Tourisme

Voyage : en Martinique, derrière la plage, la mémoire

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Mis à jour le 29 mars 2019 à 18h05
Martinique, février 2018. Cap 110, mémorial de l’Anse Caffard

Martinique, février 2018. Cap 110, mémorial de l’Anse Caffard © photos : Elodie Ratsimbazafy

La douceur de l’île, au cœur des petites Antilles, attire un nombre record de touristes. Les Africains peuvent y retrouver des fragments de leur passé et de leur culture.

Sur « l’île aux fleurs », on n’avait jamais vu ça. En 2017, selon l’Insee, la Martinique a battu un record historique de visiteurs en cumulant au total un peu plus de 1 million de touristes. Soit quelques centaines de milliers de plus que la Guadeloupe, autre île française des Caraïbes située à moins de 200 km au nord et parfois présentée comme sa concurrente.

Selon une autre étude, de l’Ifop, c’est l’hospitalité qui séduit particulièrement sur ce bout de terre bordé par l’Atlantique et la mer des Caraïbes. Mais il y a tout le reste : des plages où le turquoise de l’eau s’acoquine au blanc, au blond ou au noir du sable. Un climat agréable toute l’année ou presque (entre juin et novembre les précipitations sont plus fréquentes). Près de 180 km de sentiers balisés pour les amateurs de marche, dont plusieurs circuits sur l’inévitable montagne Pelée, à la rencontre d’une flore à la diversité stupéfiante (plus de 3 000 espèces recensées). Des sites fabuleux pour les amateurs de fonds marins, avec ou sans bouteille de plongée…


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Les touristes africains sont pour l’heure peu nombreux à fouler le sol de l’île. C’est d’autant plus regrettable qu’ils retrouveraient là tout un pan de leur histoire et de leur patrimoine. On estime que, entre le milieu du XVIIe siècle et le début du XIXe, entre 145 000 et 179 000 esclaves y ont été déportés. Leur apport à la culture locale est fort : chants, contes, danses, gastronomie, rites, utilisation de masques… il suffit de s’y rendre au moment du carnaval (jusqu’au lendemain du Mardi gras, le mercredi des Cendres) pour s’en persuader. Le journaliste et écrivain Serge Bilé avait organisé un temps des voyages culturels grâce à des vols charters directs entre Fort-de-France et Abidjan… une initiative qui mériterait d’être renouvelée.

• Cap 110 : le lieu d’histoire

Dans la nuit du 8 avril 1830, un bateau négrier clandestin (la traite était alors illégale) s’échoue en pleine tempête sur les rochers aux abords de l’anse Caffard, dans la commune du Diamant. Sur les 300 passagers, seuls 86 captifs en réchappent. Quinze bustes en béton armé blanc, hauts de 2,5 m, s’élèvent aujourd’hui en plein air près du lieu du naufrage. Ces formes humaines anonymes, douloureuses et mutiques qui font face à la mer Caraïbe sont l’œuvre de l’artiste martiniquais Laurent Valère. Édifiées en 1998, à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, elles rendent un hommage puissant aux innombrables victimes de la traite.

Anse Caffard, 97223 Le Diamant. Accès libre.

• Le restaurant : Côte Est

Il faut grimper longtemps, par des chemins étroits, pour débusquer cet établissement surplombant la commune du François. Mais à l’arrivée se trouve l’une des tables les plus authentiques et goûtues de l’île. Les classiques sont à la carte (acras, boudins antillais, colombo de cabri, poulet boucané…) et surprennent les palais les plus blasés. Le patron, Léandre Ulysse Michel, ne jure que par « les produits frais et locaux ». Papayes vertes, bananes, avocats poussent aux abords du restaurant. Pour le reste, le maître des lieux fait confiance aux cultivateurs, pêcheurs et éleveurs de la région. On peut discuter longtemps avec lui de la gastronomie martiniquaise, dont il maîtrise par cœur les influences européennes, caribéennes, indiennes et africaines. Autour d’un punch cacahuètes aromatisé à la vanille, à l’Angostura et à la cannelle, par exemple !

Morne Acajou-Délivrance, chemin Reclair, 97240 Le François. Tél. 05 96 54 23 78

• La baignade : Anse Noire

Les plages les plus populaires en Martinique sont généralement de longues baies blanches ourlées de cocotiers, comme la grande anse des Salines, à Sainte-Anne, au sud. Mais si vous désirez trouver refuge sur un site plus secret, rendez-vous à l’anse Noire. Au bas d’un long escalier à flanc de roche se trouve une petite crique particulièrement préservée. Ici, pas de snacks comme sur l’anse Dufour, séparée seulement par une pointe rocheuse. Mais quelques bungalows (appartenant au Domaine de Robinson) qui se fondent dans le décor et une poignée de barques. La plage de sable noir, volcanique, est une singularité dans cette partie de l’île… Et l’observation de la faune et de la flore sous-marine réserve de belles surprises : poissons chirurgiens, gorgones, coraux et surtout tortues vertes, les « stars » de l’endroit.

Chemin rural de l’anse Dufour, 97217 Les Anses-d’Arlet.

• Le rhum : l’habitation Clément

Un temps à l’abandon, cette ancienne habitation sucrière est devenue la plus visitée de Martinique. Et pour cause, Bernard Hayot, l’une des grandes fortunes de France, fondateur de l’un des principaux groupes économiques martiniquais, a revivifié le lieu. Restauration de la maison de maître, réhabilitation des vieux chais de pierre et ouverture en 2016 d’un véritable musée (600 m2) adossé à l’ancienne cuverie. Ce sont près de 100 000 amateurs d’art et de rhum qui se pressent chaque année dans le domaine. Si l’on apprécie la mise en avant des artistes caribéens par la fondation, on regrette que le passé esclavagiste du site ne soit évoqué que de manière anecdotique.

Domaine de l’acajou, 97240 Le François.

• La nature : le jardin de Balata

À l’origine du jardin le plus stupéfiant (et le plus fréquenté) de l’île, un horticulteur martiniquais, Jean-Philippe Thoze, qui s’est éteint en 2017. Il a grandi ici, dans cette propriété qui n’accueillait alors qu’une maisonnette. Puis cet infatigable voyageur en fit un lieu de stockage pour les plantes tropicales qu’il rapportait, notamment d’Afrique. Ayant acheté la propriété à sa famille, il décide, en 1982, de faire de ce bout de nature indompté un jardin se prêtant à la méditation et à l’observation de plantes endémiques et exotiques. Roses de porcelaine, heliconias, hibiscus, nymphéas, orchidées… Le jardin abrite aujourd’hui plus de 3 000 plantes tropicales, que viennent parfois butiner les oiseaux-mouches.

Route de Balata, kilomètre 10, 97200 Fort de France. Tél. : 05 96 64 48 73.

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