Politique

Tunisie : « Monsieur Lipstick », islamiste modéré, fibre africaine… 10 choses à savoir sur Zied Ladhari

Zied Ladhari, avocat, appartient à Ennahdha. © Ons Abid pour J.A.

À 44 ans, le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération incarne la nouvelle génération des islamistes tunisiens. Ardent militant, il sait aussi se montrer pragmatique.

1. Famille politisée

Cadet d’une fratrie de cinq, ce natif de M’saken (Sahel) a grandi dans un milieu politisé et militant à tendance islamiste, un courant très vivace dans une région pourtant traditionnellement liée au pouvoir central. Ces idées, que lui a transmises son père, agriculteur, l’ont conduit à rejoindre un groupe de jeunes liés au Mouvement de la tendance islamique (MTI), devenu le parti Ennahdha.


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2. Revanche

Il n’a que 16 ans lorsque son activisme lui vaut d’être arrêté et chassé de l’école publique de M’saken. Une injustice qu’il corrigera en décrochant la mention très bien au baccalauréat et en décidant de devenir avocat.

3. Francophone

Après s’être vu interdire de quitter le territoire pendant neuf ans, il obtient un diplôme de droit international à la Sorbonne, puis s’inscrit aux barreaux de Paris et de Tunis. Il est l’un des rares dirigeants d’Ennahdha à faire usage aussi bien du français que de l’arabe de manière assumée.

4. Anticorruption

Très actif dans la société civile en France, où il est proche des milieux islamistes, il cofonde la Ligue des droits de l’homme de la Sorbonne et s’engage dans la lutte anticorruption en adhérant à l’ONG Transparency International.

5. Fibre africaine

Spécialiste des relations économiques internationales et du droit des contrats et des investissements internationaux, il a suivi la mise en œuvre de projets de développement en Afrique. Une expérience qu’il a mise à profit quand il était ministre du Commerce (2016-2017) et, surtout, depuis qu’il détient le portefeuille du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale.

6. Porte-parole

Très discret au sein d’Ennahdha, il ne s’est pas mis en compétition avec ses dirigeants et s’est d’abord fait apprécier en tant que député. Rached Ghannouchi, le président du mouvement, le remarque à l’occasion d’un déplacement qu’ils font ensemble aux États-Unis. La faculté de Ladhari à avoir réponse à tout et la manière dont il s’acquitte du suivi des accords de Carthage lui valent quelques mois plus tard, en 2013, d’être nommé porte-parole du parti.

Cérémonie de lancement du service d’adhésion « à distance » d'Ennahdha (au centre, le président Rached Ghannouchi). © DR

7. Modéré

Ses interventions devant la Constituante tranchent par leur modération avec celles d’autres députés d’Ennahdha. Il n’a pourtant pas hésité, en 2012, à se montrer particulièrement virulent à l’Assemblée, lors d’une audition de Mustapha Kamel Nabli, à l’époque gouverneur de la Banque centrale.

8. « Lipstick »

Quand il a pris ses fonctions de ministre de l’Investissement, en 2017, les organisations financières internationales l’ont pressé de juguler le déficit commercial de la Tunisie avec la Turquie. Il a alors suggéré de taxer les cosmétiques, ce qui lui a valu le surnom de « Monsieur Lipstick » (« monsieur rouge à lèvres »).

9. Relève

​Quadra aux propos modernistes et fin négociateur, il figure parmi les favoris pour assurer la relève à Ennahdha et renforcer l’image centriste dont le parti veut se doter.

10. Flop

Ministre depuis 2015, il semble insubmersible. Éternel sourire en coin, il soutient que la Tunisie va mieux malgré des indicateurs alarmants. Il lui arrive toutefois d’être pris au dépourvu, comme ce 15 février, lors du Forum économique franco-tunisien que Business France organisait à Paris, où son discours aux investisseurs a paru quelque peu confus et n’a pas vraiment séduit.

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