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Cet article est issu du dossier «Gabon-Maroc : M6 et le patient gabonais»

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Diplomatie

Ali Bongo Ondimba à Rabat : Mohammed VI et le patient gabonais

À l’Hôpital militaire d’instruction de Rabat, le 3 décembre.

À l’Hôpital militaire d’instruction de Rabat, le 3 décembre. © MAP

Pourquoi Ali Bongo Ondimba a-t-il choisi Rabat pour se remettre de son AVC ? Comment s’est passée son hospitalisation ? Quel rôle a joué son ami le roi à ses côtés ?

Après vingt minutes de survol de l’aéroport de Rabat-Salé, cette nuit du 13 janvier, il était temps que le commandant de bord s’explique : « Mesdames et messieurs, nous sommes mis en stand-by à cause du décollage d’un avion VIP. » Une rumeur parcourt aussitôt l’appareil : Ali Bongo Ondimba (ABO) s’envolerait-il pour son pays ? Vaines conjectures. C’est le lendemain soir que le chef de l’État regagnera finalement le Gabon. Cette fois c’est sûr : l’ex-patient de l’Hôpital militaire d’instruction de Rabat va mieux. Suffisamment en tout cas pour prendre les airs.

Son arrivée à Libreville est, elle aussi, entourée d’un halo de mystère. Aucun objectif de smartphone n’a réussi à capter la moindre image de sa descente d’avion. Pourtant, le 15 janvier, assis dans un fauteuil roulant installé derrière un bureau disposé dans un vaste hall, il était bien présent à la cérémonie de prestation de serment du nouveau Premier ministre et de son gouvernement. Face au « revenant », visiblement ravi de son effet, les yeux des participants s’écarquillent. Preuve, s’il en fallait encore, que beaucoup l’avaient déjà enterré.

Machine à rumeurs

Ce voyage, Ali Bongo Ondimba l’a effectué sur les conseils de son ami le roi Mohammed VI. Ce dernier a passé les fêtes de fin d’année dans sa propriété de la pointe Denis, près de Libreville, non sans prendre le pouls du pays. Il était présent lorsque, le 7 janvier, une éphémère et improbable prise en otage de Gabon Télévision est annoncée au petit matin par une dizaine de soldats mutinés.


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« Au lieu de tenir la prestation de serment à l’ambassade de Rabat, il était important que le président aille dans son pays pour rassurer le peuple gabonais », auraient conseillé les autorités marocaines. Après la cérémonie, le président a regagné Rabat le 16 janvier afin de poursuivre sa convalescence. La machine à rumeurs va-t-elle se taire pour autant ? Rien n’est moins sûr.

Aussi longtemps qu’Ali Bongo Ondimba prolongera son séjour en terre étrangère, les polémiques viendront troubler sa quiétude. La plus virulente porte sur la validité des actes juridiques signés hors du Gabon. L’Union nationale (opposition) a d’ailleurs « rappelé » que la capitale du pays était Libreville et non Rabat.

Il s’agit là de purs fantasmes émanant de cercles nostalgiques de certains procédés dans la gestion des questions africaines

La presse s’en est largement fait l’écho : « Le Gabon est-il désormais sous la tutelle du Maroc ? » s’interroge-t-elle. « Bien sûr que non, dément Nasser Bourita, le ministre marocain des Affaires étrangères, à Jeune Afrique. Le Maroc agit en partenaire loyal, mais jamais en tuteur intéressé. Cela ne relève tout simplement pas des fondamentaux de la politique étrangère de Sa Majesté, ni de sa vision des rapports entre les États du continent. Il s’agit là de purs fantasmes émanant de cercles, notamment occidentaux, nostalgiques de certains procédés dans la gestion des questions africaines. » Des rumeurs, il en fleurit autant que des fake news sur le terreau fertile de la relation Gabon-Maroc depuis l’implication directe du souverain marocain dans les ennuis de santé de son ami Ali.


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M6 aurait-il « auditionné » les candidats au poste de Premier ministre avant de retenir Julien Nkoghe Bekalé ? « Du pur délire, balaie encore Nasser Bourita. Le Premier ministre récemment nommé n’a jamais rencontré le roi. »

« Lorsque le président demande conseil à son ami, le souverain lui répond avec la clarté et la franchise qui le caractérisent, ajoute un haut responsable africain qui connaît bien les deux dirigeants. Il a pu ainsi lui dire que la situation exigeait un bon fonctionnement des institutions et qu’il serait fondé de poursuivre l’ouverture vers l’opposition en renouvelant les équipes. » Finalement, 10 ministres sur les 37 retenus sont nouveaux, tandis qu’une dizaine d’autres ont changé de portefeuille.

Pris de panique

Une capture d'écran de la vidéo dans laquelle le lieutenant Kelly Ondo Obiang appelle à la mise en place d'un "Conseil national de restauration" au Gabon, le 7 janvier 2019.

Une capture d'écran de la vidéo dans laquelle le lieutenant Kelly Ondo Obiang appelle à la mise en place d'un "Conseil national de restauration" au Gabon, le 7 janvier 2019. © HANDOUT via Reuters TV

L’opération était conduite par la gendarmerie, la garde républicaine et la police. Il n’y avait pas d’étrangers parmi nos hommes

S’agissant de la participation supposée de militaires marocains à la mise en échec de la mutinerie du 7 janvier, les autorités chérifiennes sont formelles. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de militaires marocains au Gabon. Information confirmée à Jeune Afrique par le ministre gabonais de la Défense, Étienne Massard : « L’opération était conduite par la gendarmerie, la garde républicaine et la police. Il n’y avait pas d’étrangers parmi nos hommes. Nos tireurs d’élite ont été obligés de neutraliser les deux soldats qui tiraient sur tout le monde depuis le toit de Gabon Télévision. Par bonheur, nous avons réglé l’affaire sans effusion de sang, puisque tous les autres ont été arrêtés. »

La santé des présidents est un secret d’État. Le Gabonais ne fait pas exception car, même avant la survenance de l’AVC qui l’a terrassé à Riyad le 24 octobre 2018, la présidence ne communiquait pas les bulletins de santé du chef de l’État. Comme pris de panique face à l’imprévu de Riyad, ses collaborateurs ont d’abord avancé à tâtons. La première dame, Sylvia Bongo Ondimba, s’étant précipitée au chevet de son époux, trois options ont été examinées pour la poursuite des soins et la convalescence : la France, le Royaume-Uni et le Maroc.

La France a été d’emblée exclue pour des raisons politiques

« La France a été d’emblée exclue pour des raisons politiques », souligne une source de l’entourage présidentiel. L’option de Londres a été longuement examinée, avant d’être également écartée lorsque les Britanniques ont avisé l’ambassadeur du Gabon qu’« ils ne garantiraient au président de la République ni le statut de chef d’État ni une sécurité optimale. L’environnement ne rassurait pas quant à la tranquillité requise pour une convalescence apaisée », selon un document confidentiel émanant des autorités gabonaises auquel Jeune Afrique a eu accès.

Les institutions gabonaises et l’entourage du chef de l’État ont alors opté pour le royaume, où ABO a été transféré le 28 novembre. Le 3 décembre, le roi était à son chevet. D’après ce même document, le Maroc « présente les avantages de garantir à ABO le statut de chef d’État et de lui permettre de bénéficier d’un environnement hautement sécurisé, en plus de la garantie de soins d’une qualité optimale ».

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