Politique

Crise au Zimbabwe : le pasteur Evan Mawarire fera-t-il plier Emmerson Mnangagwa ?

© JA

Alors que la rue s'embrase, l'ecclésiastique et opposant Evan Mawarire, le « Martin Luther King du Zimbabwe », défie le chef de l'État Emmerson Mnangagwa dans le but de contrecarrer ses plans.

« Méfiez-vous de cet homme en robe. Tous ses semblables ne sont pas de vrais prêcheurs de la Bible », dit, un jour de 2016, Robert Mugabe à propos d’Evan Mawarire. Le vieux président avait vite compris tout le poids politique qu’allait prendre ce jeune pasteur en colère.

Ne parvenant pas à payer les frais de scolarité de ses deux filles, l’ecclésiastique avait, en avril 2016, exprimé son ras-le-bol face à une caméra, sur sa page Facebook, un drapeau du Zimbabwe autour du cou. Sa vidéo Enough Is Enough (« trop c’est trop ») était devenue virale. Depuis, ses compatriotes se sont à leur tour photographiés, par dizaines de milliers, enroulés dans le drapeau national.

Le jeune pasteur Evan Mawarire, à l'initiative de la campagne "This Flag" au Zimbabwe, le 3 mai 2016. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA


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Mobilisation et désillusion

En novembre 2017, Mugabe est tombé. Emmerson Mnangagwa, 76 ans, lui a succédé. Quant au pasteur, il est devenu, à 41 ans, l’une des personnalités les plus populaires du pays. Ce 12 janvier, dès qu’Emmerson Mnangagwa a annoncé que le prix de l’essence allait doubler – à 3,31 dollars le litre, il est désormais le plus élevé du monde –, le « pasteur porte-drapeau » a twitté : « Le moment est venu de se mobiliser. »

Je suis très déçu. […] Il est désolant que ce gouvernement nous traite comme le faisait celui de Robert Mugabe

Des émeutes ont éclaté à Harare et à Bulawayo. La répression a été sanglante. Douze morts, selon le Forum des ONG des droits de l’homme au Zimbabwe. Presque aussitôt, Evan Mawarire a été arrêté. Le syndicaliste Japhet Moyo, leader du Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU), et cinq députés du Movement for Democratic Change (MDC, opposition) ont eux aussi été jetés en prison.

Le jour de son interpellation – la cinquième depuis juillet 2016 –, le pasteur contestataire a eu le temps de lancer : « Je suis très déçu. On pensait vivre dans un nouveau pays, doté d’une nouvelle gouvernance. Il est désolant que ce gouvernement nous traite comme le faisait celui de Robert Mugabe. »

Gestion drastique du pays

La gestion du pays, désastreuse depuis vingt ans, est à l’origine du bras de fer qui oppose Mnangagwa à Mawarire. Dès le début des années 2000, la réforme agraire de Mugabe a provoqué un effondrement de la production agricole. Les secteurs industriel et minier ont connu le même sort. Le Zimbabwe a dû alors importer massivement, ce qui a conduit à une pénurie de dollars.

Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa prononce son discours lors du 38ème anniversaire des célébrations de l'indépendance au National Sports Stadium à Harare, le 18 avril 2018. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

Je savais que cette mesure serait impopulaire, mais je n’avais pas le choix

Aujourd’hui, le quotidien des habitants de Harare et de Bulawayo ressemble à un combat permanent pour trouver de l’argent liquide, dont les retraits sont limités, de la nourriture et des médicaments. Pour faire face au manque de carburant, et donc aux files interminables qui se forment devant les stations-service, le régime s’est cru obligé d’en augmenter le prix afin d’en limiter la consommation. « Je savais que cette mesure serait impopulaire, mais je n’avais pas le choix », a murmuré Emmerson Mnangagwa.


>>> À LIRE – Zimbabwe : la multiplication par deux des prix des carburants énerve


Une politique brutale comme sous l’ère Mugabe ?

Comme elles semblent loin, les promesses de ce président qui, lors de son arrivée au pouvoir, annonçait l’avènement d’« un nouveau Zimbabwe, avec une économie ouverte et florissante, des emplois pour les jeunes, des conditions favorables pour les investisseurs, la démocratie et l’égalité des droits pour tous »… Au début d’août dernier, à Harare, la police a tiré à balles réelles sur des militants du MDC, qui contestaient son élection au premier tour. Six morts.

Mnangagwa risque de voir Mawarire – le « Martin Luther King du Zimbabwe » – contrarier ses plans

Aujourd’hui, après d’autres fusillades, il semble poursuivre la même politique brutale que du temps où il faisait tirer sur les opposants de Mugabe (plus de 200 morts entre avril et juin 2008, lors d’une présidentielle très disputée). Mais, alors qu’il semble vouloir s’accrocher au pouvoir, il risque de voir Mawarire – le « Martin Luther King du Zimbabwe », comme l’appellent ses partisans – contrarier ses plans.

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