Politique

RDC : Félix Tshisekedi, un président très entouré

Félix Tshisekedi (au centre) et Vital Kamerhe (à sa dr.), lors du lancement de leur coalition de campagne, le 23 novembre 2018, à Nairobi.

Félix Tshisekedi (au centre) et Vital Kamerhe (à sa dr.), lors du lancement de leur coalition de campagne, le 23 novembre 2018, à Nairobi. © Yasuyoshi CHIBA/AFP

Certains accompagnent Félix Tshisekedi depuis longtemps. D’autres l’ont rejoint plus récemment, quand ils ne lui ont pas été « légués » par son prédécesseur…

Lorsque, réunis à Nairobi le 23 novembre dernier, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe ont formé leur coalition de campagne, drôlement baptisée Cach (Cap pour le changement), l’objectif était clair : porter le premier à la présidence et le second à la primature. Mais la politique congolaise regorge de bizarreries et d’imprévus. Aussi, en dépit du fait que Félix Tshisekedi a été proclamé vainqueur de la présidentielle, le 10 janvier, Cach est très loin d’avoir obtenu la majorité aux législatives organisées simultanément. Avec 337 sièges sur 500, la coalition de Joseph Kabila domine largement à l’Assemblée nationale.

L’ambitieux Vital Kamerhe a d’abord cherché la faille, dans ce bloc, pour construire ce qui devait être sa majorité. Lui-même ancien président de l’Assemblée, il savait que, pour ce faire, il lui faudrait tendre la main à l’opposition et débaucher plusieurs chefs de parti alliés à Kabila. Mais Vital Kamerhe sent le rapport de force comme personne, et il n’a pas tardé à changer de stratégie. « Sans majorité au Parlement, le poste de Premier ministre ne pouvait nous revenir, explique un proche de Félix Tshisekedi. Kamerhe a donc été nommé directeur de cabinet à sa demande. »

Pièce maîtresse

De cette tour de contrôle à la présidence, le leader de l’Union pour la nation congolaise (UNC) devrait être une pièce maîtresse du quinquennat à venir. Il pourra mettre à profit sa très grande expérience du jeu politique pour être l’interface entre le chef de l’État et la majorité. Son influence devrait toutefois être contrebalancée par celle du conseiller spécial en matière de sécurité du président, François Beya Kasonga. Traditionnellement, en RD Congo, il s’agit du seul membre du cabinet à ne pas dépendre de son directeur : il a un accès direct au chef de l’État.

Tout aussi expérimenté que Kamerhe puisqu’il a commencé sa carrière de sécurocrate sous Mobutu, Beya dispose d’un positionnement stratégique. Pendant huit ans, il a dirigé la Direction générale de migration (DGM), service très important du pouvoir congolais et l’un des mieux organisés de l’État. Présenté comme un modéré, il reste un des piliers du camp Kabila.

Mais il a su aussi gagner la confiance de la famille Tshisekedi depuis de longues années. Dans le reste de l’opposition congolaise, on le considère même comme le principal artisan du rapprochement entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. « Nous le connaissons bien et depuis longtemps », explique-t-on dans l’entourage du nouveau président. Beya a d’ailleurs obtenu que Roland Kashwantale, un de ses proches à la DGM, lui succède. Il dispose, en outre, d’un important réseau dans la sous-région, en particulier à Brazzaville.

Protocole de la présidence

Viennent ensuite les nombreux cadres de la campagne, qui entendent bien jouer un rôle dans le quinquennat qui s’ouvre. Le charismatique François Muamba, qui fut tour à tour militant de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), ministre de Mobutu, bras droit de l’opposant Jean-Pierre Bemba et titulaire d’un poste sous Joseph Kabila, a rédigé l’essentiel du programme économique de Tshisekedi.

Vidiye Tshimanga, homme d’affaires proche des « combattants », les militants de base de l’UDPS, a été le porte-parole de la campagne. Ce quadra murmure – littéralement – à l’oreille de Félix Tshisekedi, comme on l’a vu lors du dîner de gala donné au soir de l’investiture.

