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BD : Zainab Fasiki, l’artiste qui dénonce le sexisme dans le monde arabe

La BD "Feyrouz Versus the World", de Z. Fasiki, Tosh Fesh, 5,25 euros © DR

Avec ses BD engagées et osées, Zainab Fasiki dénonce le sexisme au Maroc et dans le monde arabe.

Le dessin, Zainab Fasiki en a fait son arme. Avec ses bandes dessinées Feyrouz Versus the World et Hshouma, la bédéiste marocaine de 24 ans s’engage à défendre les droits des femmes. Depuis un an, elle multiplie les conférences en Algérie, au Liban, en Italie… « J’y ai abordé la situation des femmes au Maroc. Il faut bien le dire, c’est la galère… », résume-t-elle sans perdre son sourire.

Avant de vivre de son art, Fasiki entendait travailler en ingénierie mécanique. « Les employeurs ne voulaient pas m’embaucher ou ne me proposaient que des tâches administratives », se souvient-elle. À la maison aussi, cette native de Fès se confronte aux inégalités : « Mes parents m’interdisaient de sortir seule ou d’aller à des festivals de peur que je sois violée et que je déshonore la famille. Mes frères, eux, avaient tous les droits. Aujourd’hui, disons qu’ils respectent mes choix. »


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Harcèlement sexuel

De ce vécu, la bédéiste vient de tirer un premier album, Feyrouz Versus the World. « C’est l’histoire d’une jeune fille qui, rêvant de faire le tour du monde, doit affronter sa famille conservatrice. » L’action se déroule dans la région fictive de Mena, pays allant de l’Iran au Maroc, puisque « nous partageons les mêmes problèmes ».

« On ne peut pas avoir le talent de dessiner et ne pas s’en servir pour dénoncer », insiste l’artiste, qui, après le viol d’une jeune femme dans un bus à Casablanca, en juillet 2017, avait publié un dessin percutant sur Instagram représentant une femme aux vêtements arrachés, et légendé : « Les bus sont faits pour transporter des gens, pas pour violer les filles ». Selon une étude de l’ONU Femmes-Maghreb, plus de 60 % des Marocaines déclarent avoir été harcelées dans l’espace public.

© zainab_fasiki/Instagram

Briser les tabous

« Le problème, c’est l’absence d’éducation sexuelle dans notre société », déplore Fasiki. Alors, pour briser les tabous, l’illustratrice dessine des héroïnes nues. Ce qui lui vaut d’être régulièrement accusée de perversité sur les réseaux. Elle vient aussi de lancer une BD pédagogique intitulée Hshouma (« tabou », en arabe).

Disponible en français et bientôt en darija (dialecte marocain), elle aborde l’orientation sexuelle ou le sexe hors mariage de manière à « normaliser ces sujets passés sous silence par les traditions et la religion ». Quant à l’éventualité de créer la polémique, Fasiki ne s’en inquiète pas. Comme le dit Guillaume Jobin, son éditeur de la maison libanaise Tosh Fesh : « La société est conservatrice, mais aussi en attente de nouveautés. C’est paradoxal, mais ça ouvre des possibilités. »

Women Power

En parallèle, la jeune féministe anime aussi des ateliers au sein du collectif Women Power. Elle a formé une vingtaine de femmes au métier d’illustratrice. Leurs dessins, réalisés sur le thème du harcèlement de rue, ont été regroupés dans un guide. « Il est sorti sous le titre Women Power, précise l’artiste. Pour célébrer l’entrée en vigueur, début septembre, d’une loi qui punit les violences faites aux femmes. Ce qui est encourageant. »

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