Politique

Niger : après le limogeage d’Hassoumi Massaoudou, la bataille pour la succession à la tête de l’État

Massaoudou Hassoumi (Niger), ministre de l'Intérieur du Niger.Hôtel Le collectionneur, 57, rue de Courcelles; 75008 Paris le 2 juillet 2015.© Sandra Rocha pour Jeune Afrique

Massaoudou Hassoumi (Niger), ministre de l'Intérieur du Niger.Hôtel Le collectionneur, 57, rue de Courcelles; 75008 Paris le 2 juillet 2015.© Sandra Rocha pour Jeune Afrique © Sandra Rocha pour JA

Véritable séisme politique, le limogeage de Hassoumi Massaoudou, le puissant ministre des Finances, a donné le coup d’envoi de la bataille pour la succession de Mahamadou Issoufou.

Il a suffi de quelques secondes, ce jeudi 31 janvier au soir, à la télévision nationale, pour bouleverser la scène politique du Niger. Quelques mots, sans explication ni fioritures, et le ministre des Finances, Hassoumi Massaoudou, était débarqué du gouvernement. Aussitôt, ses détracteurs ont fêté sa chute. L’opposition, qui a tant fustigé sa loi de finances 2018, perdait un de ses principaux adversaires.

Mais c’est au sein du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir), dont Massaoudou est l’un des fondateurs, que le séisme a été le plus fort. Dans les arcanes du pouvoir, y compris au gouvernement, beaucoup ont été surpris par la décision du chef de l’État.

L’affaire durait pourtant depuis plusieurs semaines. « Massaoudou essayait d’entretenir une dissidence à l’intérieur du parti », affirme une source au PNDS. Son objectif : la présidentielle de 2021. Constitutionnellement, Mahamadou Issoufou n’a pas le droit de se présenter en vue d’un troisième mandat.

La route est donc théoriquement ouverte. Massaoudou, qui connaît mieux que personne les rouages du pouvoir, le sait. Il a occupé tous les postes d’importance : direction du cabinet présidentiel, ministères de la Communication, de l’Intérieur, de la Défense, des Finances… Il a désormais d’autres ambitions et, à deux ans du scrutin, estime que le temps est venu de se dévoiler davantage. Sans se déclarer officiellement, il laisse faire ses soutiens.

Des ambitions connues de tous

Dans sa région de Dosso tout autant qu’à Niamey, la rumeur de sa candidature enfle. Dans la capitale, l’hypothèse est évoquée jusqu’au sein du comité exécutif du parti (le présidium), composé de treize membres, et notamment par l’ex-ministre des Affaires étrangères Aïchatou Kané Boulama, secrétaire générale adjointe chargée de la communication.

Le mari de cette dernière, Souleymane Kané, conseiller à la présidence, s’en fait également le relais, tout comme, dans une moindre mesure, Mahamadou Karidjo, ancien ministre de la Défense. Et l’un des proches de Massaoudou se charge de convaincre certains ministres. « Il peut avoir des ambitions, mais il doit respecter le rythme et l’unité du parti », rétorque un des politiques sollicités.

Le timing de Massaoudou n’était pas mauvais s’il voulait revenir dans la course

Hassoumi Massaoudou paraît avoir un objectif : bouleverser le calendrier. Officiellement, le PNDS ne doit se choisir un candidat qu’au second semestre 2020, à l’occasion d’un congrès d’investiture au cours duquel les militants valideront ou non une proposition du présidium. Mais au sein du comité Massaoudou est devancé par Mohamed Bazoum, puissant ministre de l’Intérieur et président du PNDS (lire ci-contre).

Bien sûr, celui-ci ne s’est pas officiellement déclaré candidat. Cependant, ses ambitions sont connues de tous, et l’homme « est déjà lancé dans une campagne qui ne dit pas son nom », estime Issoufou Yahaya, politologue nigérien. « Le timing de Massaoudou n’était pas mauvais s’il voulait revenir dans la course », ajoute ce dernier.

On l’avait pourtant prévenu

En 2015, à Paris. Au sein du parti au pouvoir, on lui reproche de ne pas avoir tu ses ambitions.

En 2015, à Paris. Au sein du parti au pouvoir, on lui reproche de ne pas avoir tu ses ambitions. © Sandra Rocha pour JA

Mais son initiative n’a pas plu, y compris au sommet de l’État, bien que Mahamadou Issoufou soit un de ses camarades de lutte et de pouvoir depuis plusieurs décennies. « Le chef de l’État reste le maître du calendrier », confie un proche de la présidence. Selon un de ses vieux camarades, Hassoumi Massaoudou avait même été prévenu de la dangerosité de la manœuvre qu’il venait de lancer. « Il ne pouvait pas ignorer les conséquences. Lui-même est un homme rigoureux, très à cheval sur le respect des textes », ajoute cette source.