À l’avenir, ce type d’événements devrait être géré par le protocole de la présidence, et Félix Tshisekedi ne l’a pour l’instant pas remanié. Il y dispose déjà de connaissances, à commencer par John Nyakeru, grand frère de la première dame, Denise Nyakeru Tshisekedi. C’est lui qui était en charge du protocole lors de la première visite du chef de l’État à l’étranger, le 5 février.


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Autre membre de la famille présent dans la délégation à Luanda : Gilbert Mundela. Homme de Félix Tshisekedi aux États-Unis, il a notamment travaillé avec Pamoja USA, le cabinet de lobbying embauché pour la campagne. Cousin éloigné du président et militant de longue date de l’UDPS, il a connu la disgrâce après s’être rangé derrière François-Xavier Beltchika lors de la dissidence de 2009, mais il est depuis revenu dans le premier cercle.

De nombreux postulants

L’ancien bâtonnier de Kinshasa Me Jean-Joseph Mukendi, jadis proche d’Étienne Tshisekedi, a connu le même cheminement au sein du parti, pour finalement devenir l’avocat du nouveau président devant la Cour constitutionnelle. Le directeur de cabinet adjoint à la présidence, Désiré-Cashmir Kolongele Eberande, est aussi un professionnel du droit : il est avocat et professeur à l’Unikin, l’Université de Kinshasa. Félix Tshisekedi s’est rapproché de lui en 2016, à l’époque où il se préparait à entrer à la primature, ainsi que le prévoyait l’accord de la Saint-Sylvestre.

Me Peter Kazadi, directeur de cabinet adjoint de Félix Tshisekedi à la présidence de l’UDPS, peut légitimement prétendre au statut de chef des questions juridiques du parti. Cet habitué des médias a en plus des compétences en matière de communication. C’est aussi le cas de l’assistant du président, Michee Mulumba, diplômé de l’Institut facultaire des sciences de l’information et de la communication (Ifasic) de Kinshasa. La porte-parole de Vital Kamerhe, Lydie Omanga, a également été affectée à la communication de la présidence.

Plus discret, Claude Ibalanky a ouvert des portes à Félix Tshisekedi dans la sous-région. S’il n’est pas militant de l’UDPS, cet homme d’affaires – et de réseau – jusque-là implanté en Afrique du Sud s’est beaucoup rapproché du nouveau président depuis deux ans – Félix lui doit une rencontre avec le président sud-africain de l’époque, Jacob Zuma, en février 2017. Claude Ibalanky est aussi l’artisan des relations du nouveau pouvoir avec le Kenya : Uhuru Kenyatta était le seul chef d’État étranger présent à l’investiture du président, le 24 janvier, à Kinshasa. Reste à savoir si, sans la maîtrise du gouvernement, le président sera en mesure de trouver à tous des postes à la hauteur de leurs espérances.


Cadeau de départ

Joseph Kabila, lors de l’investiture de son successeur, le 24 janvier,à Kinshasa. © Olivia Acland/REUTERS

Avant de quitter le pouvoir, Joseph Kabila a effectué une longue série de nominations par trois ordonnances datées du 27 décembre 2018. La première a « élevé » 26 personnalités au rang d’ambassadeur, parmi lesquelles l’historien Elikia M’Bokolo ou encore les enfants de feu Patrice Émery Lumumba, Juliana et Roland. Elles viennent s’ajouter aux ambassadeurs existants pour constituer le nouveau vivier dans lequel Félix Tshisekedi devra puiser pour conduire des missions à l’étranger.

L’ancien président a aussi nommé général de brigade huit officiers des Forces armées congolaises. Enfin, il a donné le grade de directeur à plus de 1 200 fonctionnaires de différents ministères. Cent cinquante-sept nouveaux directeurs font ainsi leur apparition aux seules Affaires étrangères. Et à moins que Félix Tshisekedi ne choisisse de revenir sur ces décisions, ce seront autant de nominations auxquelles il ne pourra procéder lui-même.

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