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Littérature : « Black Dragons Juniors », dans le monde des Panthers parisiens

"Black Dragons Juniors", de Michaël Nerjat. © Présence africaine

Michaël Nerjat évoque, dans un roman, sa jeunesse au sein d’une bande qui écumait la région parisienne dans les années 1990 : les Black Dragons Juniors.

La première fois que Michaël a croisé le chemin des « BDJ », les Black Dragons Juniors, c’était au printemps 1995, à Sartrouville (banlieue parisienne). Il assistait à des matchs de basket sur le playground du grand ensemble où vivait sa famille, la cité des Indes. Lorsque la bande a fait son apparition, sa vie a basculé.

« J’avais 17 ans, Guadeloupéen vivant en banlieue, j’étais au lycée, je me posais plein de questions, se souvient-il. Je voulais des belles fringues, de l’argent, être un homme… Quand j’ai vu le respect qu’ils imposaient, je me suis dit : c’est la réponse à mes questions. »

« Chasseurs de skins »

Vingt ans plus tard, l’adolescent est devenu père de famille et, rétrospectivement, s’amuse de sa naïveté. Mais il ne renie rien de cette jeunesse, dont il a décidé de faire un livre. Un roman qui demeure, il l’assure, très proche de la réalité. Un hommage à l’héritage des Black Dragons, qui furent dans les années 1980-1990 l’une des bandes les plus fameuses de la région parisienne.

À l’époque, la jeunesse vivait au rythme du phénomène skinhead. Les crânes rasés d’extrême droite rôdaient dans les rues, agressant violemment tous ceux dont l’allure ne leur revenait pas : Noirs, Maghrébins, homosexuels, membres de bandes rivales…

Le terrain de chasse favori des Black Dragons, inspirés des Black Panthers américains : La Défense

En réaction, on vit rapidement apparaître des groupes de « chasseurs de skins » : Red Warriors, Ducky Boys, Requins vicieux… Les Black Dragons, inspirés des Black Panthers américains, étaient de la partie. Leur terrain de chasse favori : La Défense, immense zone de commerces et de bureaux située à l’ouest de Paris où convergent nombre de lignes de transport venues de banlieue.


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Au sein des Black Dragons Juniors

Ce n’est pourtant pas cette histoire que raconte Michaël Nerjat. Et pour cause : lui n’a rejoint la bande qu’en 1995. À l’époque, les skins avaient disparu, submergés par le nombre. Quelques anciens Dragons faisaient vivre le mouvement, suscitant la création d’une branche « juniors » censée en constituer le bras armé. Mais les activités n’étaient plus les mêmes. « Ils s’étaient un peu perdus, ils avaient glissé dans les trafics et la guerre des gangs », admet Nerjat.

Le livre raconte ces bagarres, ces soirées qui finissent mal, ces trafics grands ou petits, ces braquages un peu improvisés… « Mais je ne regrette rien parce que ce sont eux qui m’ont éduqué, insiste l’auteur. On était un gang, oui, mais discipliné par la pratique des arts martiaux. Et il y avait plus que ça. On nous obligeait à lire, j’ai découvert Frantz Fanon, Thomas Sankara, Patrice Lumumba… On devait même faire des comptes rendus de nos lectures ! »

Ce sont eux qui m’ont transmis l’idée d’affirmation de mon identité noire, qui m’ont fait comprendre que je pouvais espérer réussir dans cette société autrement que par le sport ou la musique

Michaël Nerjat marque une pause, puis reprend avec sérieux : « Sincèrement, ce sont eux qui m’ont transmis l’idée d’affirmation de mon identité noire, qui m’ont fait comprendre que je pouvais espérer réussir dans cette société autrement que par le sport ou la musique. Et puis c’est grâce à eux que je suis devenu écrivain. »

Le livre en appelle d’autres, l’auteur et son éditeur s’étant mis d’accord pour une trilogie. Il sera toujours question de bandes et de bagarres dans le suivant, mais pas uniquement. Les deux chapitres de ce premier tome consacrés à la Guadeloupe – « mes préférés », sourit l’auteur – donnent une idée de ce que pourrait être la suite.

Les souvenirs sont encore nombreux, et certaines traces de ce passé pas si ancien s’effacent déjà : visée par un vaste projet de « rénovation urbaine », la cité des Indes, où Michaël a grandi, a été démolie fin 2018. Les temps changent, même en banlieue parisienne.

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