Pétrole & Gaz

Hydrocarbures : la face cachée de l’or noir nigérian

Au Palais de justice de Milan, les deux majors ont affaire au procureur Fabio De Pasquale, l’un des plus coriaces d’Italie. La procédure judiciaire pourrait durer plusieurs années. © GIUSEPPE CACACE/AFP

Le procès des compagnies pétrolières Eni et Shell, soupçonnées de corruption lors de l’acquisition d’un bloc offshore, pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les deux majors. Au cœur de l’affaire, l’ex-ministre Dan Etete, premier bénéficiaire du deal.

Milan, janvier 2019. L’enquêteur Ibrahim Ahmed, de la Com-mission des crimes économiques et financiers du Nigeria (EFCC), rejoint le Palais de justice de la capitale économique italienne. Il est venu expliquer aux procureurs Fabio De Pasquale et Sergio Spadaro ce que son institution a découvert lorsqu’elle s’est penchée sur l’attribution en 1998 de l’un des champs pétrolifères les plus riches d’Afrique à une obscure société, Malabu Oil & Gas. En jeu, l’exploitation de près de 9 milliards de barils de brut.


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L’affaire implique Dan Etete, l’ex-ministre nigérian du Pétrole, des intermédiaires sans scrupule et deux majors, l’anglo-néerlandais Royal Dutch-Shell et l’italien Eni. Ibrahim Ahmed aide le procureur De Pasquale à s’y retrouver parmi les piles de documents relatifs aux différents actionnaires de Malabu et du bloc pétrolier OPL 245. L’histoire de ce deal liant politique et pétrole au Nigeria démarre en 1998, lorsque Dan Etete attribue le gisement à la société, dont il est lui-même actionnaire.

En 2010, les premiers directeurs de Malabu se sont plaints auprès de la Commission des affaires économiques d’avoir été radiés du registre des dirigeants de la compagnie

Le procureur De Pasquale demande à Ibrahim Ahmed ce qui a déclenché l’enquête nigériane. « En 2010, les premiers directeurs de Malabu – dont Mohamed Sani Abacha, le fils du général Sani Abacha, au pouvoir au moment de l’attribution du bloc – se sont plaints auprès de la Commission des affaires économiques d’avoir été radiés du registre des dirigeants de la compagnie, explique l’inspecteur nigérian. À la suite de cette plainte, A.G. Abubakar, assistant spécial du directeur de la conformité de cette instance, a confirmé que Mohamed Sani Abacha détenait 10 millions d’actions à la création de la compagnie ; et précisé que les changements au registre des directeurs n’avaient pas été autorisés par les autres actionnaires », poursuit Ibrahim Ahmed. Un an plus tard, Abubakar était tué par balles.


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Une instruction en cours aux Pays-Bas

Lors de leurs investigations, les enquêteurs constatent avec étonnement qu’entre 1998 et 2010 la société n’est titulaire d’aucun compte bancaire. « Les seuls actifs dont la compagnie pouvait se prévaloir étaient les blocs OPL 245 et 214. Elle n’avait aucune activité économique repérable », raconte Ibrahim Ahmed. Aujourd’hui, l’affaire a pris une tournure internationale.

En parallèle du procès italien en cours, les autorités néerlandaises instruisent également le dossier, en vue de mettre en examen Shell et Eni, et leurs cadres impliqués. Le Royaume-Uni pourrait aussi leur emboîter le pas – bon nombre des actionnaires de Shell sont de nationalité britannique –, même si Londres n’a pas la réputation d’être très regardant en matière de lutte contre les pratiques délictueuses des compagnies extractives. Les autorités judiciaires américaines, qui peuvent poursuivre toutes les personnes impliquées dans des affaires de corruption, dès lors que les transactions ont été faites en dollars, sont aussi susceptibles d’entrer dans la danse.

À Abuja, l’examen de la demande de l’EFCC d’annuler purement et simplement le deal aura, si elle est acceptée par la justice, des conséquences dramatiques pour Shell et Eni. Par ailleurs, le gouvernement nigérian poursuit au civil la banque américaine JP Morgan devant les tribunaux londoniens pour avoir manqué à ses obligations de contrôle lors du transfert de 801 millions de dollars de fonds publics à Malabu.

Des intermédiaires discrets

Les experts estiment que le Trésor public du pays pourrait perdre quelque 5 milliards de dollars du fait des conditions fiscales généreuses octroyées par Abuja aux compagnies. Et cela vient s’ajouter aux 1,1 milliard de dollars déjà perdus à travers les paiements répertoriés par les enquêteurs milanais.


