sûr, ce pays d’Afrique australe qui a été frappé par un terrible cyclone dans la ville de Beira, sur l’océan Indien. Le bilan est lourd : quelque 700 morts et des disparus, sans parler de toutes les habitations détruites.

Quelle solidarité ?

La désolation est totale, les risques d’épidémie très élevés. Des cas de choléra et de diarrhée ont été signalés par des humanitaires qui s’occupent des rescapés, dont les conditions d’hébergement sont inqualifiables. Se nourrir est également une gageure, car atteindre les survivants est un exercice très difficile. Sauf miracle, le pire est à craindre.


>>> À LIRE – Cyclone Idai : au moins 300 morts, course contre la montre pour sauver des vies


Ce qui m’étonne, c’est le silence de notre très chère Union africaine. Je suis tenté de croire qu’elle ne suit pas l’actualité du continent. Sinon, elle se serait déjà manifestée, ne serait-ce que pour redonner un peu le moral aux survivants. Que dire alors des autres pays africains, y compris ceux dont les moyens sont cent fois plus importants que ceux du Mozambique ? Où sont donc ceux qui, hier encore, ne juraient que par Samora Moises Machel et Joaquim Alberto Chissano ?

Léthargie

À ceux qui l’auraient oublié, je rappelle que le Mozambique est parmi les pays les plus pauvres du monde. Son économie est essentiellement fondée sur l’agriculture. C’est aussi ce pays où, il n’y a pas longtemps, les autorités avaient cru malin de cacher certaines de leurs dettes aux organisations financières internationales afin d’emprunter davantage. Et elles ont été prises la main dans le sac. Malheureusement, la dette est passée de 86 % du PIB en 2015 à 130 % en 2016. Le Mozambique est également un pays où ont circulé 200 millions de dollars de pots-de-vin. Cette corruption à grande échelle ne facilite absolument rien.

À trop compter sur les autres, l’Union africaine et ses pays membres deviennent irresponsables

Face à de telles catastrophes, qu’a prévu l’Union africaine ? Apparemment rien. Est-il vraiment impossible pour une organisation qui réunit 54 États d’apprendre à gérer de telles crises plutôt que de laisser les autres, c’est-à-dire la « communauté internationale », s’en occuper ? Même si les pays africains sont pauvres, sont-ils incapables de réunir leurs propres moyens en vue de faire face au déchaînement de la nature ? Et quelle est, aujourd’hui, leur vraie politique en matière de réchauffement climatique, de sécheresse, de conservation de la nature ? Sans intervention extérieure, que peuvent faire les pays confrontés à des épidémies qui n’épargnent personne, à des phénomènes naturels qui emportent tout sur leur passage ?

À force de compter sur les autres, l’Union africaine et ses pays membres se comportent d’une façon irresponsable. Il ne faudra pas me dire que ce manque de prévoyance et de responsabilité est lié au dénuement dans lequel vivrait l’Afrique. Non, le problème est ailleurs : il s’agit de léthargie et d’un manque incroyable de vision. Je peux me tromper. Dans ce cas, qu’on me prouve le contraire. Question : à qui le tour après le Mozambique ? La réponse est dans cette petite phrase connue de tous : gouverner, c’est prévoir. À bon entendeur, salut !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte