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Cet article est issu du dossier «Tourisme : opération reconquête pour la destination Côte d'Ivoire»

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Tourisme

Siandou Fofana, ministre ivoirien du Tourisme : « Nous visons le top 5 des destinations les plus visitées du continent »

Siandou Fofana

Siandou Fofana © Issam Zejly pour JA

Suppression du visa payant, rôle d’Air Côte d’Ivoire, sécurité, coopération avec le Maroc… Le héraut des ambitions nationales ivoiriennes en matière de tourisme présente sa stratégie à Jeune Afrique.

Début février, Siandou Fofana s’est rendu à Marrakech pour présenter la nouvelle stratégie touristique ivoirienne aux investisseurs. Après avoir dirigé le Fonds d’entretien routier, ce spécialiste de la finance internationale a pour mission de redonner des couleurs à la Côte d’Ivoire. Accompagné par Attijariwafa Bank sur le plan financier, conseillé par McKinsey et inspiré par le Plan Azur marocain, le ministre présente sa feuille de route deux ans après son arrivée au gouvernement.

Jeune Afrique : Vous estimez le besoin de financement de « Sublime Côte d’Ivoire » à 3 200 milliards de F CFA (4,9 milliards d’euros). Comment allez-vous mobiliser cette somme ?

Siandou Fofana : L’État va mobiliser 1 500 milliards de francs CFA, soit un peu moins de la moitié. Une partie de ces ressources sont déjà prévues dans le Plan national de développement 2016-2020, comme celles affectées à l’aménagement de 1 500 km de routes. Les volets consacrés à la sécurité et à la santé sont, eux, financés par le Programme d’actions prioritaires du gouvernement. Pour la structuration du financement, nous avons copié le modèle marocain. Celle-ci est en cours et sera pilotée par la banque marocaine Attijariwafa Bank. Deux fonds doivent être mis en place : un fonds souverain pour lequel l’État apporte en garantie 6 500 hectares de foncier, réservés au développement touristique, et un fonds destiné à des privés. À la mi-février, nous avons signé un mémorandum d’entente avec le sud-africain Investment Fund Africa (IFA) pour qu’il nous aide à trouver des investisseurs.


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Le rapport McKinsey insiste sur le net retard de la Côte d’Ivoire concernant la qualité de l’offre de loisirs. Comment comptez-vous rattraper ce retard ? Quels atouts de la Côte d’Ivoire souhaitez-vous mettre en avant ?

Compte tenu de nos 550 km de côtes, nous voulons embellir nos plages, à travers le projet « Belles Plages pour tous ». Dans sa phase pilote, nous avons identifié cinq plages, à moderniser sur 500 m à 1 km, à Bassam, Mondoukou, Assinie, Port-Bouët et Jacqueville – leur financement doit être bouclé à la mi-mars. Outre le balnéaire, nous avons créé plusieurs circuits touristiques : « Au Paradis : entre mer et nature », la Route des rois, à l’est, la Route des éléphants, à l’ouest. Nous allons aussi mettre en exergue la Route de l’esclave, consacrée au tourisme de mémoire.

Nous voulons nous imposer comme la base de divertissement de l’Afrique de l’Ouest

Aujourd’hui, ces circuits existent, mais nous devons les institutionnaliser, renforcer les infrastructures hôtelières et routières, l’information des voyageurs et les commercialiser en tant que tels. Enfin, nous voulons nous imposer comme la base de divertissement de l’Afrique de l’Ouest. Pour cela, nous allons créer un grand parc d’attractions, Akwaba Park, à Port-Bouët, sur 100 ha, que l’État met à disposition. Nous avons signé une convention, il y a un an, avec un opérateur chargé de piloter ce projet, dont le montant d’investissement est estimé à 85 milliards de F CFA. Les premières attractions construites par la société néerlandaise Vekoma Rides devraient voir le jour au début de 2020.

Quelle clientèle voulez-vous attirer ? La clientèle internationale ou plutôt la clientèle domestique et régionale ?

Nous tablons d’abord sur la clientèle régionale pour doper nos chiffres sur le tourisme de loisirs. Au regard de la croissance des pays de la sous-région, la classe moyenne africaine va s’accroître et celle-ci est avide de dépaysement, de divertissements et de découvertes. Nous devons l’attirer et lui donner matière à revenir. Nous voulons aussi conquérir la clientèle internationale, en ciblant en priorité la France, les États-Unis et la Chine. Nous démarrerons la promotion de notre destination dans les semaines à venir.