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Dans cette affaire, deux des plus importantes majors pétrolières voient leur réputation gravement mise en cause : si elles sont condamnées, certains de leurs dirigeants pourraient finir en prison, et leurs cours boursiers, décrocher. À l’issue du procès milanais, un type de montage nébuleux, que certains appellent pudiquement un « modèle économique », aux frontières de l’économie et de la politique, fréquemment utilisé en Afrique subsaharienne, pourrait apparaître au grand jour, obligeant, au-delà des deux majors impliquées, tout le secteur à faire le ménage.

Ce « modèle économique » dépend d’intermédiaires discrets – négociants, lobbyistes et conseillers en communication de tous poils – qui peaufinent des accords avec des politiciens véreux et des responsables militaires, en évitant aux compagnies pétrolières d’être traduites en justice au vu et au su de tous.

Un employé de Shell, au large du Nigeria, en décembre 2011 (photo d'illustration). © Sunday Alamba/AP/SIPA

La plupart des grandes affaires de corruption des compagnies extractives américaines ou britanniques, qui dominent le secteur, se règlent à l’amiable, hors des tribunaux. Mais à Milan, contrairement aux juridictions anglo-saxonnes, aucun arrangement avec chèque à la clé n’est en vue. Shell et Eni ont affaire à Fabio De Pasquale, l’un des procureurs les plus coriaces d’Italie. Le procès, commencé en mai 2018, pourrait durer plusieurs années.

Dan Etete, ami interlope des présidents Obasanjo et Jonathan

Pour les journalistes couvrant ce procès hors norme, la procédure judiciaire italienne est l’occasion rêvée de mieux comprendre le versant opaque du secteur pétrolier nigérian. Ministre du Pétrole sous Abacha, Dan Etete cultivait l’image d’un homme autoritaire et sans pitié, un dur du régime craint par beaucoup. Ses visiteurs au cœur sensible préféraient éviter de le rencontrer à l’heure où il offrait à dévorer à son lion deux chèvres vivantes, dans le sous-sol de sa résidence à Abuja.

La règle d’or des deals pétroliers nigérians entre politiciens et compagnies, c’est de les sceller vite et discrètement. Celui noué autour de l’OPL 245 a eu pour ses bénéficiaires le tort de traîner en longueur. Trois mois seulement après l’attribution par Dan Etete de l’OPL 245 à Malibu Oil & Gas, dont il était propriétaire, le général Sani Abacha était retrouvé mort dans sa résidence, officiellement d’une crise cardiaque, même si la thèse de l’empoisonnement prévaut. Peu de temps après, Olusegun Obasanjo, général à la retraite emprisonné par Abacha, était élu président. Sous la pression des puissances occidentales, le chef de l’État met en place une série d’agences anticorruption dont l’EFCC.

Avec le nouveau régime, conserver ses parts dans l’OPL 245 n’a pas été chose aisée, même pour un « dur » comme Dan Etete. Au lendemain de l’élection présidentielle, il a expliqué aux juges italiens avoir été invité à dîner par Atiku Abubakar, vice-président d’Obasanjo de 1999 à 2007, qui lui aurait demandé une part dans Malabu. En échange, ce dernier lui promettait de l’aider à conserver le bloc indûment obtenu.

En 2006, la roue tourne pour l’ancien ministre du Pétrole

Pour prouver la compromission d’Atiku, Dan Etete a fait écouter au tribunal de Milan plusieurs enregistrements de conversations impliquant des émissaires du vice-président et de Shell, ces derniers proposant au premier des pots-de-vin substantiels. Des bandes-son n’apportant aucune preuve, selon les avocats de Shell et de l’ancien vice-président nigérian. Dan Etete maintient, lui, que les négociations avec Shell se seraient pourtant poursuivies avec un représentant d’Atiku.

Quelques mois après ces supposées tractations, début 2001, le gouvernement nigérian annulait l’attribution du bloc à Malabu et lançait un appel d’offres pour trouver un nouveau partenaire. Shell mettait 210 millions de dollars sur la table en 2002. C’était 150 millions de plus qu’ExxonMobil. La compagnie anglo-néerlandaise décrochait donc le permis pétrolier de l’OPL 245.

Plate-forme de stockage offshore de la compagnie Shell au large du Nigeria, au sud-est du pays, le 26 décembre 2011. © Sunday Alamba/AP/SIPA

À la même époque, Nuhu Ribadu, charismatique patron de l’EFCC entre 2003 et 2007, commence à mettre son nez dans les deals ayant profité au général Sani Abacha et à son entourage, notamment à son fils Mohammed. Opportuniste, Dan Etete profite de la situation pour écarter Mohammed Abacha de Malabu… et intente une action contre l’administration Obasanjo pour avoir retiré à sa société les droits sur l’OPL 245. Quatre ans plus tard, en 2006, la roue tourne pour l’ancien ministre du Pétrole.

