Diplomatie

Li Li : « Jamais les relations entre la Chine et le Maroc n’ont été aussi bonnes »

Li Li, L’ambassadeur de la République populaire de Chine à Rabat, le 24 janvier.

Li Li, L’ambassadeur de la République populaire de Chine à Rabat, le 24 janvier. © naoufal sbaoui pour ja

Échanges politiques et économiques, lutte antiterroriste, événements culturels… La coopération entre les deux pays se renforce à tous les niveaux, selon l'ambassadeur de l'empire du Milieu au Maroc.

Depuis quelques années, Pékin met les bouchées doubles pour renforcer ses relations avec le continent. L’ambassadeur de la République populaire de Chine à Rabat, Li Li, incarne cette volonté. En poste depuis août 2017, le diplomate est sur tous les fronts pour doper les échanges économiques, sécuritaires et culturels sino-marocains.

Jeune Afrique : Après plus de soixante ans de relations diplomatiques, la coopération entre la Chine et le Maroc est-elle optimale ?

Li Li : Jamais les relations n’ont été aussi bonnes. Elles se caractérisent par une confiance politique mutuelle accrue, marquée par une maturation des mécanismes de coordination dans tous les domaines, ainsi qu’une meilleure compréhension et un soutien réciproque dans les affaires internationales et régionales.

Autre caractéristique : la coopération économique sans cesse renouvelée offre de belles perspectives dans plusieurs secteurs. Les échanges humains et culturels sont en plein essor. Et cette coopération sino-­marocaine en expansion accélérée n’est qu’un reflet des rapports Chine-Afrique. La visite historique du Premier ministre Zhou Enlai dans quatorze pays asiatiques et africains a jeté une base solide, dans les années 1960, pour les relations sino-marocaines et sino-africaines.

Beaucoup d’acteurs chinois et marocains procèdent à un réajustement pour réduire notre écart historique et culturel

Depuis, les échanges se sont renforcés. Le président Xi Jinping a présidé au cours des cinq dernières années deux sommets du Forum sur la coopération sino-africaine. Et durant vingt-neuf années consécutives, notre ministre des Affaires étrangères a réservé son premier déplacement annuel au continent.

Cela dit, la Chine et le Maroc sont différents en matière d’histoire et de culture. Chacun de nos milieux d’affaires a sa propre zone de confort. Beaucoup d’acteurs chinois et marocains procèdent à un réajustement pour réduire cet écart et se rapprocher.

Les IDE chinois au Maroc plafonnent à moins de 200 millions de dollars. Dans quels secteurs peuvent-ils être renforcés ?

Un montant peu important recèle justement un potentiel énorme de croissance. Nombre de nos investisseurs cherchent à s’installer ici, très intéressés par des projets de ports, de centrales électriques, d’énergies renouvelables, de trains à grande vitesse et de télécommunications 5G.

L’investissement chinois au Maroc augmentera dans les années à venir. D’ailleurs, cinq entreprises industrielles chinoises se sont installées récemment dans le royaume, dont la société Citic Discatal, qui investit 410 millions de dollars dans la production de jantes en aluminium. Son usine de Kenitra démarrera sa production cette année.

Signature du partenariat stratégique entre  le Maroc et la Chine le  11 mai 2016.

Signature du partenariat stratégique entre le Maroc et la Chine le 11 mai 2016. © Kim Kyung-hoon/AP/SIPA

Où en sont les projets à élaborer dans le cadre de « La ceinture et la route » ? Quel impact aura ce plan stratégique pour le Maroc et le continent ?

Cette initiative incarne une nouvelle vision de partenariat. Elle permet de donner une impulsion plus vigoureuse à la coopération sino-africaine et de rendre les opérateurs plus confiants. Avec, à la clé, davantage de possibilités de faire valoir à l’international les avantages comparatifs de chaque pays du continent.

