Culture

Littérature : Rosa Parks, femme assise, femme debout

Parue en 1992 aux États-Unis, « Mon histoire », l’autobiographie de Rosa Parks, est enfin traduite en français. L’occasion de découvrir la militante qu’elle fut.

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Mis à jour le 7 mars 2019 à 15:32

Photo non-datée de Rosa Parks dans un bus de Montgomery. © AP/Sipa

On connaît de Rosa Parks (1913-2005) son refus de rejoindre les places arrière réservées aux Africains-Américains dans un bus de Montgomery, en Alabama, le 1er décembre 1955. Arrêtée puis condamnée à une amende, cette femme de 42 ans sera le détonateur d’un boycott de plus d’un an de la compagnie qui conduira à l’inconstitutionnalité des lois ségrégationnistes dans les bus et à l’émergence de figures pour l’égalité des droits civiques, dont le docteur Martin Luther King.

Il a fallu attendre 2018 pour que son autobiographie, parue en 1992 aux États-Unis, soit traduite en français par Julien Bordier. « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent », cette phrase tirée d’un poème de Victor Hugo est le credo de Libertalia, maison d’édition indépendante et militante qui publie ce témoignage nécessaire. Elle caractérise aussi le destin d’une femme à la fois extraordinaire et ordinaire.

Extraordinaire pour les raisons que l’on sait. Ordi­­naire car elle a vécu, comme beaucoup d’autres, les affres de la ségrégation dès le plus jeune âge. Le livre nous plonge dans l’intimité, indissociable du racisme, de Rosa Parks.

Elle rappelle ainsi les humiliations subies tout au long de sa vie et aussi comment elle s’est construite, malgré tout, dans cet environnement délétère où son grand-père veillait le fusil à la main pour protéger sa famille du Ku Klux Klan, où des enfants blancs se permettaient d’agresser gratuitement des enfants noirs parce qu’ils étaient noirs, où réagir contre l’injustice exposait à la mort, où les tribunaux prenaient systématiquement le parti de Blancs contre les Noirs, où même les fontaines publiques avaient une couleur…

Leçon de vie

Au-delà de la compilation poignante des expériences vécues, Mon histoire est avant tout un livre politique. On est loin de l’image de la femme fatiguée qui ne voulait pas rejoindre la place qui lui était assignée. Rosa Parks et son mari étaient militants de longue date à la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People). Son geste de rébellion, aussi spontané soit-il, est dans le prolongement de son engagement. Couturière pour gagner sa vie, elle était secrétaire à la NAACP pour faire vivre ses idéaux. C’est en conscience qu’elle s’est mise en première ligne, puis qu’elle a accompagné le mouvement des droits civiques et créé, en 1987, l’institut qui porte son nom et celui de son mari.


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En France, Rosa Parks est aujourd’hui le nom d’un quartier, d’une gare, d’un centre commercial, de plusieurs établissements scolaires… Mon histoire, récit autobiographique, incarne qui était vraiment la femme derrière le vernis des étiquettes. En plus d’une leçon d’histoire, c’est une leçon de vie qui raconte comment en chacun de nous peut résider cet espace de résistance qui peut changer le monde.


Extrait

« Les gens ont répété à l’envi que je n’ai pas cédé ma place ce jour-là parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas particulièrement fatiguée, pas plus qu’un autre jour, après une journée de travail. Je n’étais pas si vieille, bien qu’on m’imagine toujours comme une petite grand-mère. J’avais 42 ans. S’il y avait bien une chose qui me fatiguait, c’était de courber l’échine. »