Aux prises avec Atiku, qui s’oppose à un troisième mandat, et veut lui ravir la présidence, Obasanjo évince Shell de l’OPL 245, réattribué à Malabu, demandant 210 millions de dollars de « prime de signature » pour le gouvernement nigérian sur cette opération.


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Ann Pickard, directrice régionale et vice-présidente de Shell, citée dans un câble diplomatique américain de 2006, indique que Dan Etete était devenu très proche d’Obasanjo, en le soutenant face à son vice-président Atiku Abubakar, mais aussi en l’aidant à « neutraliser » politiquement l’ancien dirigeant de la junte militaire Ibrahim Babangida. Pickard affirme aussi à l’époque que Shell compte aller devant la justice nigériane pour faire annuler la réattribution de l’OPL 245 à Malabu.

Fin 2006, Dan Etete embauche, pour l’aider, deux intermédiaires sulfureux : l’ancien diplomate soviétique Ednan Agaev, ainsi que le banquier d’affaires Emeka Obi. Ce dernier organise en février 2007 une rencontre entre Etete et Lionello Combi, un haut cadre d’Eni, dans un hôtel londonien prisé par la nomenklatura nigériane.

Nouveau consortium

Au cours de la discussion, Etete propose à l’émissaire de la major un accès aux données techniques sur l’OPL 245, moyennant des frais « remboursables » de 2,5 millions de dollars. Ayant appris cette rencontre, Pickard joint Claudio Descalzi, alors patron de l’exploration-production d’Eni – aujourd’hui PDG du groupe – et l’avertit que toute négociation ultérieure serait perçue comme une interférence contrevenant aux droits contractuels de Shell.

Je ne crois pas qu’à 70 ans passés, Etete dédaigne 1,2 milliard de dollars

Tout en continuant à discuter avec Eni, l’équilibriste Dan Etete reprend langue avec Shell, ouvrant un second canal de négociation avec la major anglo-néerlandaise. John Copleston, conseiller politique de Shell, rencontre ainsi l’ex-ministre du Pétrole lors d’un déjeuner à Londres et commence à élaborer avec lui un nouveau projet d’accord.

D’après un e-mail envoyé par Copleston à ses collègues de Shell Peter Robinson, vice-président Afrique subsaharienne, et Guy Colegate, un ancien officier britannique, Etete aurait proposé à Shell de lui faire une offre pour les 40 % de Malabu dans l’OPL 245. « Malabu envisage de faire venir deux investisseurs pour bâtir un nouveau consortium pour exploiter l’OPL 245 », indique Copleston dans son message, même s’il doute qu’Etete parvienne à trouver d’autres partenaires. « Nous lui avons dit que Shell estimait à 16 milliards de dollars les investissements nécessaires pour faire entrer le gisement en production. Ce à quoi il n’a rien trouvé à nous répondre », écrit-il dans son e-mail.

Colegate était convaincu que l’ex-ministre se laisserait convaincre par Shell. « Je ne crois pas qu’à 70 ans passés, Etete dédaigne 1,2 milliard de dollars », estime-t-il dans un autre message électronique. Pendant ce temps, Etete poursuit néanmoins les discussions avec Eni. En février 2010, il rencontre Claudio Descalzi à l’hôtel Principe di Savoia, à quelques encablures du Palais de justice, où tous deux comparaissent. Comme avec Shell, Etete demande à Eni ce qu’il serait prêt à payer pour l’OPL 245.

Un transfert de fonds à huit zéros

Trois mois plus tard, Goodluck Jonathan, un ami personnel de Dan Etete, devient président du Nigeria, à la suite du décès d’Umaru Yar’Adua, qui, en 2007, avait succédé à Obasanjo. Le nouveau chef de l’État a été le tuteur des enfants de l’ancien ministre, avec qui il a toujours gardé le contact. Dans les semaines qui suivent l’arrivée aux affaires du président, le gouvernement confirme Malabu dans ses droits sur l’OPL 245. Shell et Eni décident alors de proposer conjointement 1,3 milliard de dollars à Malabu et envoient avec cette offre leurs émissaires rencontrer Dan Etete dans les salons du palace parisien Le Bristol. Il fait mine de refuser, demandant rien de moins que 2,2 milliards de dollars ! Mais après six nouveaux mois de négociations, au cours desquels une nouvelle élection donne à Goodluck Jonathan quatre années supplémentaires à la présidence, l’ancien ministre finit par accepter l’offre des deux majors.

Quatier général de JP Morgan Chase, à New York. © Mark Lennihan/AP/SIPA

Shell consent à payer les 210 millions de dollars de « bonus de signature » au gouvernement, en plus des 1,1 milliard de dollars versés avec Eni – une moitié chacun – pour le bloc en lui-même. Même si Shell et Eni insistent sur le fait qu’ils ont versé cette somme à l’État nigérian, et non à Malabu, les rencontres avec Etete laissent à penser qu’ils savaient pertinemment qu’elle était destinée in fine à Malabu et à ses actionnaires, Dan Etete en tête.

