Politique

Tunisie – Faouzi Abderrahmane : « Le pays doit choisir entre le nouveau monde et l’ancien »

Faouzi Abderrahmane, Ex-ministre de l’Emploi, membre fondateur d’Afek Tounes, aujourd’hui indépendant © sigma conseil, janvier 2019

Ex-ministre de l’Emploi, membre fondateur d’Afek Tounes et aujourd’hui indépendant, Faouzi Abderrahmane s'inquiète de la situation politique dans son pays.

Entre islamistes et modernistes, le petit jeu des alliances a repris de plus belle en Tunisie. Avec en point de mire les législatives d’octobre et la présidentielle de novembre. Éclairages avec un fin connaisseur de la scène politique.

Jeune Afrique : À neuf mois des élections, comment percevez-vous les grandes manœuvres en cours ?

Faouzi Abderrahmane : C’est une guerre de positionnement à visées électorales : en dehors des islamistes et de l’extrême gauche, tous veulent se maintenir dans le mouchoir de poche du centre, en appelant à la création de « fronts ». Ces partis devraient représenter une majorité dans l’électorat. Sauf qu’il n’y a pas de réel effort pour définir le contenu de cet espace centriste.

L’ancien système fustige ces nouveaux acteurs en leur disant : « Qui êtes-vous pour faire de la politique ? La politique, c’est moi »

Chacun en a sa propre définition, sans projection dans un État national, rationnel, à même de fédérer. Les débats identitaires n’ont servi qu’à cloisonner. Et l’ancien système fustige ces nouveaux acteurs en leur disant : « Qui êtes-vous pour faire de la politique ? La politique, c’est moi. » La construction de l’État – moderne et intégré géostratégiquement, dans un monde qui évolue très vite – est inachevée. Les Tunisiens ne sont pas encore réunis autour d’une transition démocratique. Le pays doit choisir entre le nouveau monde et l’ancien.

Pourquoi les modernistes ne parviennent-ils pas à s’unir ?

Cette famille existe-t-elle réellement ? Elle a été édifiée sur de la nostalgie et non sur une projection du monde de demain. Elle n’a pas d’ancrage historique, sociologique et culturel. Elle n’existe que par le biais de clivages artificiels sur des questions d’identité et des positionnements politiques. C’est insuffisant pour s’unir – car l’appartenance ne se décrète pas, ce sont des actes qui l’installent – et pour souder un peuple, car celui-ci n’avance pas avec la peur mais avec l’espoir.


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Les jeunes politiciens se sont tant approprié l’ancien système que personne n’a su nourrir cet espoir. Les élites ayant démissionné, la sphère publique accapare les débats sans être outillée pour. C’est ainsi qu’émergent l’arrogance et l’inculture, germes de la dictature.

La démocratie est-elle en danger ?

En partie, en raison de l’absence d’une culture de l’État et d’un pacte social qui organise la vie collective selon des règles. La volonté, exprimée par certains, de construire une société parallèle qui ne reconnaisse pas les normes de la République est une menace. La privatisation de l’État au profit de partis et la rémanence de l’idée de butin nous font renouer avec le tribalisme classique.

Avec une touche de modernité, je le concède, qui prend la forme de corporations et de lobbys. « La patrie avant les partis » n’est resté qu’un slogan. Quant au volet économique du pacte social, il a été négligé alors que c’est un socle pour la liberté d’entreprise et l’égalité des chances. Il faut absolument séparer le pouvoir économique du politique.

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