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Cet article est issu du dossier «Démission de Bouteflika : les six semaines qui ont ébranlé l'Algérie»

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Politique

[Édito] Le cas algérien

Par

Béchir Ben Yahmed a fondé Jeune Afrique le 17 octobre 1960 à Tunis. Il est président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

Manifestation contre un cinquième mandant d'Abdelaziz Bouteflika, à Alger, le 1er mars 2019. © Toufik Doudou/AP/SIPA

L’Algérie est certes un cas extrême, mais pas sans précédent : des pays plus démocratiques ont déjà connu aussi des présidents malades. Laissons aux Algériens quelques mois de plus pour trouver une issue à leur situation.

Les pays africains se rapprochent-ils, année après année, chacun à son rythme et selon ses spécificités, de la démocratie ? Sont-ils en train d’édifier des sociétés où l’État de droit est respecté ? Beaucoup d’entre nous le croient. Je sais, bien sûr, que la démocratie est désirée par tous les peuples. Et je n’ignore pas qu’il faut du temps et des efforts pour parcourir la distance qui la sépare de la dictature. Mais lorsque je vois ce qui se passe en ce moment au Soudan, qui va de dictature en dictature depuis près d’un siècle, je me prends à m’interroger : le chemin vers la démocratie est-il ouvert à tous les pays ?

Cela dit, et quels que soient nos doutes, force est de constater que le continent africain connaît chaque année des phases favorables plus ou moins longues. Et que nous sommes dans l’une d’elles. Nous venons d’assister en effet, au Nigeria et au Sénégal, à des élections jugées satisfaisantes par tous ceux qui les ont observées. Leurs résultats seront acceptés in fine par les vaincus, ce qui les distingue d’élections précédentes, en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale, dont on doute à ce jour de la véracité des résultats.

En Algérie, une jeunesse en désaccord

Et l’Algérie, me dira-t-on ? Comment accepter qu’un chef d’État très diminué par l’âge et par la maladie y brigue un cinquième mandat de cinq ans ? N’est-ce pas un mandat de trop pour ce président invisible ? Comment peut-on reconduire à la magistrature suprême un homme dont l’état de santé est tel qu’il ne lui permet ni de présider les conseils des ministres, ni de s’adresser à son peuple, ni même de prouver que ce n’est pas son entourage qui exerce la réalité du pouvoir ?

La question de l’état de santé et de l’âge du président, détenteur de pouvoirs considérables, ne s’est-elle pas posée en France à deux reprises ?

Incapable de s’entendre sur un successeur, l’establishment politique algérien s’est résolu à prolonger un statu quo où il trouve son compte. Mais une partie de la population – dont la jeunesse du pays – vient d’exprimer son désaccord. Elle exige qu’une nouvelle génération prenne la relève de celle qui gouverne l’Algérie depuis près de soixante ans. N’est-ce pas là une forme de démocratie, et ne convient-il pas de laisser à ce grand pays le temps de résoudre un problème de transition générationnelle que d’autres ont connu avant lui ?


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La question de l’état de santé et de l’âge du président, détenteur de pouvoirs considérables – dont le bouton nucléaire ! –, ne s’est-elle pas posée en France à deux reprises ? En 1973 avec Georges Pompidou, que les Français ont vu mourir au pouvoir sans qu’on les ait informés du mal qui le rongeait. Et au début des années 1990, avec François Mitterrand, qui avait caché son mal et brigué avec succès sa propre succession alors qu’il se savait atteint d’un cancer. N’a-t-il pas tenu à terminer ce second septennat alors qu’il se savait très diminué ?

Et Winston Churchill ? Et Konrad Adenauer ? Et Ronald Reagan ? N’ont-ils pas exercé les plus hautes fonctions à la tête de grandes puissances, dont certaines nucléaires, alors qu’ils n’étaient plus en état physique de le faire ? L’Algérie est certes un cas extrême, mais pas sans précédent : des pays plus démocratiques ont déjà connu des situations voisines. Laissons aux Algériens quelques mois de plus pour trouver une issue à leur situation.

Deuxième rencontre entre Kim et Trump

En 1917, il y a donc un peu plus de cent ans, Lénine a osé lancer, à Petrograd, en Russie, le premier État communiste. Vainqueur de Hitler, son successeur, Staline, en étendit l’influence à l’Europe, en créant l’URSS, et au monde, en concevant le bloc soviétique.

La chute du mur de Berlin en 1989 et la dislocation de l’URSS en 1991 sonnèrent le glas de cet ensemble. Que reste-t-il du communisme aujourd’hui ? Cinq États seulement, mais qui rassemblent un quart de l’humanité, se disent encore communistes : la Chine, la Corée du Nord, le Vietnam, le Laos et Cuba. Dirigés par un parti communiste, la plupart d’entre eux ont estimé nécessaire, pour se développer, de beaucoup s’inspirer du capitalisme.

Je vous en parle car deux d’entre eux sont au cœur de l’actualité : le Vietnam et la Corée du Nord. C’est en effet dans la capitale du Vietnam que le leader de la Corée du Nord, Kim Jong-un, et le président des États-Unis, Donald Trump, ont décidé de se rencontrer pour la deuxième fois, les 27 et 28 février.

Ils voulaient « donner de la chair au squelette » de leur précédente réunion, qui, elle, s’était tenue il y a huit mois à Singapour. Le premier a hérité du pouvoir de son père et de son grand-père. Dans son pays, le revenu par habitant est de 1 200 dollars par an. Le second est milliardaire, a été élu président d’un pays où ce même revenu est de 60 000 dollars par an.

Le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-Un, le 12 juin 2018, à Singapour. © Evan Vucci/ AP/ SIPA

Pourquoi Donald Trump a-t-il traversé la moitié du globe pour rencontrer pour la deuxième fois, en terre communiste, le dictateur du plus pauvre des cinq États communistes ? Parce que ce petit pays de 25 millions d’habitants est devenu par ses propres moyens une puissance nucléaire et qu’il exige qu’on le reconnaisse comme tel. Depuis que l’arme atomique a fait son entrée dans l’arsenal militaire, en 1945, cinq pays se sont octroyé de concert le statut de puissance nucléaire : les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine et la France.

Les quatre présidents américains qui se sont succédé à la Maison-Blanche depuis trente ans ont tout essayé

Trois autres pays, Israël, l’Inde et le Pakistan, sont devenus l’un après l’autre des puissances nucléaires. Ils sont tolérés mais non reconnus par les « cinq grands ». Ayant forcé à son tour la porte du club, la petite Corée du Nord veut être la neuvième puissance nucléaire de la planète. Et le rester. Les quatre présidents américains qui se sont succédé à la Maison-Blanche depuis trente ans ont tout essayé, sauf la guerre, pour l’en dissuader. En vain. Nous assistons aux tentatives d’un cinquième, Donald Trump, qui se dit différent de ses prédécesseurs mais se heurte au même mur.

La Corée du Nord et son chef savent que le président des États-Unis ne leur aurait pas consacré tant de temps s’ils n’avaient pas eu « la bombe ». Ils n’abandonneront donc pas leur arsenal nucléaire, estimant que, dans dix ans, on aura appris à vivre avec cette réalité, comme on a appris à vivre avec un Pakistan doté de la bombe.

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