Politique

Soudan : Omar el-Béchir et le retour du Mahdi

Le leader du parti Umma lors d’une manifestation à Omdourman, le 25 janvier. © AFP

Alors que le régime d’Omar el-Béchir est confronté à un important mouvement social, son principal opposant est rentré d’exil. Et pourrait tirer profit de la situation…

Posée sur l’autre rive du Nil, Omdourman est la jumelle de la capitale soudanaise, Khartoum. C’est dans cette ville qu’a commencé, il y a un peu plus de deux mois, un mouvement social qui déstabilise le gouvernement d’Omar el-Béchir. Là aussi que la voiture de l’opposant Sadeq al-Mahdi a été prise dans les gaz lacrymogènes, le 8 février, devant une mosquée, à la sortie de la prière du vendredi. Était-ce un avertissement ? Difficile de croire, en tout cas, que les tout-puissants services de renseignements du régime ignoraient sa présence.

Revenu d’exil en décembre, Al-Mahdi reste, à 83 ans, le principal opposant soudanais. Figure charismatique de la confrérie des Ansar, chef du parti islamo-nationaliste Umma, il a été deux fois Premier ministre, dans les années 1960 puis 1980. C’est d’ailleurs Omar el-Béchir qui a mis fin à son deuxième gouvernement lors du coup d’État de 1989. Homme influent, Al-Mahdi dispose encore d’un réseau important dans les hautes sphères du pouvoir.

L’un de ses fils a travaillé pour les services de renseignements et un autre auprès du président lui-même. Il a aussi conservé l’oreille des chancelleries occidentales, comme l’a montré sa rencontre avec le chargé d’affaires de l’ambassade américaine après les troubles autour de la mosquée d’Omdourman. Son parti forme une coalition, baptisée les Forces du consensus, avec le Parti communiste et le Congrès populaire, fondé par l’islamiste Hassan al-Tourabi, grande figure politique du pays décédée en 2016, qui fut aussi son beau-frère. Enfin, il est président de Nidaa al-Sudan, regroupant une dizaine d’organisations civiles et militaires.

Méfiance des Darfouris

Son retour tombe mal pour El-Béchir, alors que la contestation sociale à laquelle il est confronté – la plus importante depuis son arrivée au pouvoir – prend un tour politique. L’« intifada », qui était au départ un mouvement de protestation contre la vie chère, a depuis adopté des slogans tels que « Tasqat bas » (« chute et c’est tout »).


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Reste qu’Al-Mahdi est relativement déconnecté des manifestants – beaucoup de Darfouris, de femmes et de jeunes (dans un pays où l’âge médian est proche de 20 ans). « Le parti Umma ne les connaît pas bien », reconnaît un avocat de l’opposition en exil proche de la famille d’Al-Mahdi.

Il n’a jamais été attentif à notre cause

Les jeunes Darfouris, en butte à un régime toujours marqué par le racisme, se méfient de cet homme. « Il n’a jamais été attentif à notre cause », affirme l’un d’eux, ex-leader du mouvement étudiant. Ce dernier se souvient aussi qu’au plus fort de la contestation menée sur les campus en 2013 Al-Mahdi avait rencontré El-Béchir mais n’avait obtenu aucune avancée concrète. « Lorsqu’il est revenu d’exil, il a de nouveau proposé de négocier avec El-Béchir, explique l’un de ses sympathisants. Mais les jeunes d’Umma ont fait pression sur la direction du parti afin qu’elle se range du côté de l’intifada. »

Ses détracteurs pointent également son âge avancé. Pourquoi ne pas céder sa place à sa propre fille, Mariam al-Sadiq al-Mahdi ? Dans un pays où l’engagement des femmes a marqué l’Histoire, certains voient dans cette militante infatigable, brièvement arrêtée fin janvier, l’incarnation de l’avenir.

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