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Cet article est issu du dossier «Espagne-Afrique : à l’heure des retrouvailles»

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Diplomatie

Espagne-Afrique : si loin, si proche

Le 14 décembre 2017, la reine Letizia d’Espagne s’est rendue au Sénégal, où elle a visité un village pilote destiné à venir en aide aux enfants de la rue. © WireImage

Traditionnellement tourné vers le Maghreb, le royaume ibérique s’est longtemps tenu à distance du reste du continent. Avec le Plan Afrique III, l’heure d’une étroite coopération semble avoir enfin sonné.

«Le continent africain est une priorité pour l’Espagne », insiste Raimundo Robredo, directeur général pour l’Afrique au ministère des Affaires étrangères. Depuis sa nomination, en juin 2017, le diplomate a pu mesurer l’ampleur de sa tâche. Madrid, qui jusqu’alors entretenait surtout des rapports privilégiés avec Rabat et Alger, a en effet décidé de porter son regard au-delà du Sahara et, comme un symbole de cette nouvelle volonté, vient de remettre en place la Direction générale pour l’Afrique, aux côtés de celles du Maghreb et du Moyen-Orient.

Créé en 2007 sous le gouvernement socialiste de José Luis Rodríguez Zapatero, ce service du ministère des Affaires étrangères avait disparu tout juste un an après, faute de budget, dans une Espagne alors en pleine crise économique.

Les priorités ont changé dans le royaume, quelles que soient les étiquettes politiques. Qu’ils soient dirigés par le conservateur Mariano Rajoy, de 2011 à 2018, ou par son actuel successeur socialiste Pedro Sánchez, les différents gouvernements espagnols n’ont cessé d’œuvrer pour construire des passerelles, par-delà la Méditerranée, vers un continent à l’influence grandissante, dans la foulée de sa croissance économique et démographique.

Une stratégie ambitieuse

C’est dans ce cadre que le ministre des Affaires étrangères, Josep Borrell, a présenté, le 19 décembre 2018, devant le Congrès des députés, le futur Plan Afrique III, qui dépasse de loin dans ses intentions les deux plans précédents. Cette stratégie ambitieuse s’inscrit autour de quatre grands objectifs : paix et sécurité, croissance économique, consolidation des institutions africaines et régulation des flux migratoires, et pour la première fois sans limite dans le temps.

« Le Plan Afrique I, qui portait sur 2001 et 2002, se contentait de reprendre des mesures économiques déjà existantes. Le Plan Afrique II, entre 2006 et 2008, était essentiellement une réaction aux premières vagues migratoires. Ce troisième volet va beaucoup plus loin », confirme Ainhoa Marín, chercheuse spécialiste de l’Afrique subsaharienne à l’institut Elcano de Madrid.


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Car c’est un long chemin qui attend l’Espagne. Même si le nombre de ses entreprises ne cesse de croître sur le continent et que le pays reste un contributeur significatif dans les différentes missions militaires européennes ou internationales présentes sur le terrain – avec plus de 1 000 soldats répartis dans sept pays –, son influence reste marginale en Afrique. Malgré sa proximité géographique et le fait d’être l’un des rares pays européens à posséder des excroissances territoriales en Afrique, avec l’archipel des Canaries et les enclaves marocaines de Ceuta et de Melilla, l’Espagne n’a jamais entretenu de relations privilégiées avec son vaste voisin du Sud.

Forces vives

Même avec la Guinée équatoriale, son ancienne colonie et unique pays africain dont l’espagnol est la langue officielle, l’ancienne métropole a longtemps gardé ses distances. « Notre présence sur le continent a le plus souvent été le fruit d’un événement négatif, de l’abandon du Sahara occidental à l’opposition à la décolonisation des îles Canaries ou, plus récemment, aux vagues de migrations successives », explique Raimundo Robredo.

L’Espagnol moyen voit souvent l’Afrique avec tous ses stéréotypes

Avec plus de 28 000 migrants débarqués du Maroc en 2018, l’Espagne dépasse même l’Italie, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Et l’arrivée régulière de nouvelles embarcations sur les côtes n’améliore pas l’image du continent dans la péninsule. « L’Espagnol moyen voit souvent l’Afrique avec tous ses stéréotypes », regrette Ainhoa Marín.

Depuis sa création, en 2007, la Casa África, institution publique établie aux îles Canaries, s’efforce de faire connaître les réalités africaines, et l’arrivée du Plan Afrique III sonne comme une reconnaissance de ses efforts. Même si aucun budget ne lui a été directement alloué. « Nous ne manquons pourtant pas de ressources », sourit Raimundo Robredo, en faisant référence aux forces vives qui constituent les réseaux éducatif, sanitaire et surtout diplomatique que cherche à tisser l’Espagne à travers le continent.

Le nouvel eldorado

Pour densifier son réseau d’ambassades – trente dont vingt-trois en Afrique subsaharienne, soit le quatrième plus important pour un pays européen en Afrique –, Madrid a annoncé l’ouverture d’une antenne diplomatique à N’Djamena, au Tchad. Ainsi que l’inauguration du premier institut Cervantès, hors Maghreb, à Dakar. Les budgets ont été votés mais doivent toujours être débloqués, alors que l’agenda politique vient d’être bouleversé en Espagne. Le gouvernement a convoqué les élections générales pour le 28 avril.

Bien difficile de savoir aujourd’hui quel sera le vainqueur du scrutin, mais les présomptions sont fortes pour qu’il inscrive ses pas dans ceux de ses prédécesseurs, vers une Afrique plus que jamais synonyme d’eldorado pour l’Espagne.

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