Aujourd’hui, l’offre touristique est centrée sur Abidjan, qui concentre 60 % des chambres du pays, et sur le tourisme d’affaires. Comment comptez-vous inciter les hôteliers à s’inscrire dans votre plan stratégique ?

C’est le tourisme d’affaires qui rapporte le plus à l’État de Côte d’Ivoire. Nous avons accueilli 774 000 voyageurs d’affaires en 2018. À eux seuls, ils représentent 52 % des recettes touristiques. Il est tout indiqué d’intensifier notre action sur ce segment, avec pour ambition de devenir coleader du tourisme d’affaires d’ici à 2025, en accueillant 1,5 million de voyageurs par an. Pour cela, nous voulons créer un Parc des expositions d’une capacité de 5 000 places dans la zone aéroportuaire d’Abidjan.

Un bac assure la liaison entre Abidjan et Jacqueville.

Un bac assure la liaison entre Abidjan et Jacqueville. © Nabil Zorkot/JA

Nous sommes la 12e destination du tourisme de loisirs du continent, ce n’est pas satisfaisant

Grâce à ce projet, nous comptons accueillir dix conférences ou sommets et trente Salons régionaux chaque année. Cela étant dit, pour ce qui est des visites, les chiffres les plus significatifs proviennent du tourisme de loisirs (62 % du volume). Nous devons donc encourager la création d’unités hôtelières, en dehors d’Abidjan, et inciter les investisseurs à s’intéresser à d’autres segments d’activité : le balnéaire, la valorisation de notre patrimoine culturel et historique, notre biodiversité… Aujourd’hui, nous sommes la douzième destination du tourisme de loisirs du continent, au regard de notre potentiel, ce n’est pas satisfaisant. D’ici à 2025, nous voulons compter parmi les cinq premières.

Quel cadre incitatif avez-vous mis en place pour attirer les investisseurs ?

Le gouvernement a adopté, fin 2018, la réforme du code des investissements. La révision du code du tourisme est en cours. L’État va par ailleurs mettre à disposition 3 500 ha de foncier, classés « zones touristiques à développer » pour réaliser les projets dans le cadre de PPP.

Pierre Fakhoury s’est engagé dans la transformation de l’ancien Club Med, à Assinie. Mangalis compte également y ouvrir son premier resort, en 2020, sous son enseigne Noom. Est-ce que d’autres hôteliers vous ont signifié leur intérêt pour développer des projets sur la côte ?

Oui, nous avons eu des discussions avec Golden Tulip (Louvre Hotels). Le groupe Status (Endeavour Mining) veut également construire de nouvelles unités à Assinie. Nous avons engagé des échanges avec la BAD pour le financement.


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À Abidjan, l’un des problèmes pour les hôtels d’affaires est la baisse de leur taux d’occupation le week-end. Le rapport McKinsey met l’accent sur la nécessité de développer une offre de loisirs complémentaire.

Notre stratégie vise à allonger le séjour des touristes à Abidjan, jusqu’à quatre jours, voire six. Nous voulons faire en sorte qu’il y ait davantage d’excursions, dans un périmètre de 50 km, qui permettent aux visiteurs de découvrir le pays profond, en plus de ses plages et du futur parc d’attractions.

Comment avance le projet d’aménagement de la baie de Cocody ?

Ce projet comporte un volet infrastructures, avec la construction d’un pont à haubans, permettant de relier la commune de Cocody à celle du Plateau. Celle-ci devrait durer vingt-quatre mois et fait actuellement l’objet d’une attribution de marché. En parallèle, nous travaillons sur la valorisation de la baie avec Attijariwafa Bank, coordinateur des études stratégiques. Les levées de fonds seront bouclées d’ici à six mois, et la première tranche de valorisation sera achevée d’ici à 2021.

Aéroport d'Abidjan, Côte d'Ivoire. Mars 2016.

Aéroport d'Abidjan, Côte d'Ivoire. Mars 2016. © Jacques Torregano pour JA

Nous devons faire en sorte que le ciel ivoirien soit plus ouvert et plus compétitif

Pour augmenter le nombre de visiteurs, il faudra multiplier les lignes aériennes à destination de la Côte d’Ivoire pour encourager la baisse des prix des vols internationaux. Quelles mesures comptez-vous adopter ?

