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Cet article est issu du dossier «Bénin : bilan d'étape pour Patrice Talon»

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Arts

Bénin : avec «Africa My Name’s Job », l’artiste Tchif fait le travail

L’artiste Tchif posant le 29 Avril 2018 devant une de ses peintures

L’artiste Tchif posant le 29 Avril 2018 devant une de ses peintures © E.Ahounou/AID pour JA

Mêlant couleurs et noir et blanc, Francis Tchiakpé rend hommage aux petits métiers. Tout en attirant l’attention sur les paradoxes du continent.

«Africa My Name’s Job » est d’abord un jeu de mots. Signifiant littéralement « Afrique, mon nom est travail », le titre de cette collection créée en 2017 par le plasticien béninois – et déjà exposée, entre autres, à Cotonou et à Paris – se traduit aussi par « Afrique, mon nom est Job », en référence au personnage biblique un temps prospère avant de toucher le fond, puis d’être à nouveau béni par Dieu.

C’est une série d’autoportraits photo mêlant noir et blanc et couleurs, saisis dans les rues et sur les marchés de Cotonou, de Dakar, d’Abidjan, de Kinshasa et de Johannesburg, où Tchif incarne les multiples petits métiers du secteur informel : mécanicien, zémidjan, vendeur d’arachides, de tomates, d’eau, d’essence de contrebande… L’artiste célèbre ici une Afrique au « positif », en couleurs et en noir et blanc, résiliente, qui s’efforce de gagner son pain quotidien.

Historien du présent

Il veut aussi faire prendre conscience du paradoxe d’un continent assis sur des richesses mais qui meurt de faim. « Cette situation n’est pas ce que je souhaite pour l’Afrique, où la vie devrait être plus confortable, martèle-t-il. Les matières premières viennent de nos pays, mais nous ne produisons rien. Le café nous revient sous forme de Nescafé, et le coton sous forme de serviettes fabriquées ailleurs. L’Afrique ne peut pas continuer comme ça. Elle doit s’organiser autrement et créer ses industries. »


>>> À LIRE – Ressources naturelles africaines : matières premières pour développement secondaire


À 45 ans, Francis Tchiakpé, alias Tchif, est désormais tout aussi célèbre pour la puissance poétique de ses œuvres que pour sa manière de tremper ses pinceaux dans le vitriol. L’ancien caricaturiste de presse s’est mué en peintre militant, historien du présent et du quotidien. Il estime que « l’artiste ne pense pas comme tout le monde, mais contre tout le monde ». En 2007, lors de l’exposition « Peuple sans mémoire », il avait appelé, avec une certaine prémonition, à la restitution des œuvres spoliées en Afrique et exposées au Quai Branly.

Un espace culturel à Cotonou

Tchif fait voyager son art hors du Bénin. Depuis 1995, il a participé à une centaine d’expositions collectives et individuelles dans la plupart des grandes villes du monde, de Paris à Rio, en passant par Genève, Bruxelles, Dakar, Lagos, Accra, Johannesburg… Il fait aujourd’hui partie des rares artistes africains présents dans la collection permanente du Smithsonian Museum de Washington.

En 2007, le plasticien a profité de cette notoriété pour ouvrir à Cotonou un espace culturel qui porte son nom. Ce lieu d’apprentissage et d’échanges lui permet d’associer les arts plastiques au théâtre et à la musique. Il offre aussi la possibilité aux jeunes artistes de polir leur talent sans avoir à s’enfermer dans un carcan, afin de mieux s’imposer sur le marché de l’art africain. Comme Tchif a si bien su le faire.

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