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Cet article est issu du dossier «Mali : l'heure du sursaut ?»

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Sécurité

Mali : Kidal, bastion des groupes armés, en semi-liberté

Au dernier trimestre de 2018, on n’avait enregistré « que » 7 attaques dans la région, contre 12 dans celle de Gao et 24 dans celle de Mopti. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Dans le bastion de la rébellion, les symboles de l’État sont désormais bien présents. Mais l’administration ne fonctionne toujours pas, et les groupes armés font la loi.

Le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU pour l’année 2018 sur le Mali révèle que Kidal, bastion de la rébellion dans le nord du pays, est l’une des régions qui ont enregistré le plus faible nombre d’attaques de groupes armés durant le dernier trimestre de 2018, soit un total de 7, contre 24 dans la région de Mopti, 13 à Tombouctou et 12 à Gao.

Selon l’ancien Premier ministre Moussa Mara, l’explication est simple : « Ceux qui attaquent et posent les mines sont les mêmes qui administrent la ville de Kidal. »

Le 27 janvier, lors d’une cérémonie d’hommage aux dix Casques bleus tchadiens tués lors d’une attaque de combattants jihadistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) contre un camp de l’ONU à Aguelhok le 20 janvier, Mahamat-Saleh Annadif, le chef de la Minusma, a déploré la responsabilité de certains mouvements armés présents dans la région.


>>> À LIRE – Mali : la Coordination des mouvements de l’Azawad impose des nouvelles règles aux habitants de Kidal


« Parmi ceux qui nous combattent, ceux qui commettent ces forfaitures, il y a aussi des gens qui sont parmi nous, qui observent nos faits et gestes… Il est également temps de revisiter notre collaboration et notre coopération avec les mouvements signataires de l’accord [d’Alger, signé en 2015], qui sont présents dans ces régions du Nord », a-t-il conclu.

 Les groupes armés signataires de l’accord de paix sont constitués à 75 % de jihadistes d’Aqmi

Si le diplomate tchadien pointe les groupes armés signataires de l’accord de paix, c’est parce que la région de Kidal est administrée par la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Le 30 janvier, celle-ci a imposé de nouvelles règles dans la ville de Kidal, qui vont de l’interdiction de vendre et de consommer de l’alcool à l’imposition d’un titre de séjour spécial pour les étrangers.

Des lois fondées sur l’application de la charia, la loi islamique, alors que le reste du pays vit dans un État laïque. « Les groupes armés signataires de l’accord de paix sont constitués à 75 % de jihadistes d’Aqmi, les autres essaient d’exister à côté d’eux », affirme Moussa Mara.

La charia « light »

Le gouverneur de la région de Kidal, Sidi Mohamed Ag Ichrach, dont le rôle est de faire respecter les lois de la République, n’a aucune autorité, et sa sécurité elle-même est assurée par la CMA. « À Kidal, l’État n’assure pas les services sociaux de base, à savoir l’assainissement, l’accès à l’eau potable, les soins de santé ou encore l’éducation, confie un élu régional. Les écoles sont fermées. »

Depuis la bataille de mai 2014, au cours de laquelle les rebelles ont réussi à chasser les soldats des Forces armées maliennes (Fama) de la ville, le pouvoir central et son administration ne se sont jamais véritablement réinstallés dans la région. En attendant, la CMA applique la charia, version « light ».

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