Le Maroc est le premier État de la région à avoir signé un mémorandum d’entente portant sur la construction conjointe de « La ceinture et la route »

Le Maroc, lui, est le premier État de la région à avoir signé avec la Chine un mémorandum d’entente portant sur la construction conjointe de « La ceinture et la route ». Les effets en sont visibles : de plus en plus d’entreprises chinoises viennent chercher des opportunités d’affaires dans le royaume. Et celui-ci peut s’appuyer sur ses atouts géographiques pour servir de pont aux sociétés chinoises désirant s’installer sur le continent.

Lors du dernier forum sino-africain, Xi Jinping a annoncé la mobilisation de 60 milliards de dollars pour le développement de l’Afrique. Quelle part ira au Maroc ?

La Chine plaide depuis toujours pour un développement partagé avec les pays du continent. Elle a fourni, dans la mesure de ses possibilités, des aides pour améliorer les infrastructures, renforcer les capacités de production et relever le niveau de vie de la population. Les mesures annoncées par Xi Jinping reflètent le concept de « sincérité, pragmatisme, amitié et franchise ».


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Actuellement, nous travaillons avec les pays africains, dont le Maroc, pour mettre en œuvre les « huit initiatives majeures » de la coopération. L’ambassade de Chine a eu plusieurs réunions avec le Comité de suivi marocain du Forum sur la coopération sino-africaine pour encourager le royaume à présenter des demandes concrètes selon ses besoins. La Chine, de son côté, veillera à bien répartir les ressources – aides, prêts et investissements – pour qu’elles bénéficient à tous.

L’inauguration en décembre d’un centre culturel chinois à Rabat vient couronner les échanges culturels et humains entre les deux pays. Comment les renforcer ?

Par l’organisation d’expositions, de conférences, de représentations artistiques et d’autres activités culturelles, le centre vise à présenter la culture chinoise sous tous ses aspects et à resserrer les liens d’amitié entre Chinois et Marocains. C’est en même temps une excellente plateforme pour mettre en valeur la culture marocaine, promouvoir les échanges et montrer l’inspiration mutuelle entre les deux civilisations.

Qu’est-il prévu pour l’année du Maroc en Chine en 2020 ?

C’est la première fois que la Chine organise une année touristique et culturelle sur le continent. Les deux parties sont convenues d’un programme riche et varié couvrant le tourisme, la culture, l’artisanat ainsi que les patrimoines culturels matériel et immatériel. Les deux gouvernements travaillent à en fixer les détails.


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Quelle forme prend la collaboration sécuritaire entre la Chine et le Maroc, notamment en matière de lutte contre le terrorisme ?

L’efficacité des opérations antiterroristes menées par le Maroc est connue. Lutter contre ce fléau constitue un volet important de notre coopération. Ces dernières années, celle-ci a été fructueuse en matière d’échange de personnes, de formation et d’expériences. Il est question de la renforcer, notamment pour ce qui est de l’échange d’informations et la vérification d’indices.

La Chine a voté en octobre en faveur de la résolution 2440 concernant l’affaire du Sahara. L’appui de votre pays au Maroc peut-il aller plus loin ?

Le non-règlement de la question du Sahara occidental ne favorise ni la paix, ni la sécurité, ni le développement de la région. La Chine soutient les efforts des Nations unies pour promouvoir le règlement de cette question et y apporte sa contribution.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine soutient les parties concernées dans leurs efforts pour parvenir à une solution équitable

Depuis 2007, le pays participe activement au travail de la Minurso. Le général Wang Xiaojun a été nommé commandant de cette mission onusienne en 2016, et son travail est très apprécié des différentes parties. Nous sommes heureux de constater que les progrès réalisés à l’issue de la table ronde de Genève, en décembre, ont créé une bonne assise pour faire avancer le processus politique.

En tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine s’en tient à sa position juste et objective : elle soutient les parties concernées dans leurs efforts pour parvenir à une solution équitable, durable et acceptable par tous, par le dialogue et les négociations, sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

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