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Cet article est issu du dossier «Algérie : les promesses du printemps»

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Politique

[Édito] Algérie : une page se tourne

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Un drapeau algérien sur la place de la République à Paris, dimanche 17 mars 2019 (photo d'illustration). © Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA

Marqué par les épreuves de l'histoire, le peuple algérien connaît depuis plusieurs semaines un grand sursaut. Le plus dur commence : gérer au mieux, dans l’intérêt de tous, cette transition entre l’Algérie d’hier et celle de demain.

«L’Algérie n’existe pas ? Nous allons l’inventer », disait l’un de ses responsables à l’aube de l’indépendance. Trop rares sont les Algériens qui, depuis, se sont réellement interrogés sur ce pays à inventer. Pourquoi une telle nation s’est-elle ainsi dérobée à son destin ? Une nation qui ne crée de richesses que grâce à son sous-sol et dont la répartition pose question. Une nation, aussi, à laquelle ses enfants sont extrêmement attachés, mais, comble du paradoxe, dont la plupart rêvent de s’évader. Une nation, enfin, qui n’a jamais cessé d’hésiter entre optimisme et amertume, espoir et résignation.

Générations sacrifiées

Affrontant les tempêtes, recroquevillée, les yeux fermés, en attendant que le grain passe sans chercher à l’éviter. On écope, on rafistole, mais on ne change point de navire ni d’équipage. Le passé, même douloureux, n’explique pas tout, mais il a trop longtemps représenté un refuge bien commode pour la génération toujours au pouvoir à Alger. Cette génération, celle de l’indépendance, a sacrifié les suivantes sur l’autel de l’Histoire, de la gloire oubliée des années 1970, quand Alger suscitait admiration, respect mais aussi crainte. Aujourd’hui, elle est arrivée au bout de son chemin.


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Ce peuple rebelle, réputé colérique, qui n’a jamais accepté de se soumettre aux envahisseurs, quels qu’ils soient, a longtemps fait preuve d’une infinie patience. Marqués par les épreuves, comme celle de l’horreur de la décennie noire, trimballés de promesses en gâchis, de coups d’éclat en occasions manquées, les Algériens ont éprouvé toutes les peines du monde à faire sauter les nombreux carcans qui les contraignaient à l’inertie. Impéritie des élites, multiples clivages (hommes-femmes, jeunes-vieux, Arabes-Berbères, bande côtière-intérieur du pays, etc.), système bloqué, jeunesse sans repères, faiblesse du débat public et intellectuel, potentiel économique bridé, avenir incertain…

Nouveau chapitre

Aujourd’hui, comme par magie, nous assistons au grand sursaut du peuple algérien. Une page qui se tourne et l’ouverture d’un nouveau chapitre, passionnant. Au-delà de l’effet de surprise – car personne ne pouvait prévoir l’ampleur des manifestations – , des inquiétudes légitimes et des nombreuses questions que la crise actuelle soulève, on ne peut que se féliciter de l’extraordinaire dynamique qui étreint les Algériens. Tout devient possible, tout est discuté, mis sur la table.

Pour qui se souvient des conditions dans lesquelles ‘Boutef’ est arrivé à la tête d’un État qui n’était pas loin de mettre genou à terre, les acquis ne sont pas minces

Le civisme et le sens des responsabilités sont omniprésents, les cortèges obéissent à une discipline remarquable. Mais le plus dur commence : gérer au mieux, dans l’intérêt de tous, cette transition entre l’Algérie d’hier et celle de demain. Les vingt années au pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika ont permis l’essentiel, qu’il convient, à l’heure du bilan, de ne pas sous-estimer. L’Algérie est aujourd’hui un pays en paix, stabilisé et reconstruit. Un pays qui dispose de cadres compétents, bien formés, travailleurs et soucieux de la défense des intérêts de la nation. Pour qui se souvient des conditions dans lesquelles « Boutef » est arrivé à la tête d’un État qui n’était pas loin de mettre genou à terre, ce n’est pas mince.

Transition politique

La liste des défis qui attendent les Algériens est longue, très longue. En tête des priorités, la gestion de la transition politique. Avec qui ? Selon quel calendrier ? Pour quels objectifs et quel système de gouvernance ? Faut-il tout remettre à plat ou au contraire procéder avec parcimonie ? C’est à eux, cinquante-sept ans après leur indépendance, de répondre à ces questions et de prendre en main leur destin. Pour s’inventer un avenir en concentrant leurs efforts sur la destination souhaitée et non plus sur le point de départ et le chemin jusqu’ici parcouru. Une véritable révolution.

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