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Mode : retour en grâce des perles et des cauris

Lafalaise Dion joue aussi au modèle pour présenter ses créations.

Lafalaise Dion joue aussi au modèle pour présenter ses créations. © joel williams/LAFALAISE DION

Généralement utilisés pour la fabrication des bijoux, les cauris viennent aujourd’hui décorer des coiffes, des sacs ou des sandales… et raconter une autre histoire de l’Afrique.

Au départ, en août 2018, Lafalaise Dion voulait simplement trouver une tenue originale pour Chale Wote, le festival d’art de rue d’Accra, où des créateurs de tous pays multiplient les excentricités. Mais la journaliste du magazine web Elle Côte d’Ivoire, 26 ans, cherchait aussi à créer un lien avec l’art contemporain made in Africa et l’histoire tourmentée de Jamestown – le quartier où se déroule l’événement fut l’un des hauts lieux du trafic d’esclaves.

La réponse tenait entre deux doigts : un cauri. « Bien sûr, ce petit coquillage est très esthétique. Mais il a aussi une charge mystique : il est utilisé pour la divination et, aujourd’hui, un peu diabolisé. On s’en sert aussi comme monnaie, même si les colonisateurs ont tenté de le remplacer par des billets. » Le geste, politique, de Lafalaise ? Se faire une coiffe sertie de cauris, « une manière, assume l’Abidjanaise, de me réapproprier mon histoire, de revendiquer le sens et la valeur de ces coquillages d’avant la colonisation ».

Une coiffe qui fait sensation

La marque s’appuie sur des perles créées artisanalement en Afrique, et une main-d’œuvre angolaise

Cette coiffe fait sensation au festival. « On m’a demandé qui l’avait créée, s’il était possible d’en fabriquer d’autres. Une photo a été publiée dans Vogue puis sur le compte Instagram de Vogue Beauty… Les demandes ont redoublé. » En quelques mois, elle a déjà conçu une trentaine de parures, parfois assorties de perles colorées, à partir de 150 000 F CFA l’unité (environ 220 euros) et prévoit une exposition à la galerie Cécile Fakhoury, à Abidjan.

Ce n’est pas la seule créatrice à revenir à la technique du perlage, encore considéré comme une activité traditionnelle féminine. Mais alors que perles et cauris entrent souvent dans la composition de bijoux, on les voit à présent fleurir ailleurs. Sur les sacs de la société Niomshop, par exemple, fondée par Maria Mateus, d’origine angolaise, aujourd’hui installée au Portugal. La marque s’appuie sur des perles créées artisanalement en Afrique, et une main-d’œuvre angolaise.


>>> À LIRE – Cécile Fakhoury, ou comment faire revivre l’art ivoirien


Créations massaïs

J’ai découvert la formidable créativité des femmes massaïs… et j’ai compris qu’il y avait un vrai marché

Meiro Hassan, Française dont les parents sont originaires du Bénin et du Cameroun, s’est elle aussi lancée dans une aventure entrepreneuriale pour promouvoir le développement local. « En mars 2016, je suis partie au Kenya, et j’y ai découvert la formidable créativité des femmes massaïs. J’ai rapporté de mon séjour une dizaine de paires de sandales décorées de perles… et j’ai compris qu’il y avait un vrai marché. »

Depuis qu’elle a démarré son activité, en mars 2017, avec sa société Ishola, elle a exporté ses sandales perlées de l’Italie au Japon, en passant par les Émirats. Et son chiffre d’affaires a doublé. « L’idée du projet, c’était aussi de contrer le discours misérabiliste sur l’Afrique en montrant qu’un savoir-faire y existe ! » clame la chef d’entreprise.

Aujourd’hui, neuf artisans (dont six femmes) se sont organisés en coopérative pour lui livrer les chaussures qu’elle dessine. « Avant, les femmes utilisaient des ossements peints pour créer des parures… Aujourd’hui nous sommes obligés d’importer nos perles de République tchèque, alors même que le matériau est très travaillé en Afrique. » Peut-être une idée de business pour un autre entrepreneur ?

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