Livres

Littérature : « Hunger », le témoignage bouleversant de Roxane Gay sur sa relation avec son corps

Roxane Gay reçoit son prix Freedom to Write au 25e festival annuel des prix de l'alphabétisation organisé par le PEN Center USA le lundi 16 novembre 2015. © Matt Sayles/AP/SIPA

Victime d’un viol collectif, l’auteure du best-seller Bad Feminist, Roxane Gay, revient dans « Hunger » sur le rapport qu’elle entretient depuis avec son corps et la nourriture.

Le New York Times qualifie Hunger, essai intimiste signé Roxane Gay, de « lumineux ». Le terme n’est pas tout à fait adéquat. En racontant l’histoire de son corps obèse, de la relation qu’elle entretient avec ce dernier et de sa faim sans limites, cette auteure « hors norme » de 44 ans livre un témoignage fiévreux, percutant et puissant qui relève plus des méandres sombres et vertigineux d’un esprit tourmenté que d’une aventure introspective entreprise sur un chemin menant vers une salutaire révélation.

Roxane Gay le dit elle-même : « L’histoire de mon corps n’est pas le récit d’un triomphe », « mon histoire n’est pas celle d’une réussite », « ce livre est une confession ». Une confession qui tient de l’universel mais aussi de ce féminisme imparfait qu’elle revendiquait déjà dans son best-seller, Bad Feminist. Parce qu’en se confessant de la sorte Roxane Gay dénonce aussi les dérives de la société contemporaine, du voyeurisme à la violence que peut susciter une enveloppe corporelle qui prend trop de place. Et qui, paradoxalement, n’a pas voix au chapitre au sein de l’espace public.

Manger pour tenter d’effacer le traumatisme

Le récit commence par l’une de ses « vérités » : 261 kg pour 1,91 mètre à l’approche de la trentaine – soit le poids le plus élevé qu’elle ait jamais atteint. Comment en est-elle arrivée là ? En 300 pages, on saisit comment des liens entre agression sexuelle et troubles du comportement alimentaire peuvent se nouer pour ne plus jamais se rompre. Roxane Gay avait 12 ans quand elle fut victime d’un viol collectif dont elle ne parla alors à personne. À partir de ce moment, il lui fallut s’effacer, devenir invisible aux yeux des hommes en prenant de plus en plus de poids. Un poids avec lequel elle compose, qui alimente sa souffrance, régit ses relations sociales et sentimentales, ses phases de recul ou de fuite en avant.


>>> À LIRE – Corps et sexualité : où en est l’Afrique ?


« Je mangeais, je mangeais, mais rien de ce que je mangeais ne m’est resté en mémoire, si ce n’est la quantité. Je mangeais déraisonnablement, pour combler la blessure béante en moi, ou pour essayer de le faire. J’avais beau manger, j’étais toujours aussi terrifiée par les gens et les souvenirs que je ne pouvais fuir. » Si ce témoignage prend à la gorge, révolte, dégoûte même parfois, il n’est en rien larmoyant. Roxane Gay a finalement trouvé une arme lui permettant de remporter quelques batailles sans toutefois gagner la guerre dans laquelle elle est empêtrée : l’écriture.

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte