Politique

Guinée : entre Cellou Dalein Diallo et Bah Oury, l’espoir d’une réconciliation s’éloigne

© JA

Après une timide ouverture, le point de non-retour semble être atteint entre Cellou Dalein Diallo, le leader de l’UFDG, le principal parti d’opposition, et Bah Oury, son ancien vice-président.

Entre Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, principal parti d’opposition), et Bah Oury, son ancien vice-président, rentré d’exil il y a tout juste deux ans, le point de non-retour semble atteint. À la mi-janvier, quand Bah Oury avait déclaré sur une radio locale être « disposé à s’asseoir autour d’une table afin de régler les problèmes du parti », nombre de militants s’étaient pourtant pris à rêver d’une réconciliation.

Mais, questionné à ce sujet lors d’un meeting à Paris, qui s’est inscrit dans le cadre d’une tournée européenne, Cellou Dalein Diallo a catégoriquement rejeté cette offre. Et coupé court à tout espoir. « Une minorité du parti est favorable au retour de Bah Oury, notamment les personnes originaires comme lui de la préfecture de Pita, confie une source proche de l’UFDG. La majorité, dont son président, y est hostile car elle craint qu’il ne revienne pour détruire cette formation de l’intérieur. »

Cellou Dalein Diallo. © Vincent Fournier/JA

Nouvelle cible

La direction de l’UFDG soupçonne en effet le dissident d’être « en mission commandée ». De fait, Bah Oury est passé de l’opposition la plus virulente au pouvoir à une attitude plus conciliante. En 2013, il avait été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace dans l’affaire de l’attaque perpétrée le 19 juillet 2011 contre la résidence privée d’Alpha Condé.

Depuis que le chef de l’État l’a gracié, en décembre 2015, son discours s’est adouci et il prône une « opposition constructive ». Parallèlement, Cellou Dalein Diallo, qu’il a accusé de ne l’avoir pas assez soutenu durant son exil en France, est devenu sa nouvelle cible.


>>> À LIRE – Guinée – Bah Oury : « Il faut changer la direction de l’UFDG »


La tension a atteint son paroxysme le 4 février 2016, quand Bah Oury avait été exclu du parti. Dès le lendemain, des affrontements éclataient entre ses partisans et ceux de Cellou Dalein Diallo – affrontements au cours desquels un journaliste, Mohamed Koula Diallo, perdit la vie.

Pour sa responsabilité alléguée dans ce drame, Souleymane Thiâ’nguel Bah, chargé de la communication de l’UFDG, fut traduit en justice, et son procès donna lieu à un grand déballage entre les deux camps adverses. Condamné en janvier 2018 à la réclusion criminelle à perpétuité par contumace, il vit en exil en France, comme autrefois Bah Oury.

Oury Bah (Guinée), vice-président et fondateur de l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), à Paris, le 3.01.2014. © Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

Même si je revenais à l’UFDG, que les choses soient claires : je ne me rangerai jamais derrière Cellou Dalein

Œuvrer à « l’isolement » de Cellou Dalein

Aujourd’hui, la guerre se poursuit sur un second front. Bah Oury conteste son exclusion du parti dont il est le fondateur. Le tribunal de Dixinn, une commune de Conakry, lui a donné raison en première instance. L’affaire est pendante devant la cour d’appel de Conakry.

En attendant, pour continuer à exister politiquement, l’ex-vice-président de l’UFDG, ainsi que Sidya Touré et Lansana Kouyaté, deux anciens Premiers ministres, ont annoncé la création d’une Convergence de l’opposition démocratique (COD). Celle-ci regroupe des formations qui ne se retrouvent pas dans l’Opposition républicaine, l’autre plateforme qui s’est constituée autour de l’UFDG et de Cellou Dalein Diallo.

Et Bah Oury ne cache plus son intention d’œuvrer à « l’isolement » de son adversaire. « Je me suis toujours montré ouvert au dialogue, explique-t-il. Cellou Dalein et ses partisans ont toujours répondu niet. Même si je revenais à l’UFDG, que les choses soient claires : je ne me rangerai jamais derrière Cellou Dalein. » On comprend mieux pourquoi l’intéressé, qui n’a nulle envie de céder son fauteuil de président, repousse l’idée même d’une réconciliation…

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