Cinéma

« Hyènes », le film culte restauré de Djibril Diop Mambéty

Extrait de « Hyènes », le film culte restauré de Djibril Diop Mambéty.

Extrait de « Hyènes », le film culte restauré de Djibril Diop Mambéty. © JHR Films

La restauration du film culte du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambéty offre une occasion de mesurer à nouveau la puissance poétique et l’humour de son cinéma.

Demandez à un réalisateur ou à un cinéphile africain, jeune ou moins jeune, quelle serait sa sélection des plus grands cinéastes du continent, pays et genres confondus. Côté francophone, vous entendrez citer les noms d’Ousmane Sembène, de Souleymane Cissé, d’Idrissa Ouedraogo ou, pour la génération d’après, d’Abderrahmane Sissako, de Mahamat-Saleh Haroun ou d’Alain Gomis. Mais un seul nom fera à coup sûr l’unanimité : Djibril Diop Mambéty.

Et pourtant, ils ne sont peut-être pas si nombreux ceux qui ont pu voir ses films, et notamment ses longs-métrages, devenus cultes après avoir été plus ou moins maudits, Touki Bouki et Hyènes. Le premier, qui n’avait pu être projeté que quatre jours à Dakar lors de sa sortie, en 1973, avait presque disparu avant d’être enfin restauré, il y a dix ans, par la World Cinema Foundation de Martin Scorsese.

Des classiques du cinéma

Quant au second, réalisé en 1992, ce n’est qu’aujourd’hui, après une longue éclipse malgré l’existence sur le marché de quelques DVD de mauvaise qualité, qu’il peut réapparaître dans toute sa splendeur sur les écrans grâce à une impeccable restauration – à l’initiative de son producteur, Pierre-Alain Meier.

Touki Bouki raconte la dérive d’un couple de jeunes Dakarois, Mory et Anta, qui rêvent de rejoindre l’Europe et qui vont se livrer à diverses arnaques afin de réunir le pécule nécessaire pour financer le voyage vers un eldorado fantasmé. Une image de ce film où l’on voit ces deux marginaux chevauchant sur une route déserte la mobylette de Mory, dont le guidon est orné d’un crâne de zébu avec ses deux grandes cornes, est devenue quasi iconique.

Avec Hyènes, une œuvre lointainement inspirée d’une pièce du dramaturge suisse Friedrich Dürrenmatt, il est toujours, et même encore plus, question d’argent. Mais d’une tout autre façon.

Djibril Diop Mambéty, un cinéaste-poète atypique, inventif, plein d’humour et attaché viscéralement à défendre les petites gens face aux puissants

Défense des petites gens

Une richissime vieillarde, Linguère Ramatou, revient dans son village d’origine, nommé Colobane, comme le quartier de Dakar qui a vu naître le réalisateur. Comme on dit qu’elle a fait fortune dans de lointains pays étrangers, elle-même se disant aussi fortunée que la Banque mondiale, tout le monde espère qu’elle dispensera ses faveurs à la population locale. Le maire lui-même démissionne, laissant la place à Draman Drameh, un ancien amoureux de la dame, pour l’inciter à être encore plus généreuse.

Mais voilà, si Linguère Ramatou est de retour avec ses milliards, ce n’est pas pour ce que l’on croit. Elle a été obligée de quitter le village, puis de se prostituer, après que ledit Draman a refusé d’admettre qu’il l’avait mise enceinte. Elle est donc revenue se venger et fait preuve pour cela d’une imagination quelque peu perverse face à ses anciens concitoyens qui veulent son argent, oubliant qu’ils l’ont jadis abandonnée à son sort.

Bien qu’ayant à son actif quelques magnifiques courts-métrages (Le Franc et La Petite Vendeuse de soleil), le cinéaste sénégalais n’a réalisé que ces deux longs-métrages avant de mourir d’un cancer, en 1998, à l’âge de 53 ans. Cela a néanmoins suffi pour asseoir son immense réputation et permettre qu’on considère ses œuvres comme des classiques. Une consécration post mortem on ne peut plus méritée pour un cinéaste-poète atypique, inventif, plein d’humour, attaché viscéralement à défendre les petites gens face aux puissants.

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