Politique

Cameroun : la crise anglophone se répercute au Nigeria

Poste-frontière de Mfum, dans l’état de Cross River, au Nigeria. © PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Partenaires commerciaux naturels, le Nigeria et le Cameroun partagent plus de 1 500 km de frontière. Côté camerounais, la ligne de démarcation passe notamment dans la région du Sud-Ouest, en proie aux affrontements entre militaires et sécessionnistes.

Les troubles perturbent, depuis deux ans l’approvisionnement des États nigérians voisins en produits forestiers tels que l’éru, la mangue de brousse, mais aussi en cacao, caoutchouc, riz, maïs, tubercules, plantain ainsi qu’en aluminium, ustensiles et draps.

De son côté, le Cameroun a subi une chute massive des importations de produits de base, électroniques et de pièces détachées automobiles. La violence est telle qu’actuellement les camions ne circulent presque plus dans le corridor Bamenda-Enugu financé par la BAD et dont les travaux, qui ont coûté 17 milliards de F CFA, ont été achevés en 2016. Les chauffeurs n’osent plus emprunter cet axe, où les kidnappings et les vols de marchandises se sont multipliés.

Des exportations en forte baisse

Dans un rapport publié en septembre dernier, le Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) indiquait que le manque à gagner en matière d’exportation de café et de cacao atteignait 56 milliards de F CFA, ce qui représentait 20 % des recettes attendues par le Cameroun. Pour les 210 000 planteurs de la région du Sud-Ouest, c’est une perte de 35 milliards de F CFA pour la campagne 2017-2018. Craignant pour leur sécurité, les hommes d’affaires nigérians résidant au Cameroun, qui assurent les importations vers leur pays d’origine, ont préféré rentrer chez eux.


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Kevin Ndubuisi, président de l’une des organisations nigérianes de commerçants à Kumba, estime qu’au moins 50 d’entre eux ont quitté le Cameroun. La baisse des échanges se traduit aussi par une chute des recettes pour l’administration. Au poste douanier secondaire d’Abuenshie, dans la région du Nord-Ouest, qui permet de rallier Abong, dans l’État de Taraba, elles sont passées de 12 millions de F CFA en 2015 (avant le conflit) à un peu plus de 4 millions de F CFA en 2017.

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