Diplomatie

Burundi-Ouganda : échanges épistolaires musclés entre Pierre Nkurunziza et Yoweri Museveni

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Le torchon brûle depuis des semaines entre les présidents burundais et ougandais. Le contenu des lettres que s'échangent Pierre Nkurunziza et Yoweri Museveni, divulgué sur internet, le prouve une fois de plus. Un climat électrique, à quelques jours du sommet de l'EAC prévu le 1er février.

Pierre Nkurunziza ne décolère pas. À quelques semaines du prochain sommet de l’East African Community (EAC), deux fois reporté et désormais prévu le 1er février, il n’a pas apprécié que sa correspondance avec Yoweri Museveni soit diffusée sur les réseaux sociaux.

De fait, cet échange de lettres ne manque pas de piquant. Dans une lettre datée du 4 décembre 2018, le président burundais accusait ainsi l’EAC, que dirige son homologue ougandais, de sous-estimer la gravité du conflit qui oppose Bujumbura à Kigali.

Critiquant dans un second temps le rapport du facilitateur du dialogue interburundais, dont Museveni assure également la médiation depuis la fin de 2015, Pierre Nkurunziza a aussi exprimé son refus de toute ingérence des pays de la région dans les affaires du « Burundi souverain ».

Crise ouverte

Cette lettre, que Kampala a jugée provocatrice, s’est attiré, quatre jours plus tard, une réponse cinglante de Yoweri Museveni. Ce dernier a sèchement recadré le chef de l’État burundais, lui rappelant qu’il avait accédé à la présidence « grâce à un accord de paix arraché au pouvoir de l’époque par la médiation de l’EAC » (en 2005) et qu’il devait, à son tour, se plier aux négociations.

Entre les deux dirigeants, le torchon brûle depuis plusieurs semaines. Museveni n’a pas supporté que Bujumbura boycotte, à la fin d’octobre 2018, le cinquième round des discussions d’un dialogue interburundais qui reste au point mort, et qu’il récidive le 30 novembre : alors que toutes les délégations de l’EAC étaient présentes à Arusha pour le 20e sommet des chefs d’État, le siège du Burundi est resté vide. Nkurunziza a estimé ne pas avoir été prévenu à temps de la date dudit sommet et, dans une lettre à Museveni, a dénoncé un regrettable dysfonctionnement.

Était-ce le boycott de trop ? Une chose est sûre : le président burundais voit ses soutiens dans la région se raréfier à mesure que son régime s’isole. Quant à Museveni, s’il n’a pas publiquement témoigné son mécontentement après ces deux absences successives, une source diplomatique ougandaise assure qu’il s’agace du « manque d’implication » de son pair burundais dans la résolution de la crise. Une crise ouverte en 2015 par l’élection de Nkurunziza pour un troisième mandat contraire à la Constitution.


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Bloc régional

« Museveni estime que le cas burundais est un test pour sa crédibilité et celle de l’EAC », expliquent des diplomates ougandais. Pour leur dirigeant, la gestion de ce cas n’est pas une médiation parmi d’autres : à 74 ans, il en fait une affaire personnelle. Museveni présidait l’Initiative régionale sur le Burundi au moment des accords de paix d’Arusha, qui, le 28 août 2000, ouvrirent la voie à la fin de la guerre civile. Son nom figure au-dessous de celui de Pierre Nkurunziza sur l’accord de cessez-le-feu que signèrent en décembre 2002 le gouvernement de transition et la rébellion du CNDD-FDD de Nkurunziza, et après lequel cette dernière déposa les armes.

Malgré les échanges houleux de ces dernières semaines, Yoweri Museveni, en fin diplomate, tend toujours la main au président burundais, qui est encore attendu à la prochaine réunion des États est-africains. Le sommet de l’EAC s’annonce comme un exercice périlleux pour un bloc régional miné par les tensions. Nkurunziza saisira-t-il cette occasion et se rendra-t-il à Arusha afin d’amorcer un dégel avec ses voisins ?

 

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