Après avoir peiné à trouver une banque pour transférer les fonds de ses comptes vers ceux de Malabu, du fait du montant et des personnalités bénéficiaires, l’état se tourne vers JP Morgan qui accepte d’effectuer l’opération. La banque américaine exécute deux virements, l’un de 400 millions de dollars, l’autre de 401 millions.

Sur ces 801 millions, 520 millions auraient été redistribués à des officiels et à des politiciens ayant aidé à signer l’accord. Peu après l’arrivée de l’argent à Lagos, Rocky Top Ressources Ltd, une compagnie associée à Etete, acquiert un jet Bombardier pour 54 millions de dollars, selon l’ONG Finance Uncovered. Et trente-quatre autres millions de dollars sont partis à Dubaï pour l’acquisition, au profit de Dan Etete, d’un appartement de luxe au cœur de la marina, ainsi que d’une villa dans le quartier prisé d’Emirates Hills, où résident d’autres émigrés suspectés de corruption, notamment des membres la famille Gupta, proche de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma.

Quatre ans de prison pour deux intermédiaires

Tout cela n’aurait probablement pas suscité l’intérêt des différentes autorités judiciaires européennes si Etete n’avait pas « omis » de payer les deux facilitateurs du deal, Ednan Agaev et Emeka Obi, grâce à qui il avait pu rencontrer les représentants de Shell et d’Eni. Et qui, furieux d’avoir été oubliés, ont porté l’affaire en justice à Londres.

La juge Elisabeth Gloster a octroyé plus de 100 millions de dollars à Obi ; quant à Agaev, qui réclamait 75 millions de dollars, il a trouvé un accord en arbitrage pour un montant non divulgué. Deux affaires dans lesquelles ont été expliqués certains détails du deal pétrolier, qui ont suscité la curiosité des autorités judiciaires européennes, puis donné lieu aux inculpations. En septembre, Emeka Obi et un autre intermédiaire, Gianluca Di Nardo, ont été condamnés à Milan à quatre ans de prison pour corruption lors d’un premier procès annexe.

Le gouvernement nigérian actuel s’est montré très prudent quant à l’affaire de l’OPL 245 au cours du premier mandat du président Buhari. L’EFCC souhaite l’annulation du deal pour faits de corruption et mauvaise gestion des ressources naturelles. Mais le procureur général du pays, Abubakar Malami, un proche de Buhari qui fut jadis un avocat de la famille Abacha, est en désaccord avec l’agence.

Réélu en février face à Atiku Abubakar, le président est attendu au tournant par la communauté internationale. S’il veut vraiment mettre en pratique sa rhétorique anticorruption, réaffirmée avec force tout au long de sa dernière campagne, Buhari tient là une occasion en or de faire le ménage dans le secteur pétrolier. Il n’y a pas de raison que la justice italienne aille plus vite et soit plus sévère que celle du Nigeria.


Eni mis aussi en cause au Congo

Depuis mars 2017, la justice italienne est mobilisée par un autre dossier africain, portant également sur un montage pétrolier suspect. Il implique des hauts cadres dirigeants d’Eni, qui se sont assuré une participation indirecte substantielle dans le champ gazéifère offshore Marine XI, au Congo, valorisé à 2 milliards de dollars, par l’intermédiaire de World Natural Resources Congo (WNR).

Cette mystérieuse société, elle-même filiale de deux holdings créés et immatriculés en 2013 à l’île Maurice, a acquis 23 % des parts de Marine XI aux côtés du britannique Soco, de Petro Vietnam et de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). Elle n’a déboursé que 15 millions de dollars quand il aurait été légitime de payer cette acquisition 430 millions de dollars, d’après l’hebdomadaire italien L’Espresso.

Selon l’ONG Global Witness, quatre dirigeants de WNR entretiennent des liens étroits avec la major italienne : Maria Paduano, avocate, employée par Eni, directrice fondatrice et actionnaire de WNR, Roberto Casula, responsable du développement, des opérations et des technologies du groupe italien (également accusé dans l’affaire nigériane de l’OPL 245) ; ainsi qu’Andrea Pulcini et Alexander Haly.

Les procureurs milanais, qui ont fait des perquisitions au siège de la major sur ce dossier en avril 2018, cherchent à savoir si les relations entre Eni et WNR ne dissimuleraient pas des pots-de-vin versés à des hauts responsables congolais pour favoriser les activités de l’italien dans le pays, où il est l’un des principaux producteurs d’hydrocarbures.

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