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Dans le passé, Massaoudou avait d’ailleurs à plusieurs reprises, au sein du comité exécutif du parti, plaidé en faveur de l’exclusion de frondeurs (notamment l’ex-ministre des Affaires étrangères Ibrahim Yacouba, passé à l’opposition en 2015), là où d’autres se seraient contentés d’un avertissement. « C’est un homme qui veut que chacun obéisse aux ordres et aux textes, j’ai été surpris qu’il manœuvre de cette façon, confie un collègue au gouvernement. Le parti survit – et gagne – par la discipline. Notre histoire est trop récente pour que l’on puisse s’offrir le luxe de la division. » « Nous ne voulons pas finir comme le Parti socialiste français », ajoute un militant.

Mis « sous surveillance »

Hassoumi Massaoudou doit-il s’attendre à être exclu du parti au pouvoir, dont il est secrétaire général ? Le scénario a été évoqué au plus haut de la formation. Certains espéraient même que cette décision serait prise dès le 10 février, date de la réunion du comité exécutif. Mais l’hypothèse aurait été écartée au profit d’une mise « sous surveillance ». L’ex-ministre est en sursis. Mais cela sonne-t-il le glas de la stratégie qu’il espérait mettre en place ? Difficile de l’imaginer se construire un destin à l’extérieur du PNDS, à l’instar d’Ibrahim Yacouba, qui avait profité de son exclusion pour lancer sa carrière d’opposant. Massaoudou « manque de base électorale », explique une source au PNDS, qui souligne qu’« il a été battu à plusieurs reprises aux législatives ».

C’est Issoufou qui finira par favoriser l’un ou l’autre pour qu’il soit proposé par le présidium

Contacté par Jeune Afrique, Hassoumi Massaoudou n’a pas souhaité s’exprimer. Poursuivra-t-il son plan ou n’était-ce qu’un ballon d’essai ? L’initiative a du plomb dans l’aile. Plusieurs de ses soutiens ont fait volte-face et sont rentrés dans le rang, tandis que Mohamed Bazoum sort renforcé de cet épisode. D’autres personnalités comme le Premier ministre, Brigi Rafini, ou le ministre de la Défense, Kalla Moutari, peuvent en outre nourrir des ambitions.


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« C’est Issoufou qui finira par favoriser l’un ou l’autre pour qu’il soit proposé par le présidium », explique le politologue Issoufou Yahaya. Une chose est sûre : Hassoumi Massaoudou a ouvert le débat, alors que le parti n’avait pas prévu de se choisir un candidat, par consensus, avant au moins un an. Et une source gouvernementale de s’interroger : « Cela peut d’ores et déjà lancer la campagne. Au PNDS, chacun a ses soutiens et son réseau, qui l’encouragent à se dévoiler. Le mieux serait de contenir les ambitions et de conserver l’unité. Mais est-ce que nous y parviendrons ? »


Un boulevard pour Bazoum aux prochaines élections ?

Mohamed Bazoum serait-il le principal bénéficiaire du camouflet politique infligé à Massaoudou ? Le ministre de l’Intérieur se garde bien de s’exprimer officiellement sur la situation. Attiré par l’échéance de 2021, il se sait, en tant que président du PNDS, garant de l’unité du parti aux yeux de Mahamadou Issoufou. « Il a des qualités, mais il lui faut rester prudent », analyse le politologue Issoufou Yahaya.

« Candidat naturel »

Ex-ministre des Affaires étrangères, il est, à l’image de Hassoumi Massaoudou, un des seuls à connaître les rouages de l’État. Et il maîtrise son fief de Tesker (Zinder), où il a été cinq fois élu député. « Bazoum est le seul, avec Issoufou, à pouvoir se prévaloir de contrôler un département », confie un ministre. Mais la route vers 2021 n’est pas dégagée. De l’avis de beaucoup, ses origines arabes – il est issu de la tribu des Ouled Slimane, ultra-minoritaire – pourraient être un frein. Et d’ici à la mi-2020, plusieurs adversaires risquent de se lancer. « Candidat naturel », selon ses soutiens, il ne doit brusquer ni le parti ni le chef de l’État pour conserver ses chances.

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