Energie

Énergie : BBOXX séduit les investisseurs

Installation de panneaux solaires, au bord du lac Kivu, en RD Congo. © BBOXX

L’entreprise britannique spécialisée dans la fourniture de services solaires off-grid a déjà levé 100 millions de dollars et noué des partenariats avec EDF et Orange.

Les locaux ne sentent pas la peinture fraîche, mais les cartons et l’enfilade de pièces vacantes laissent supposer que l’installation est encore récente. Et pour cause, l’entreprise vient tout juste d’établir ses bureaux parisiens sur la prestigieuse avenue de Friedland. « Pour le moment nous sommes trois, et on recrute », précise Thomas Chevillotte, vice-président finances et stratégie de BBOXX, chargé de nouer depuis Paris de nouveaux partenariats stratégiques, notamment avec les grands groupes du CAC 40 actifs sur le continent.

EDF et Orange sont déjà associés avec le spécialiste des kits solaires dans plusieurs pays d’Afrique francophone. D’autres grands acteurs français devraient suivre. Du moins le financier l’espère-t-il. En attendant, il peut se targuer d’avoir réussi un gros coup à la mi-janvier. Il était à la manœuvre pour convaincre African Infrastructure Investment Managers (AIIM), l’investisseur panafricain axé sur les infrastructures, d’injecter 31 millions de dollars dans la société contre une participation minoritaire significative dans ses opérations au Rwanda, au Kenya et en RDC.

Une transaction qui permet à la jeune société d’atteindre la barre des 100 millions de dollars levés depuis sa création en 2010 et ainsi d’envisager l’installation de deux millions d’ensembles solaires sur le continent d’ici à 2022, approvisionnant dix millions de personnes en électricité. À ce jour, l’opérateur a installé 150 000 kits solaires en Afrique et en Asie (dont les deux tiers sur le continent), touchant déjà quelque 750 000 personnes.

Plus de 600 employés à travers le monde

Fondé par trois anciens camarades de promotion de l’Imperial College de Londres – Mansoor Hamayun, directeur général, Christopher Baker-Brian, directeur technique, et Laurent Van Houcke, directeur des opérations –, BBOXX associe des panneaux solaires et des batteries à une technologie de pointe pour fournir de l’énergie propre à ses clients. Il emploie aujourd’hui plus de 600 personnes à travers le monde.

À Chiswick, son siège de la banlieue de Londres, on retrouve en plus des fonctions administratives le centre névralgique de la technologie BBOXX : la plateforme technologique Pulse. C’est elle qui surveille via le big data l’ensemble des données issues des kits solaires et permet notamment d’anticiper les opérations de maintenance.

Les kits, dont le produit phare est le bPower50 (50 W), sont eux essentiellement conçus en Chine près de Guangzhou. L’entreprise réalise sur place le contrôle qualité de chacune des pièces qui seront intégrées dans les panneaux solaires, les écrans TV, les lampes LED ou encore les prises USB. BBOXX dispose de ses propres fournisseurs pour certains composants, comme les batteries. Tandis qu’aujourd’hui la majorité des opérateurs utilisent la technologie du lithium, le britannique a choisi de rester à celle du plomb acide. Un choix qui permet, entre autres, à la société de tirer ses prix vers le bas.

Paiement mensuel

Le changement de positionnement de l’opérateur par rapport au client est un autre ingrédient de la recette BBOXX. Initialement, la société fonctionnait selon une approche rent-to-own : le client réglait chaque mois de petites sommes lui permettant à terme de devenir propriétaire du matériel, quel que soit son état d’usure. Une méthode utilisée par la concurrence : l’allemand Mobisol, l’américain D.Light (qui fournit un système plus petit), le kényan M-Kopa, ou encore Zola Electric (co-investissement d’EDF et de la start-up californienne Off Grid Electric).

Mais BBOXX emprunte aujourd’hui une approche energy as a service : l’électricité est fournie en échange d’un paiement mensuel. Ainsi, au Kenya, pour 10 dollars par mois, BBOXX offre de l’énergie (maintenance comprise) pour trois lampes et un chargeur USB, et ce trois ans durant. À l’issue de cette période, le prix descend à 5 dollars par mois. Et l’on peut monter jusqu’à 20 dollars par mois avec une offre incluant un téléviseur, six lampes, et un poste de radio.


>>> À LIRE  : Start-up de la semaine : Qotto allume ses lampes au Bénin et au Burkina Faso


En Afrique, l’entreprise s’est d’abord installée dans l’Est, là où le paiement mobile s’est développé en premier : au Rwanda (son plus gros marché), au Kenya et en RDC. Son intention est d’accélérer à l’ouest du continent, notamment au Togo, où, à la faveur d’un marché remporté, BBOXX est le premier acteur local de l’off-grid. Un argument qui, en plus de l’imminence de l’arrivée du seuil de rentabilité du groupe, a su convaincre EDF d’investir, à hauteur de 50 %, dans le capital de BBOXX Togo. En pleine conquête du secteur depuis l’an dernier, il a signé en novembre 2018 avec BBOXX et « vise 35 % de parts de marché avant 2024 », nous explique-t-on chez EDF.

Esprit d’innovation

Autre appui de poids, Orange, avec lequel l’opérateur d’origine britannique s’est lancé dans cinq pays. À travers différents types de partenariats, BBOXX et le géant français sont liés en RDC, en Côte d’Ivoire et, en zone Sonatel, au Sénégal, au Mali et en Guinée. « Les équipes Orange ont été convaincues par l’esprit d’innovation de BBOXX et sa maîtrise de la technologie », commente Elisabeth Medou Badang, porte-parole d’Orange Afrique et Moyen-Orient. Et de poursuivre : « Après le lancement de l’offre dans cinq pays, il est envisagé d’approfondir notre coopération dans les années à venir, pour enrichir l’offre proposée aux clients d’Orange Énergie. »

Une proposition stratégique pour BBOXX. « L’utilisation d’internet et l’accès à l’énergie sont inextricablement liés, car un accès stable aux données nécessite une alimentation en électricité fiable », déclarait Mansoor Hamayun à l’occasion du lancement du pilote de son service internet au Rwanda. À demi-mot : au-delà de l’électricité, BBOXX envisage déjà d’autres services.


Un actionnariat diversifié

BBOXX, qui ne souhaite pas dévoiler ses résultats à ce stade de son développement, dispose d’une structure d’actionnariat équilibrée entre ses trois fondateurs. Ces derniers conservent une participation importante dans le capital aux côtés d’investisseurs internationaux.

Lors du premier tour de table, en 2013, l’opérateur a accueilli Khosla Impact, un fonds américain qui investit dans les start-up en Inde et en Afrique, avec 1,9 million de dollars. Puis BBOXX a levé 23 millions de dollars auprès de huit nouveaux investisseurs. La jeune entreprise voit notamment entrer le suisse Bamboo Finance, axé sur l’énergie et la santé, MKB, un capital-investisseur canadien, KawiSafi Ventures (Green Climate Fund) et Rassembleurs d’Énergies, le fonds d’investissement d’Engie.

À trois reprises, le groupe s’est financé par la dette pour 11 millions de dollars, notamment auprès d’un fonds de dette géré par Deutsche Bank (ECC) et de la Togolaise de Banque. Le 15 janvier, pour la première fois, il a négocié l’entrée au capital d’AIIM, pour 31 millions de dollars, portant le total des fonds levés à 100,1 millions de dollars.

Fermer

Je me connecte