Racisme

[Tribune] Sifflons la fin du racisme dans le foot

Par

Sociologue des mondes de l'art et de la culture, à Paris.

Lors du match Cameroun - Allemagne, le 25 juin 2017. © Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

Dans un documentaire saisissant diffusé par la chaîne française Canal +, Olivier Darcourt, ex-joueur de l’Inter de Milan, 21 sélections en équipe de France, et le réalisateur Marc Sauvourel racontent le racisme dans les stades de football européens.

Samuel Eto’o, Pape Diouf, Patrick Vieira, Mario Balotelli… Tous évoquent, douloureusement, face caméra, les humiliations, les huées, les effigies d’hommes noirs pendus et les pancartes racistes des supporters haineux. Le credo d’extrême droite s’exprime depuis des décennies dans les stades et est loin de faiblir avec la progression des partis populistes.

Ce documentaire pointe du doigt le laxisme des instances internationales et des fédérations nationales. On découvre ainsi l’incompréhensible histoire de Paul Canoville, traité de « nègre » par les supporters de Chelsea sans que cela fasse réagir le club, mais qui se fera virer pour avoir frappé l’un de ses coéquipiers, qui lui hurlait : « Shut up nigger ! »

Et si tous les joueurs noirs sortaient du terrain en signe de solidarité chaque fois qu’un des leurs est ainsi agressé ?

Visé par des cris de singe

Entre les jets de bananes subis en 1989 par Joseph Antoine Bell, alors gardien de but de Bordeaux, et les cris de singe dont les supporters de l’Inter de Milan ont accablé le défenseur de l’équipe de Naples, Kalidou Koulibaly, en décembre dernier, près de trente ans se sont écoulés. Mais le fléau demeure.


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Et si tous les joueurs noirs sortaient du terrain en signe de solidarité chaque fois qu’un des leurs est ainsi agressé ? Étonnamment, cette solution ne fait pas l’unanimité. Comme le dit Samuel Eto’o, « vous trouverez toujours ce petit nègre de maison qui vient vous faire la morale… parce qu’il veut plaire aux autres ».

C’est là toute la difficulté : persuader les joueurs qu’ils gagneraient à dénoncer ce racisme… Mais, dans ce secteur où les carrières sont si éphémères, comment ne pas comprendre ceux qui n’osent pas franchir le pas ?

Manque de volonté institutionnelle

D’ailleurs, les réactions des joueurs auront une portée limitée tant que les instances supérieures ne réagiront pas. Tant que les enjeux financiers primeront l’esprit de jeu. Tant que les arbitres laisseront jouer plutôt que de siffler l’arrêt du match, comme l’exige le règlement dans de telles situations. Tant que les amendes à l’encontre des clubs ne seront pas assez dissuasives.

Carlo Ancelotti, l’entraîneur de Naples, a démontré que ce racisme n’est pas une catastrophe naturelle contre laquelle on ne peut rien. Il a obtenu des sanctions contre l’Inter de Milan et promis de faire sortir ses joueurs du terrain la prochaine fois. Des solutions existent. Encore faut-il avoir la volonté de les appliquer.

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