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Cet article est issu du dossier «Mali : l'heure du sursaut ?»

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Politique

[Édito] Mali : les planètes s’alignent

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Vue de Bamako depuis le sommet de la colline Lassa. © Sylvain Cherkaoui pour JA

C’est une année charnière pour Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), celle où se jouera l’héritage qu’il laissera à son peuple à l’issue de son ultime mandat en 2023, celle aussi où se décidera une partie de l’avenir du Mali.

Pour la première fois depuis longtemps, un fragile alignement des planètes semble se mettre en place en ce début de 2019. Certes, le front social demeure agité, mais la crise postélectorale est en grande partie digérée, et une sorte de consensus se dessine entre les acteurs politiques pour enfin appliquer les dispositions clés de l’accord de paix signé il y a près de quatre ans à Alger.

Au premier rang : la mise en œuvre d’un nouveau cadre institutionnel équilibré, lequel passe par une réforme de la décentralisation d’autant plus délicate à mener qu’il convient absolument d’éviter que des groupes, dont la seule légitimité est d’être armés, s’y taillent la part du lion. Une prise de conscience collective de la nécessité d’une nouvelle loi fondamentale incluant ces modifications, via un référendum qui pourrait être couplé avec les élections législatives avant l’hivernage, était un préalable. C’est désormais (presque) une réalité.

Sursaut de patriotisme

Mise à mal par la présidentielle de 2018, la culture du consensus refait son apparition au Mali. La sagesse d’IBK, l’entregent de son Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, et les réflexes d’homme d’État du chef de file de l’opposition, Soumaïla Cissé, y sont pour beaucoup. Face à une situation sécuritaire aussi mouvante que préoccupante, ce sursaut de patriotisme est il est vrai indispensable.

Malgré les succès tactiques remportés dans l’Est et le Nord par la coalition franco-onusienne, l’opérationnalisation croissante de l’armée malienne dans le Centre et l’entrée en scène de la force régionale du G5 (rarement pays aura bénéficié d’un tel appui militaire pour recouvrer sa stabilité), les réseaux du jihadisme armé ne cessent de renaître, de s’étendre et de frapper sans plus se soucier désormais de contrôler des portions de territoire.

Mettant à profit des conflits fonciers et communautaires séculaires, ces groupes terroristes « arment littéralement les clivages locaux existants, préalablement exprimés de manière non violente […] Puis les relabellisent en tant que jihad armé », écrit le chercheur Yvan Guichaoua dans une récente tribune publiée sur ­Jeune Afrique.

Expérimentée dans le Macina malien et désormais exportée avec une inquiétante facilité au cœur du maillon faible burkinabè, cette stratégie conduit les armées nationales du Sahel à s’appuyer sur des milices locales de contre-guérilla aux méthodes souvent expéditives, leurs adversaires jihadistes multipliant de leur côté les échanges logistiques avec les trafiquants de drogue, d’or et de cigarettes.

Ce qui pourrait arriver de mieux

Tous les gouvernements qui se sont succédé à la tête du Mali depuis une vingtaine d’années ont leur part de responsabilité dans l’affaissement de l’autorité de l’État. Dès lors, s’obstiner pour des motifs politiciens à faire de celui d’IBK l’unique bouc émissaire et ajouter une crise de légitimité à une crise sécuritaire n’avait guère de sens.

Ibrahim Boubacar Keïta est l’hôte du palais de Koulouba pour quatre ans et cinq mois encore. En 2023, assurait-il à JA en juillet dernier, il passera la main « sans hésitation aucune ». Autant dire que la voie est ouverte pour ce qui pourrait arriver de mieux au Mali : un débat politique enfin apaisé et responsable.

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