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Cet article est issu du dossier «Gbagbo acquitté : une nouvelle donne pour la Côte d'Ivoire»

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Politique

Côte d’Ivoire : « Gbagbo n’a jamais perdu espoir »

Laurent Gbagbo, lors d'une audience devant la Cour pénale internationale, le 28 janvier 2016. © Peter Dejong/AP/SIPA

Tout au long de sa détention, l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo est resté confiant quant à l’issue de son incarcération, selon ses proches, préparant même son procès en prison.

« Je sais qu’un jour je sortirai d’ici. » Ce 20 décembre 2011, Laurent Gbagbo est depuis trois semaines à la prison de La Haye, mais, face à son ancien conseiller, Bernard Houdin, il fait preuve d’un optimisme qui ne le quittera pas en sept ans de détention. « Un grand calme l’a toujours habité. Il n’avait ni crainte ni appréhension sur l’issue de son incarcération. Il savait qu’il était innocent », témoigne l’universitaire et ami de longue date de Gbagbo, Albert Bourgi. Lui n’en démord pas : « Le dossier était vide, fait de coupures de presse ineptes. »

Les filles de l’ancien chef de l’État, Marie Laurence et Marie Patrice, le 16 janvier, à La Haye. © Piroschka Van De Wouw/REUTERS

Arrivé en catimini de Korhogo, où il était détenu depuis sa chute, sans même une veste pour se protéger du froid, l’ancien chef de l’État est affaibli et a du mal à se déplacer. En prison, il sera soigné, quittant parfois son centre de détention dans une BMW noire pour se rendre chez les médecins. « Certains prisonniers se laissent dépérir ; lui, il a pris de l’embonpoint, si bien qu’il était contraint de faire de l’exercice ! Non, il n’a jamais perdu espoir », rapporte Laurent Akoun, l’un des cadres du FPI.


>>> À LIRE –  Laurent Gbagbo à la CPI : son quotidien en prison


Pendant toutes ces années, les visites se succèdent. De Nady Bamba, sa seconde épouse, qui vient plusieurs fois par semaine, et ses filles, aux habitués Albert Bourgi, Bernard Houdin, Guy Labertit ou Malick Coulibaly (son ex-directeur de campagne et oncle du Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly). Laurent Gbagbo recevra aussi de nombreux politiques ivoiriens : des cadres du FPI, mais aussi Bertin Kouadio Konan ou Jean-Louis Billon, du PDCI

Lecture et religion

Lorsqu’il arrive dans le quartier VIP de Scheveningen, les détenus s’appellent Charles Taylor et Jean-Pierre Bemba. Jusqu’à son acquittement, en juin 2018, ce dernier restera l’un des plus proches de Laurent Gbagbo. Il y a aussi Germain Katanga : « Ils nous enlèvent le cuisinier ! » sourit l’ex-président ivoirien lorsque le Congolais quitte la prison, en 2015. C’est ensuite Charles Blé Goudé, l’ex-ministre de Gbagbo – arrivé en 2014 –, qui concocte des riz sauce à son mentor. Les détenus ont accès à la télévision et à la radio, Gbagbo a suivi de près les bouleversements politiques au Zimbabwe et en Afrique du Sud.

Mais, chaque matin, l’ancien patron des Jeunes Patriotes appelle en plus son avocat à Abidjan, qui le tient au courant des nouvelles du pays, bonnes ou mauvaises. Blé Goudé a toujours eu soin d’en informer ensuite Gbagbo (c’est ainsi que l’ex-chef de l’État a appris le décès de sa mère).

Tous les soirs, à 20 heures, les portes des cellules se ferment, mais c’est bien plus tard que la lumière de celle de Gbagbo s’éteint. Historien de formation, il lit et écrit jusqu’au petit matin, se réfugie dans la religion, la littérature, les livres politiques et est ravi lorsqu’on lui offre des Budé, ces classiques latins et grecs – sa collection a été détruite dans le bombardement de la résidence présidentielle.

Je suis là pour des raisons politiques, c’est la politique qui m’en sortira

Le jour, Laurent Gbagbo joue au Scrabble et prépare son procès. « Trois ou quatre ans après le début de sa détention, il m’a dit : “Vraiment, je ne sais pas comment va finir cette affaire”, se souvient Labertit. Mais une fois le procès commencé, en 2016, il était plus détaché. Il disait : “Je suis là pour des raisons politiques, c’est la politique qui m’en sortira.” »

À ses visiteurs, qu’il reçoit parfois pendant trois ou quatre heures, il confie son amertume contre Alassane Ouattara, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac. « Il disait souvent : “Les politiques français n’ont pas supporté que je ne les informe pas des décisions prises en Conseil des ministres”, poursuit Labertit. Et de Ouattara et Soro : “Mais pourquoi sont-ils si méchants ?” » À la veille de son audience d’acquittement, selon ses proches, Laurent Gbagbo était serein et confiant, comme toujours.

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