Dossier

Cet article est issu du dossier «Algérie : les promesses du printemps»

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Économie

Algérie : ces entrepreneurs qui veulent sortir le pays de la dépendance pétrolière

Laïd Benamor est à la tête de l'entreprise familiale. Il a succédé à son père, fondateur d'une première conserverie en 1984. © Vincent Fournier/JA

Est-il possible de désintoxiquer l'Algérie de la rente pétrolière ? Oui, répond une nouvelle génération de patrons qui s'attache à revivifier le tissu productif. Si tous ont hérité d'une industrie familiale, chacun s'est fixé comme objectif d'exceller dans son secteur, et de briller bien au-delà du marché domestique. Portraits.

• Laïd Benamor : le pionnier de l’agro 2.0

Mohamed Laid Benamor (algérie), industriel, directeur général du Groupe Benamor. A Paris le 29.11.2011. © Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

Il faut visiter le site industriel du groupe Amor Benamor à Guelma, dans l’Est, pour saisir à quel point l’agroalimentaire est devenu une science pour Laïd Benamor. Dès 1986, le PDG éponyme du groupe leader dans la conserverie de tomates y impose les premiers ordinateurs. Et aujourd’hui encore, à 52 ans, l’héritier de la société suit les cours internationaux des produits agricoles sur son smartphone. Quand il en reprend les rênes en 2003, sa première préoccupation est d’aller voir ailleurs ce qui se fait de mieux pour l’appliquer ensuite dans le groupe.


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Celui-ci augmente les rendements de ses fournisseurs en créant une pépinière qui leur procure des plants plus résistants. Il les pourvoit également en pesticides et en machines diverses pour mécaniser petit à petit la filière. Les volumes de production quadruplent en dix ans. Entre-temps, Laïd Benamor a diversifié les activités de la société : à la conserverie d’origine s’ajoutent la production de pâtes, de couscous, mais aussi les épices, la harissa et la confiture. Et dans la foulée d’Amor Benamor, c’est toute l’agriculture de la région qui est passée à l’heure de l’agro 2.0.

• Hakim Soufi : accélérateur de changement

Hakim Soufi © DR

Tout le monde à Alger connaît le jeune patron de la Compagnie internationale d’assurance et de réassurance (Ciar). À 42 ans, Hakim Soufi entretient sur les réseaux sociaux l’image d’un chef d’entreprise accessible et ouvert, dont le mantra est très bien résumé par son hashtag #MovingForward (« aller de l’avant »). C’est que cet énarque, également passé par les couloirs de la technostructure algérienne, n’hésite pas à bousculer les traditions.

Il se voit comme un facilitateur d’échanges, un accélérateur d’énergie, un doux rêveur réaliste qui voit dans l’Algérie ‘le futur Dubaï de l’Afrique’

Lorsque son père – « Monsieur Soufi », comme il l’appelle lui-même – crée la Ciar, il demande à travailler à ses côtés. Il démarre au service livraison, puis reprend la société en 2018. Il n’a depuis qu’une obsession : négocier au mieux le virage technologique. Fidèle à lui-même, il s’agace devant la lenteur du gouvernement à prendre des décisions sur ce dossier et n’a pas hésité à interpeller dernièrement le Premier ministre pour hâter la mise en œuvre du paiement électronique dans le pays. Il se voit comme un facilitateur d’échanges, un accélérateur d’énergie, un doux rêveur réaliste qui voit dans l’Algérie « le futur Dubaï de l’Afrique ».

• Amor Habes : c’est la ouate qu’il préfère

Amor Habes © SNL

C’est l’une des plus belles réussites industrielles du pays. Trente ans après sa création, Faderco – pour Fabrication de dérivés de coton – est le leader incontesté dans l’industrie algérienne des produits d’hygiène. Et l’une des rares entreprises qui brille également au-delà des frontières. En 2018, elle a exporté plus de 3 000 tonnes de ouate, à 90 % destinées au marché européen, les 10 % restants trouvant preneur sur le continent, au Maroc et en Tunisie, en Mauritanie et en Guinée, sans oublier le Togo, le Mali ou encore le Sénégal. Autant de pays où Faderco peut s’appuyer sur des partenaires locaux.

Faberco s’apprête à inaugurer sa quatrième usine à Sétif, dans l’est du pays. ‘En pensant déjà à la cinquième’, confie Amor Habes

Ce succès est en grande partie dû à Amor Habes, 47 ans, directeur général du groupe depuis 2006. À peine rentré de France après des études d’architecture et d’urbanisme, il reprend en main l’entreprise familiale et y fait souffler un vent de modernité : transparence comptable, démocratisation de la gouvernance, utilisation de progiciels de gestion. La recette se révèle vite payante et renforce l’assise du groupe, qui compte aujourd’hui plus de 1 800 collaborateurs travaillant au service de 11 marques, réparties dans 7 domaines d’activités stratégiques. Faberco s’apprête à inaugurer sa quatrième usine à Sétif, dans l’est du pays. « En pensant déjà à la cinquième », confie Amor Habes.

• Kamel Moula : la renaissance de Venus

Kamel Moula peut être fier de représenter une certaine exception algérienne… Alors que partout ailleurs les grandes multinationales dominent le marché de la cosmétique, en Algérie, les laboratoires Venus règnent en maître, avec un peu plus d’un tiers de part de marchés. L’entreprise, fondée par son père en 1981 à Blida, ne comptait que dix employés à l’époque, contre plus de 500 aujourd’hui.

Son ambition ? Rayonner davantage sur les marchés africains

Kamel, 42 ans, est là depuis le début de l’aventure. Un temps directeur commercial, il reprend la gestion de l’entreprise en 2006. Il en lance alors une extension et effectue une montée de gamme en allant s’approvisionner chez les mêmes fournisseurs que les grandes marques internationales. Il crée une filiale, Venus Unité Emballage, chargée de concevoir le packaging des produits. Son ambition ? Rayonner davantage sur les marchés africains. Les produits des Laboratoires Venus sont aujourd’hui présents en Tunisie et en Mauritanie, ainsi qu’en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon.

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