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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Sénégal : un « coup KO » réussi pour Macky Sall»

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Politique

Présidentielle au Sénégal : comment Macky Sall s’est placé en maître du jeu

Le complexe Dakar Arena, à Diamniadio, inauguré en août 2018. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Favori de la présidentielle sénégalaise du 24 février, le chef de l’État sortant, Macky Sall, a su exploiter à son profit la disparition des mastodontes et la recomposition de l’échiquier politique qu’elle a entraînée.

Depuis le 3 février, comme ses concurrents, il multiplie « caravanes » et meetings aux quatre coins du pays. Mais après un septennat à la tête de l’État, Macky Sall n’a pas attendu le top départ de la campagne pour s’élancer : depuis plusieurs mois déjà, il inaugure sans relâche. Un marathon débuté le 7 décembre 2017, quand il a imposé l’entrée en service de l’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), qui pouvait pourtant sembler prématurée.

La veille, il avait inauguré l’hôtel Radisson Blu de Diamniadio, censé héberger les conférenciers venus tout au long de l’année au Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad), à quelques dizaines de mètres de là. Trois chantiers emblématiques de son premier mandat. Depuis, le président-candidat a enchaîné les « baptêmes ». Ici le complexe Dakar Arena, là un pont désenclavant la Casamance, une autoroute vers la ville sainte de Touba, une mosquée à Guédiawaye, un TER (train express régional) qui desservira la banlieue dakaroise, un avion aux couleurs de la compagnie nationale, un building administratif refait à neuf…

AP/SIPA

À ceux de ses détracteurs qui seraient tentés d’ironiser, il pourrait rétorquer que lui-même n’a pas inventé l’exercice. En février 2012, Abdoulaye Wade n’avait-il pas exigé que l’avion présidentiel se pose sur le tarmac d’un AIBD encore embryonnaire, constitué d’herbes folles et de terre battue, afin de faire valoir symboliquement qu’il en était le géniteur ?

Une élection orpheline

Pour l’emporter le 24 février, Macky Sall met donc en avant son bilan. En coulisses, ce fin stratège s’est aussi donné les moyens de réduire à sa plus simple expression la menace portée par ses concurrents. La justice et le Conseil constitutionnel ont certes contribué à lui dégager la voie, écartant deux challengers de taille pour cause de condamnation (Karim Wade et Khalifa Sall) et vingt autres candidats pour défaut de parrainages en règle, faisant hurler l’opposition à la purge stalinienne. Pourtant la théorie du complot ne saurait tout expliquer.

Pour la première fois depuis la fin du régime à parti unique, la présidentielle sera orpheline de ses deux formations historiques : le Parti socialiste (PS, y compris les structures issues de ses rangs depuis la fin des années 1990) et le Parti démocratique sénégalais (PDS). Sous l’égide d’Ousmane Tanor Dieng, le premier s’est dissous spontanément dans la coalition au pouvoir, en acceptant d’œuvrer à la réélection de Macky Sall. Sa branche dissidente, l’Alliance des forces de progrès (AFP), a fait de même sur l’ordre de Moustapha Niasse.

Quant au PDS, l’ancien parti de Macky Sall, devenu la principale formation d’opposition, il n’en finit pas de se déliter, entre un candidat en exil (Karim Wade), une direction tricéphale (établie à Versailles, Doha ou Dakar, selon les jours) et un dirigeant qui refuse d’abandonner le leadership, malgré ses 92 ans, au risque de voir la totalité de ses cadres prendre le large. Macky Sall n’a eu qu’à récolter les fruits de ce processus.


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Si la présidentielle 2019 parvient à se frayer une place dans les annales de la vie politique sénégalaise, ce ne sera sans doute pas en raison de son suspense. Même si rien n’est encore joué, il n’est un secret pour personne que Macky Sall, à la tête d’une coalition solide électoralement, soudée derrière son champion, part en position de favori face à une opposition réduite aux acquêts.

Grand chamboule-tout

Ce ne serait pas la première fois, dans ce pays, qu’un président sortant l’emporte dès le premier tour – loin de là. Plus inédite en revanche est la recomposition du paysage politique intervenue depuis 2012, laquelle n’est pas sans rappeler, toutes proportions gardées, l’extinction des dinosaures à la fin du Crétacé. Exit les mastodontes !

Landing Savané, Abdoulaye Bathily, Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse ou Abdoulaye Wade ont passé l’âge de briguer les suffrages ; Djibo Leyti Kâ est décédé ; Khalifa Sall, exclu du PS pour dissidence, est mis hors course par la justice ; Cheikh Bamba Dièye a déclaré forfait… Parmi les grands chefs de parti d’avant 2012, seul Idrissa Seck a survécu.

Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Cette nouvelle donne a créé un appel d’air pour la génération suivante, celle des Ousmane Sonko, Bougane Guèye Dany, Thierno Bocoum, Samuel Sarr, Moustapha Guirassy ou Karim Wade – dont certains pensent déjà à 2024. Mais elle a aussi accentué un travers national : la transhumance, rendant parfois indéchiffrable la partie d’échecs en cours. Les principaux adversaires de Macky Sall lorsqu’il était le Premier ministre d’Abdoulaye Wade sont aujourd’hui ses meilleurs alliés.


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Et ses camarades de parti de l’époque sont désormais ses pires détracteurs. Entre les deux, nombre de responsables l’ayant critiqué ces sept dernières années sont pourtant venus le rallier in extremis, à quelques mois, ou jours, du scrutin.

Pas facile de s’y retrouver dans ce grand chamboule-tout. Au soir du 24 février, les résultats respectivement obtenus par Ousmane Sonko et El Hadji Issa Sall, deux nouveaux venus, seront un indice de la façon dont les électeurs s’accommodent de ce « new deal ». Car depuis la première présidentielle pluraliste, en 1978, seuls des candidats issus du sérail sont parvenus à se distinguer lors d’une élection à la magistrature suprême.


D’un scrutin l’autre

• Le candidat élu président le sera pour un mandat de cinq ans et non plus sept, conformément au référendum constitutionnel du 20 mars 2016, approuvé à 59,64 % des suffrages exprimés.

• Dernier test électoral en date, les législatives du 30 juillet 2017 ont été favorables à la coalition gouvernementale Benno Bokk Yakaar (BBY, « unis par l’espoir »), qui a obtenu 49,5 % des voix et 125 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale.

• Pour qu’il n’y ait ni confusion ni collision, les prochaines locales, qui auraient dû se tenir le 23 juin, ont été ajournées au 1er décembre

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