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Cet article est issu du dossier «Afrique du Sud : l'héritage de Nelson Mandela, 25 ans après»

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Politique

Afrique du Sud : Ramaphosa attendu au tournant à l’approche des élections générales

Cyril Ramaphosa à Bruxelles le 15 novembre 2018. © Francisco Seco/AP/SIPA

Même si l’ANC paraît assuré de remporter les élections générales du 8 mai, le président sud-africain voit son autorité contestée. Y compris au sein de son propre parti…

Était-il abasourdi, perplexe, ou tout simplement indifférent ? Difficile de deviner ce qu’a ressenti Cyril Ramaphosa lorsque, le 13 février, Mosiuoa Lekota a pris la parole en pleine séance parlementaire. Ce jour-là, cet ancien de l’ANC, entré en dissidence en 2008 et qui, depuis, dirige le Congrès du peuple (Cope, opposition), l’a publiquement accusé d’avoir négocié avec le régime de l’apartheid en 1974 et d’avoir trahi ses compagnons de lutte pour échapper à la prison.

Une diatribe surréaliste à laquelle Ramaphosa a paru réagir avec flegme, tandis que les Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale), de Julius Malema, applaudissaient à tout rompre. Ce dernier a d’ailleurs pris un malin plaisir à offrir un reliquat de temps de parole de son parti à Mosiuoa Lekota pour qu’il poursuive son discours.

Traître sous l’apartheid ?

Deux jours avant de fêter sa première année au pouvoir, celui que l’on a souvent présenté comme le fils spirituel de Madiba a dû monter à la tribune pour se défendre. « La même accusation a été proférée contre Nelson Mandela. Beaucoup ont dit qu’il était un traître, car il avait accepté d’être séparé de ses camarades et qu’il était alors manipulé », a-t-il rappelé. S’il a reconnu avoir été sollicité par la tristement célèbre Security Branch, Ramaphosa a farouchement nié toute collusion avec le régime ségrégationniste.

Dans l’équipe du président, on dénonce une manœuvre de « diversion » et des « mensonges qui masquent les limites d’une opposition en panne d’inspiration ». Aussi surprenante soit-elle, cette scène illustre le climat dans lequel baigne le pays à moins de trois mois des élections générales. « L’opposition ne représente pas une réelle menace, estime Melanie Verwoerd, qui fut députée de l’ANC entre 1994 et 2001. La vraie question qui se pose, avec ces attaques émanant d’anciens camarades, c’est leur timing et leurs conséquences pour le parti comme dans l’opinion à l’approche du scrutin le plus crucial de l’histoire du pays après celui de 1994 [le premier depuis la fin de l’apartheid] ».

Grogne sociale

Ramaphosa marche aussi sur des œufs sur le front social. Déterminé à réduire les dépenses publiques, il a annoncé, le 7 février, dans son discours sur l’état de la nation, que le géant de l’électricité Eskom serait divisé en trois entités. Principale centrale syndicale du pays et acteur majeur du paysage politique, la Cosatu a manifesté sa colère devant le Parlement le 19 février, jour de la présentation du budget, et ses leaders, dont Zingiswa Losi, ont appelé le président à « ne pas prendre leur soutien pour acquis ». Or le vote ouvrier est essentiel pour l’ANC…

Cyril Ramaphosa à son arrivée au Parlement sud-africain, le 16 février 2018. © Gianluigi Guercia/AP/SIPA

Si quelqu’un sait comment s’adresser à la Cosatu, c’est bien lui

« Ramaphosa est un fin négociateur et il a un passé de leader syndical. Si quelqu’un sait comment s’adresser à la Cosatu, c’est bien lui, nuance l’analyste politique Ralph Mathekga. Il ne faut pas sous-­estimer cette grogne, mais le chef de l’État dispose d’une plus grande latitude sur ce dossier qu’au sein de son propre parti. »

Si la « ramaphorie » qui s’empara de l’opinion au lendemain du départ de Jacob Zuma s’est atténuée, le président reste confronté à un défi de taille : le maintien de son autorité sur l’ANC. Plus d’un an après en avoir pris les rênes, avec la plus petite marge de son histoire (il n’avait devancé Nkosazana Dlamini-Zuma que de 179 voix), Ramaphosa reste le capitaine d’un navire rongé par les divisions. La guerre contre la corruption et contre les réseaux de la famille Gupta ne lui vaut pas que des amis, et nombreux sont les cadres de l’ANC qui n’hésitent pas à critiquer sa politique, comme Ace Magashule, son secrétaire général, à propos du dossier Eskom.


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Le 8 mai, alors que l’ANC est largement favori, Ramaphosa joue donc plus qu’une simple réélection. « Un score moyen, autour de 45 %, renforcerait les partisans de Zuma, qui ont tout à gagner d’un échec du président. Une large victoire donnerait au contraire davantage de poids aux réformes qu’il tente de mener », explique Melanie Verwoerd. « Une large victoire ne résoudrait nullement les divisions qui minent l’ANC », rétorque Ralph Mathekga, pour qui certains clans du parti sont « irréconciliables ». « Si Ramaphosa gagne les élections, ce succès ne lui sera jamais attribué. Et si le score du parti n’est pas bon, il sera le seul coupable. »

Dans l’équipe du chef de l’État, on dénonce des « mensonges qui masquent les limites d’une opposition en panne d’inspiration ».

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