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Cet article est issu du dossier «Mali : l'heure du sursaut ?»

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Mines

Industries extractives au Mali : une filière en or

Le canadien B2Gold a extrait 439 068 onces de la mine de Fekola en 2018. © Katie Bromley/B2Gold

Multiplication du nombre d’opérateurs, entrée en exploitation de nouvelles mines, hausse de la production sur plusieurs sites… Le secteur aurifère malien se porte particulièrement bien.

Les gouvernements successifs ont beau essayer de diversifier les productions du pays pour éviter de dépendre des fluctuations erratiques des prix mondiaux d’une seule matière première – comme le leur conseillent les bailleurs de fonds depuis des années –, rien n’y fait : l’or conforte année après année sa place de première ressource du Mali.

Selon les chiffres officiels, il a été produit 60,8 tonnes (2,14 millions d’onces) du précieux métal en 2018, soit une progression de 20 % par rapport à l’année précédente. L’or continue de représenter les trois quarts des recettes d’exportation, un quart des recettes budgétaires et 8 % du PIB national.

Des frais énergétiques élevés

Cette production record fait du Mali le troisième producteur d’or du continent derrière l’Afrique du Sud et le Ghana. Elle a été obtenue après la mise en exploitation de la mine de Fekola, fin 2017, par le canadien B2Gold – qui a annoncé avoir battu des records de production l’an dernier grâce à ce gisement à ciel ouvert, dont ont été extraites 439 068 onces (12,45 t) en 2018 –, et elle sera plus soutenue encore en 2019 avec la montée en puissance de la mine de Syama, dont l’australien Resolute Mining a lancé l’exploitation en 2018.

Installé au Mali depuis une quinzaine d’années, le géant canadien Barrick Gold ­– devenu numéro un mondial de l’extraction minière de l’or depuis sa fusion avec Randgold Resources début janvier – est satisfait de ses mines de Loulo-Gounkoto (700 000 onces, soit près de 20 t par an) et de celle de Morila, en voie d’épuisement, « où nous prévoyons de céder la place à une installation agro-industrielle après notre départ », explique Mahamadou Samake, directeur régional du groupe pour l’Afrique de l’Ouest.

« Les coûts sont assez élevés, notamment ceux de l’énergie, qui pèsent pour 30 % à 40 % dans nos frais d’exploitation, mais celle-ci demeure rentable à partir de 1 000 dollars l’once, grâce à des règles rigoureuses de contrôle des coûts », ajoute-t-il. À la fin du mois de février, les cours mondiaux approchaient des 1 300 dollars l’once.


>> A LIRE – Or : les compagnies minières canadiennes à l’assaut de l’Afrique de l’Ouest


Les compagnies minières cohabitent difficilement avec les chercheurs d’or artisanaux, qui empiètent sur leurs concessions et ont souvent recours à des procédés d’extraction dangereux, utilisant le mercure ou le cyanure. « Ils nous font du tort en envahissant nos zones de sondage, poursuit Mahamadou Samake. Nous sommes pourtant prêts à leur céder des couloirs d’orpaillage après étude des placers [dépôts alluvionnaires], à leur apporter de l’eau et à faire des forages à leur profit, mais pas n’importe comment. »

Frictions entre artisans et industriels

Un constat que confirme la Chambre des mines du Mali (CMM). « Des concessions sont squattées, et cela gêne les industriels, qui emploient 11 000 salariés, reconnaît le président de l’instance consulaire, Abdoulaye Pona. Mais l’exploitation artisanale existe au Mali depuis le XIIe siècle, et les 350 placers répertoriés sont exploités par 500 000 orpailleurs, qui font vivre des millions de personnes. En fait, les autochtones sont les premiers géologues du Mali. »

La production artisanale représenterait 6 t par an. « Mais nous pensons qu’elle dépasse les 20 t », affirme Abdoulaye Pona. Et comme il n’existe au Mali aucune obligation de vendre son or à la Banque centrale – contrairement à d’autres pays voisins –, certains se risquent à avancer le chiffre d’une quarantaine de tonnes, ce qui semble cependant peu vraisemblable.

Dans ce climat d’incertitudes et de frictions entre artisans et industriels, Lelenta Hawa Baba Ba, la ministre des Mines et du Pétrole, tente de mettre un peu d’ordre. Certes, l’avenir s’annonce sous les meilleurs auspices pour l’or malien, puisqu’aux treize mines industrielles exploitées par onze opérateurs – « dont la bonne santé témoigne que le secteur se porte bien », selon la ministre – s’ajouteront bientôt d’autres sites, à commencer par celui de Bagama, dans la région de Kayes, qui doit entrer en production en 2020.

Une filière à organiser

« Nous disposons de 900 t de réserves prouvées », ajoute Lelenta Hawa Baba Ba, qui sait ce dont elle parle car elle est ingénieure en géologie et était, avant son entrée au gouvernement, en septembre 2018, directrice nationale de la géologie et des mines.

La ministre estime que les disputes entre orpailleurs et industriels « sont un souci, car les premiers sont devenus de petits industriels équipés de matériels plus modernes qu’autrefois. L’État essaie donc d’organiser la filière, en créant pour eux des couloirs d’exploitation – après avoir évalué leurs teneurs en or.

Il faut aussi qu’ils parlent aux industriels. » Malgré les efforts de ces derniers pour amadouer les orpailleurs, les conflits ne semblent pas près de cesser : le « métal des dieux » a pour défaut, depuis la nuit des temps, de brouiller la raison des personnes les plus sensées.


Des chiffres records

  • 13 mines industrielles actives
  • 11 000 salariés
  • 60,8 t produites en 2018
  • 75 % des recettes d’exportation
  • 25 % du budget de l’État
  • 8 % du PIB

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