Agroalimentaire

Côte d’Ivoire : Saf Cacao, redémarrage sous surveillance

SACC a récupéré 135 000 m2 d’entrepôts, valorisés à 85 milliards de F CFA, et des stocks de cacao estimés à 80 milliards de F CFA. © Ange Aboa/REUTERS

Acteur méconnu du secteur, SACC relance, sous l’œil attentif de ses créanciers, les activités du géant du négoce ivoirien Saf Cacao, mis en liquidation il y a huit mois.

À la fin de février, les premières cargaisons de fèves au nom de la Société agricole de café cacao (SACC) ont été enregistrées au port de San Pedro. Inconnu sur la scène locale, SACC reprend ainsi le flambeau – en même temps que le passif et les actifs – de l’ex-négociant ivoirien Saf Cacao, entré en liquidation en juillet 2018. Mais après huit mois de crise, la relance des activités par SACC – approuvée par le Conseil du café-cacao (CCC) – s’annonce délicate.

En effet, le malaise du secteur bancaire – il a perdu plus de 20 points à la Bourse d’Abidjan en 2018 –, entraîné par la liquidation de Saf Cacao, a restreint l’accès au crédit des petits négociants ivoiriens. « Durant les négociations avec Saf Cacao et SACC, les banques sont restées solidaires. Mais elles sont devenues plus frileuses avec les petits acteurs locaux, privilégiant les plus gros opérateurs, par crainte de se retrouver avec une nouvelle “affaire Saf” », confirme le directeur d’audit d’un des principaux établissements bancaires d’Abidjan.

Résultat : SACC fait face à un environnement plus favorable aux multinationales du négoce. Selon les données compilées par Jeune Afrique, entre octobre 2018 et fin février 2019, les cinq principaux négociants internationaux (Cargill, Olam, Sucden, Barry Callebaut et Touton) ont mobilisé 57,5 % des cargaisons de cacao dans les ports ivoiriens, contre 51,5 % sur la même période un an plus tôt.

Transfert de créances

La progression est la plus forte pour les filiales d’Olam et de Barry Callebaut, qui ont accru leurs parts de marché respectives de plus de 2,5 points. Par ailleurs, la conjoncture mondiale est moins favorable à SACC, avec un cours de 1 675 livres sterling (1 880 euros) la tonne de cacao, contre près de 1 900 livres, en juillet 2018. De plus, SACC devra opérer sous la vigilance accrue de ses créanciers, échaudés par les troubles de l’an dernier, qui ont occasionné une remise en cause de la gouvernance de plusieurs bailleurs de Saf Cacao.

Certes, tous les acteurs – créanciers, régulateur, état… – impliqués dans la chute brutale de l’ex-numéro un ivoirien se disent prêts à tourner la page, après la signature, en janvier, d’un accord d’une valeur de 205 milliards de F CFA (312 millions d’euros), impliquant la cession de divers actifs et le transfert de créances. Mais les interrogations sur cet accord demeurent. Selon les informations de Jeune Afrique, il reprend les principales clauses du plan de reprise que les dirigeants de Saf Cacao – avec le soutien des banques – avaient proposé l’an dernier au gouvernement. Sans succès. Et le CCC avait été autorisé par le Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, à lancer la procédure de liquidation devant la justice.

Un président peu expérimenté

Autre surprise, SACC n’est pas connu dans la filière café-cacao ivoirienne. Son président, Nicolas Djibo, le maire de Bouaké, a brièvement présidé (par intérim) la Chambre de commerce et d’industrie, mais il n’est pas un professionnel du cacao. Guy Roger Coulibaly, le DG, n’a dirigé que de petites structures de négoce, mais aucune entreprise de l’envergure de l’ex-Saf Cacao.

Tout aussi étonnant, selon plusieurs observateurs du secteur, les dirigeants de SACC devraient s’appuyer sur l’expertise et sur l’expérience… des anciens dirigeants de Saf Cacao dont ils sont réputés proches.

La célérité même avec laquelle le CCC a octroyé, de façon inédite, un agrément à SACC pour commencer immédiatement ses activités de négoce a également surpris. « Nous avons évité la casse, et tout le monde en a eu pour son compte. J’estime que les banques finançaient un système de commercialisation qu’elles ne maîtrisaient pas. Nous avons lancé un programme pour mieux les former », a confié Yves Brahima Koné, le directeur général du CCC. Si la page Saf Cacao semble définitivement tournée, l’aventure de SACC ne fait, elle, que commencer.

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