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Cet article est issu du dossier «Maghreb : quel avenir pour les partis islamistes ?»

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Politique

Les islamistes mauritaniens sont-ils vraiment modernes ?

Jamil Mansour (à g.) et Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, en janvier 2018, à Nouakchott.

Jamil Mansour (à g.) et Mohamed Mahmoud Ould Seyidi, en janvier 2018, à Nouakchott. © Daouda corera pour ja

Sans conteste le parti le plus moderne de la Mauritanie, Tawassoul mise aujourd’hui sur une base qui n’est pas uniquement idéologique.

Créé en 2007, le Rassemblement national pour la réforme et le développement (RNRD), plus connu sous le nom de Tawassoul (« intercession »), s’est affirmé comme le principal parti de l’opposition mauritanienne, avec 14 députés et 80 000 adhérents (sensiblement moins, selon nombre d’observateurs). Il édite notamment un journal en ligne, Alkhabar. En 2017, Mohamed Mahmoud Ould Seyidi a succédé à la présidence à Mohamed Jemil Mansour, son fondateur.


>>> À LIRE – Élections en Mauritanie : « Tawassoul a permis à l’opposition de reprendre du poil de la bête »


Tawassoul est sans conteste le parti le plus moderne du pays. Rien à voir avec ces partis « valises » qui sont le fonds de commerce de nombreux notables. D’ailleurs, son président ne peut effectuer plus de deux mandats de cinq ans. Ce parti a la particularité de ne présenter aucune homogénéité ethnique, même si les Beydanes (les Maures blancs) y jouent un rôle prépondérant. Ses membres sont tenus d’acquitter une cotisation, ce qui n’est pas le cas à l’Union pour la République, le parti du président. On connaît mal ses autres sources de financement.

Alors, islamiste, Tawassoul ?

Le RNRD se dit proche du Parti de la justice et du développement (PJD) marocain, et surtout d’Ennahdha, le parti islamiste tunisien. Alors, islamiste, Tawassoul ? « Nous préférons dire que nous sommes un parti politique avec un référentiel islamique, répond Mansour. Nous sommes avant tout mauritaniens. Un parti ne peut plus aujourd’hui se constituer sur une base uniquement idéologique. Notre choix de la démocratie est stratégique, non tactique. » Cela ne l’empêche pas d’être dans le collimateur du président Mohamed Ould Abdelaziz, qui ne rate pas une occasion de le désigner comme un grave danger pour le pays et menace de s’en prendre à lui et à ses satellites.

Quand le Qatar a été mis au ban du monde arabe, Tawassoul a eu peur que sa proximité avec les Frères musulmans ne le fasse interdire. Alors, il a choisi de faire profil bas et de prendre à contre-pied ses alliés de l’opposition en décidant de boycotter le référendum constitutionnel de 2017, alors qu’eux-mêmes appelaient à voter non.

Œuvre et écoles

Astucieusement, Tawassoul joue pourtant la carte du rassemblement au sein du Forum pour la démocratie et l’unité (FNDU), sans en revendiquer la direction, alors que sa puissance électorale et son implantation le lui permettraient. Selon toute vraisemblance, il soutiendra à la présidentielle de juin le candidat désigné par le FNDU. Présenter son propre candidat serait prendre le risque d’être purement et simplement interdit. De toutes les formations d’opposition, c’est lui, en effet, que la majorité redoute le plus.

Prospérant à l’ombre de ses alliés, il poursuit patiemment son implantation grâce à ses œuvres caritatives et à ses écoles coraniques. S’il condamne l’esclavage, il se garde bien de dénoncer la persistance de sujétions ancestrales chez de nombreux Mauritaniens, au nom de certains livres saints de l’islam malékite. Moderne, sans doute, mais aussi un rien opportuniste.

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