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Cet article est issu du dossier «Algérie : les promesses du printemps»

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Agroalimentaire

Reportage : Biskra, le potager de l’Algérie

Des serres dans une exploitation à Biskra, à 400 kilomètres au sud-est d'Alger (photo d'illustration). © YouTube/centurion dz

Depuis une dizaine d’années, Biskra et sa région fournissent 40 % de la production agricole nationale, pour un chiffre d’affaires de quelque 3 milliards d’euros. La wilaya fait figure d'exemple à suivre pour tous ceux qui rêvent de voir le pays sortir enfin de sa dépendance aux hydrocarbures.

Quand Mohamed Tahraoui palpe les grappes de tomates cerises qu’il cultive sous serre, il en parle comme le ferait un chef étoilé de ses plats, avec une certaine emphase et beaucoup de poésie. Pas besoin de forcer le trait pourtant, les tomates de Mohamed Tahraoui peuvent largement figurer en bonne place aux menus des meilleures tables.

Biskra, 400 km au sud-est d’Alger, presque aux portes du désert. À l’époque romaine, cette ville appelée Vescera était surtout réputée pour ses thermes. À l’époque coloniale, la bonne société venait y prendre le soleil et profiter de cette lumière exceptionnelle qui a captivé tant de grands noms, d’Henri Matisse à Eugène Fromentin, en passant par André Gide.


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Aujourd’hui, Biskra s’est inventé une nouvelle vie, en devenant le potager de l’Algérie. À 56 ans, l’entrepreneur ne se prédestinait pas à cultiver des tomates, des poivrons ou des aubergines. Architecte de formation, cet homme aussi sec qu’un roseau s’est pris de passion pour l’agriculture. Il en a fait une activité supplémentaire de l’entreprise qu’il a fondée il y a plus de trente ans et qui est présente sur des secteurs aussi divers que les matériaux de construction, la chirurgie de pointe ou plus récemment l’eau embouteillée. Le groupe Tahraoui gère également une exploitation agricole de 70 hectares. « La plus grande en Algérie », précise son propriétaire.

Des équipements ultramodernes

Des serres de son vaste domaine sortent, hiver comme été, des norias de camions chargés de produits agricoles destinés à garnir les assiettes de ses compatriotes, et ce aux quatre coins du pays. Mais pas seulement. Ses fèves s’exportent au Canada, ses tomates et melons en France et en Espagne, ses poivrons à Dubaï. Mohamed Tahraoui espère maintenant conquérir des marchés aussi différents que ceux de l’Ukraine et de la Russie, de la Chine ou de la Côte d’Ivoire.

Nous ne nous contentons pas de satisfaire la demande locale, nous cherchons surtout à nous faire une place sur le marché international

« Nous ne nous contentons pas de satisfaire la demande locale, nous cherchons surtout à nous faire une place sur le marché international », insiste l’homme d’affaires. Les fermes sont nombreuses dans les environs de Biskra, mais celle de la famille Tahraoui se distingue par ses équipements ultramodernes. Comme ces serres, qui, sur des dizaines d’ha, forment une véritable mer de plastique qui rappelle la région d’Almería, dans le sud de l’Espagne, où chaque année sont produites plus de 3 millions de tonnes de fruits et légumes destinés au marché européen.

Depuis une dizaine d’années, Biskra et sa région fournissent 40 % de la production agricole nationale, pour un chiffre d’affaires de quelque 3 milliards d’euros. Dans cette Algérie où les revenus en devises sont assurés à 98 % par le pétrole et le gaz et où la facture des importations alimentaires frôle chaque année la barre des 8 milliards d’euros, la wilaya ressemble à un exemple à suivre pour tous ceux qui rêvent de voir le pays sortir enfin de sa dépendance aux hydrocarbures. « Le pétrole n’est pas éternel, rappelle Mohamed Tahraoui. La terre si. »

Terre fertile

Des montagnes de Kabylie, d’où sa famille est partie au début des années 1990 aux vastes étendues semi-­désertiques de Biskra, le parcours de Samir Saadoudi relève presque d’un chemin de croix. Dans sa ferme de 55 ha, Samir cultive un vignoble dont les raisins couleur grenat commencent à susciter l’intérêt de certains importateurs français. « Climat, eau, terre fertile, ici il y a tout pour réussir, dit le jeune homme. Même quand tu plantes un caillou, il pousse. »

Nous pouvons faire de Biskra le fleuron d’une industrie capable d’injecter 4 milliards d’euros par an dans l’économie du pays

Reste à équiper ce jardin extraordinaire en infrastructures nécessaires pour doper l’impact économique de la filière. C’est justement pour combler ce manque qu’Ali Serraoui, patron du groupe du même nom, a décidé d’implanter, pour 50 millions d’euros, un complexe agro-industriel dimensionné pour transformer, conserver et conditionner les productions alimentaires de la région. Il rêve également de mettre en place une centrale d’exportation. « Nous pouvons faire de Biskra le fleuron d’une industrie capable d’injecter 4 milliards d’euros par an dans l’économie du pays », s’enthousiasme Ali Serraoui, pour qui faire fleurir le désert n’est pas une vue de l’esprit.

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