Nous sommes conscients qu’il faut faire des réformes pour accompagner plus efficacement le développement touristique et hôtelier. Et, parmi les neuf réformes phares que nous avons à piloter, celle de l’aérien figure en première place. Nous devons faire en sorte que le ciel ivoirien soit plus ouvert et plus compétitif. Il faut pouvoir accéder à notre pays à moindre coût. Cela revient à remettre à plat un certain nombre d’agrégats liés à la structure tarifaire de l’assistance à l’escale, aux redevances de survols et d’atterrissage et identifiés comme étant des pesanteurs. Bien évidemment, la question essentielle est d’inciter les compagnies low cost, à partir des tour-opérateurs, à choisir la destination Côte d’Ivoire. Nous allons nous réunir en comité interministériel pour traiter l’ensemble de ces questions.

Comment pouvez-vous le faire sans fragiliser Air Côte d’Ivoire ?

Nous devons réfléchir, avec le ministre des Transports, à ce que la venue de ces compagnies ne cannibalise pas Air Côte d’Ivoire, mais, au contraire, qu’elle serve de levier de croissance pour la compagnie nationale. Air Côte d’Ivoire est déjà partenaire d’Air France. Dans notre volonté d’ériger la Côte d’Ivoire en hub régional, nous pouvons distribuer les rôles intelligemment pour que la compagnie nationale joue un rôle de premier plan pour le groupage des passagers au départ de la Côte d’Ivoire et que ses partenaires soient chargés des dessertes par long-courrier.

En 2015, le Sénégal a supprimé le visa payant pour entrer dans le pays. Est-ce que vous soutenez l’adoption d’une telle mesure ? Plus généralement, est-ce que vous réfléchissez à simplifier la procédure de demande de visa pour entrer sur le territoire ?

Le Premier ministre a accepté la mise en place d’un comité interministériel pour travailler sur cette question. Nous n’écartons pas la possibilité d’aller dans le même sens que le Sénégal si cette mesure est couronnée de succès.

Les sept zones à sécuriser sont les zones balnéaires, à Assinie, à San Pedro et les circuits touristiques

En 2016, la Côte d’Ivoire a été endeuillée par l’attentat meurtrier de Grand-Bassam. Vous comptez sécuriser sept zones touristiques phares. Quel dispositif particulier allez-vous mettre en place ?

Aujourd’hui, nul n’est à l’abri des attaques terroristes. Nous mettrons en place des moyens de fouille, d’assistance avec des caméras de surveillance et des drones de relais, et des systèmes de communication inviolables. Mais la sécurité commence par la gestion de l’information. Le renseignement sera donc au cœur du dispositif qui en train d’être défini. Les sept zones à sécuriser sont les zones balnéaires, à Assinie, à San Pedro et les circuits touristiques que nous souhaitons développer.

D’ici à 2025, le tourisme représentera selon vos prévisions 650 000 emplois. Quels cursus seront mis en place pour former ces professionnels ?

Nous envoyons déjà nos étudiants se former au Maroc, et le roi Mohammed VI a gracieusement offert une école [le Centre multisectoriel de formation professionnelle, à Yopougon], avec une filière de formation consacrée aux métiers du tourisme et de l’hôtellerie. Nous allons créer trois grands centres de formation, dont l’École supérieure de tourisme et de l’hôtellerie. Nous souhaitons améliorer les formations déjà existantes et faire venir des professionnels pour former nos enseignants.

Le pays est stable et le demeurera, jusqu’aux élections et au-delà

En marge du Forum de l’investissement hôtelier africain (Fiha), qui s’est tenu à Marrakech les 7 et 8 février, certains promoteurs ont fait part de leurs inquiétudes sur la stabilité politique du pays en vue de l’élection présidentielle de 2020.

Je tiens à rassurer l’ensemble des acteurs. Le pays est stable et le demeurera, jusqu’aux élections et au-delà. Les fondements de la Côte d’Ivoire sont solides, et ses dirigeants sont conscients de leur rôle pour préserver la paix. C’est le lieu et le moment pour que les acteurs se mobilisent pour prendre le train de l’émergence. Après, ce sera trop tard.

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