Elections

[Édito] Algérie, Tunisie, Mauritanie : trois scrutins, trois cas d’école

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Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Un bureau de vote au Maghreb, en 2011 (photo d'illustration). © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Huit ans après la vague de contestation qui a suivi la « révolution » tunisienne, comment ont évolué les trois pays du Maghreb où aura lieu cette année une élection présidentielle ? Je veux parler, bien sûr, de l’Algérie, de la Tunisie et de la Mauritanie (le scrutin annoncé en Libye étant des plus hypothétiques). Les enjeux y sont bien différents. Les chemins parcourus depuis 2011, aussi.

Traumatisée par une décennie de guerre civile, l’Algérie a fait le choix de la stabilité à tout prix. Donc de l’immobilisme, in fine, dans tous les domaines : politique, économique et social. La formidable manne pétrolière des années 2000-2014 a longtemps permis aux autorités de construire nombre d’infrastructures et de maintenir la paix sociale à coups de subventions, d’allocations et de créations d’emplois publics. Ce temps est révolu.

L’économie algérienne se retrouve presque dans la même situation qu’avant les années fastes : agriculture insuffisamment développée, industrie obsolète, secteur informel tentaculaire et climat des affaires peu propice à l’investissement et à la création d’entreprise. Qu’adviendra-t-il quand Bouteflika (bientôt 82 ans, dont vingt à la tête du pays) ne sera plus aux commandes ? Personne n’en a la moindre idée. La situation quasi apocalyptique qui prévalait en 1999 n’est certes plus qu’un mauvais souvenir : l’Algérie est aujourd’hui en paix. Son potentiel, naturel comme humain, est indéniable. Mais de ces trois pays, elle est celui dont les perspectives d’avenir sont les plus floues. Donc les plus inquiétantes.

Tunisie : en attendant 2024

À l’inverse, la Tunisie a suivi une trajectoire beaucoup plus dynamique. Doux euphémisme… Après la chute de Ben Ali, elle a choisi de faire table rase du passé, de se réinventer, d’explorer de nouvelles voies. À (long) terme, nul doute que l’expérience portera ses fruits, mais en attendant, c’est le grand bazar ! Instabilité, insécurité, absence de vraies réformes, manque d’autorité de l’État, classe politique obnubilée par les jeux politiciens, fracture sociale, indicateurs macroéconomiques préoccupants…

Les politiques finiront par être à la hauteur des enjeux, quand ils auront achevé leur apprentissage démocratique et assuré leur renouvellement

Les Tunisiens sont encore loin de voir le bout du tunnel. En 2011, ils ont fait le choix de renverser la table. Ce n’était pas le plus simple. Reste que mieux vaut, dès le départ, régler les problèmes de fond une fois pour toutes plutôt que de devoir sempiternellement colmater les brèches d’un navire qui prend l’eau de toutes parts. Mais à l’évidence, les politiques actuels, de tous bords, ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ils finiront sans doute par l’être, quand ils auront achevé leur apprentissage démocratique et assuré leur renouvellement. Sans doute pas cette année, mais, peut-être, à l’occasion de la présidentielle de 2024 ?

Mauritanie : éloge de la continuité

En Mauritanie, la classe dirigeante n’a jamais été effleurée par le vent du changement. Mohamed Ould Abdelaziz y a pris le pouvoir par un coup d’État, en août 2008 (après avoir, en 2005, contribué au renversement de Maaouiya Ould Taya). Dix ans après sa première élection, il s’apprête, déjouant le scepticisme ambiant, à passer la main. Il serait pourtant vain d’attendre une quelconque alternance : « Aziz », c’est un secret de Polichinelle, devrait faire la courte échelle à son frère d’armes, Mohamed Ould Ghazouani (62 ans).


>>> À LIRE – Présidentielle en Mauritanie : Aziz évoque la candidature du général Ghazouani


Ce général, chef d’état-major puis ministre de la Défense, impliqué lui aussi dans les putschs de 2005 et de 2008, est un fidèle parmi les fidèles (les deux hommes se connaissent depuis quarante ans). Il devrait par ailleurs bénéficier du soutien de l’Union pour la République (UPR), le parti au pouvoir, qui contrôle l’Assemblée, mais aussi la majorité des régions et des conseils municipaux. Sauf improbable coup de théâtre, la succession sera donc totalement verrouillée. Il est permis d’y voir une sorte d’éloge de la continuité…

Seul point commun entre ces trois pays : la dimension politique y a toujours pris le pas sur l’économie et le social, domaines où les besoins sont pourtant les plus criants. Et les réformes, les plus urgentes. N’est-il pas temps d’inverser l’ordre des priorités ?

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