Politique

[Édito] Ça commence fort !

Par

Marwane Ben Yahmed est directeur de publication de Jeune Afrique.

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Prestation de serment dAndry Rajoelina, à Antananarivo, le 19 janvier 2019.

Prestation de serment dAndry Rajoelina, à Antananarivo, le 19 janvier 2019. © AP/SIPA

Décidément, quel début d’année ! Le temps des certitudes et des scénarios écrits à l’avance serait-il révolu ? De Madagascar à la Côte d’Ivoire, en passant par la RDC et le Gabon, l’actualité de ce mois de janvier 2019 n’en finit pas de nous surprendre.

Le 8 janvier, après deux semaines d’inquiétude, il y a d’abord eu la confirmation par la Haute Cour constitutionnelle de l’élection d’Andry Rajoelina à la présidence de Madagascar. De nombreux observateurs redoutaient pourtant que les partisans de Marc Ravalomanana ne décident de contester dans la rue, par la violence, les résultats du scrutin. Le chaos annoncé n’a pas eu lieu. Le perdant a sportivement reconnu sa défaite, félicité le nouveau chef de l’État et appelé à la réconciliation. Quel soulagement !

Idem au Gabon. Depuis l’AVC d’Ali Bongo Ondimba, en octobre dernier, le pays ressemblait à un bateau ivre. Et Libreville, à un théâtre d’ombres. On aurait pu se croire dans un remake tropicalisé des Borgia ! Au programme : intrigues et luttes de clans, alliances de circonstance et trahisons, affaires de famille et guerre pour le pouvoir. Ourdie par un obscur lieutenant de la Garde républicaine plus habitué aux parades militaires qu’au maniement de la kalachnikov, la pseudo-tentative de coup d’État du 7 janvier a encore ajouté au trouble.

En RDC, le flou est aujourd’hui total

Nombre d’haruspices redoutaient donc le pire. Dieu merci, ils se sont trompés. La tentative a échoué, l’Assemblée nationale a été mise en place le 12 janvier, un Premier ministre, Julien Nkoghe Békalé, nommé, et un gouvernement, formé. Last but not least, Ali Bongo Ondimba, deux mois et demi après son hospitalisation, est enfin rentré au Gabon pour assister à la prestation de serment de ses ministres. Avant de repartir à Rabat poursuivre sa convalescence.

Et puis il y a bien sûr l’actualité congolaise. Là, c’est la surprise des surprises ! Selon les chiffres provisoires d’une Ceni de moins en moins crédible au fil des révélations, c’est en effet un opposant notoire, Félix Tshisekedi, qui a été élu à la présidence. On s’attendait à tout – du report du scrutin à la victoire « arrangée » du candidat du pouvoir – sauf à ça. Aujourd’hui, le flou est total.

Martin Fayulu, autre opposant dont beaucoup sont convaincus qu’il est le véritable vainqueur, conteste logiquement le verdict des urnes. Certains ont d’abord appelé à un nouveau décompte des voix (tâche titanesque, sinon carrément impossible), d’autres à la tenue d’un nouveau scrutin. D’autres encore à la formation d’un gouvernement d’union nationale… Jusqu’à ce que l’Union africaine s’en mêle et que, contre toute attente, elle demande la suspension de la proclamation des résultats. Et décide de dépêcher une délégation à Kinshasa pour mettre une pression inédite sur Joseph Kabila.

Près de huit ans après les faits, les familles de plus de trois mille victimes de la crise ivoirienne ne verront jamais passer la justice

Et puis, comme nous finissions par nous ennuyer derrière nos claviers après que toutes ces tempêtes se sont apaisées, la Cour pénale internationale a volé à notre secours, le 15 janvier, en acquittant Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, après respectivement sept et quatre ans de détention. Leur procès pour crime contre l’humanité avait débuté le 28 janvier… 2016. Voilà donc les cartes pour la présidentielle de 2020 considérablement rebattues.

N’étant ni juge, ni procureur, ni avocat, l’auteur de ces lignes ne se risquera pas à une quelconque exégèse juridique. Mais il ne reculera pas devant ce triste constat : près de huit ans après les faits, les familles de plus de trois mille victimes de la crise ivoirienne ne verront jamais passer la justice. Dans l’un et l’autre camp, personne n’a rien fait, personne n’est coupable ni même responsable des atrocités commises entre décembre 2010 et avril 2011. Sauf, bien sûr, quelques lampistes. Les autres, quand ils ne sont pas passés à travers les mailles du filet, ont été tout bonnement amnistiés. C’est sans doute ce qu’on appelle la réconciliation…

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